La question et sa réponse

C’est quoi le modèle offre globale – demande globale ?

Rédacteur : Stéphane Ménia

Le modèle offre globale – demande globale, parfois appelé aussi quasi-offre / quasi-demande est un modèle macroéconomique de la lignée IS-LM. Il diffère de celui-ci par l’adjonction d’un marché du travail et d’une fonction de production. De sorte que les prix deviennent flexibles et le côté offre est directement pris en compte alors qu’IS-LM est un modèle purement orienté par la demande. C’est une réintroduction de l’appareillage néoclassique dans le schéma de Hicks.

Le modèle représente le fonctionnement d’une économie composée de 4 marchés : marché des biens et services, marché de la monnaie, marché des titres, marché du travail. On se dispense de l’étude explicite du marché des titres, en vertu de la loi de Walras. On voit ici la variante en économie fermée.

On va étudier l’équilibre sur le marché des biens et services et de la monnaie. Cette partie permet d’établir la fonction de demande globale. On voit ensuite la construction de la fonction d’offre globale, à partir de l’équilibre du marché du travail et de la technologie de l’économie (résumée dans sa fonction de production). On abordera ensuite l’équilibre général de cette économie (par l’équilibre entre offre et demande globale). Enfin, on étudiera les propriétés de cet équilibre et les conséquences des politiques macroéconomiques dans ce modèle.

1 – La demande globale

La courbe de demande globale est construite comme l’ensemble des situations d’équilibre simultané sur le marché des biens et services d’une part ; de la monnaie, d’autre part. On retrouve en fait ici le modèle IS-LM, à ceci près que le niveau général des prix n’est plus fixe.

Le niveau des prix intervient sur la marché des biens via un effet d’encaisses réelles dans la fonction de consommation. Du côté du marché de la monnaie, c’est l’égalité entre offre et demande de monnaie qui introduit le niveau des prix.

a – Le marché des biens et services

La consommation est une fonction croissante du revenu disponible et des encaisses réelles :
C = C((1-t)Y , M/P)
C1 > 0, C2 >0

C la consommation, t le taux d’imposition, M l’offre de monnaie, P le niveau général des prix, M/P les encaisses réelles.

L’investissement diminue lorsque le taux d’intérêt augmente :
I = I(r)
I’(r) < 0
I
l’investissement global, r le taux d’intérêt nominal.

L’équilibre sur le marché des biens et services :
Y = C + I + G
G les dépenses publiques.

b – Le marché de la monnaie


A l’équilibre du marché de la monnaie, l’offre de monnaie est égale à la demande de monnaie :

M/P = L(Y, r)
L1 > 0, L2 < 0

L la demande de monnaie, croît avec le revenu et diminue lorsque le taux d’intérêt augmente.

c – La fonction de demande globale

La courbe de demande globale est la relation entre la demande globale, Yd, et le niveau général des prix, P. Elle représente l’ensemble des couples (Y, P) tels que marché des biens et services et marché de la monnaie sont à l’équilibre. Elle est donc déterminée par le système d’équations suivant :

Y = C ((1-t)Yd, M/P)+ I(r) + G

M/P = L(Yd , r)

Moyennant quelques bonnes propriétés des fonctions, ce système définit une courbe de demane globale Yd = D(P). Cette courbe est décroissante.
Démonstration : en différentiant les deux équations en Yd et r, on obtient, après avoir un peu arrangé l’ensemble, l’équation suivante :

dYd / dP= – [MC2 / I'P² + M/P²L2] / [ (1 - (1-t)C1)/ I' + L1/L2]

Or, puisque (1 – (1-t)C1)/ I’ < 0, L1/L2 < 0, MC2 / I’P² < 0 et M/P²L2 < 0, la pente de la demande globale est bien négative.

Yd = D(P), D’(P) < 0

Quand les prix augmentent, M/P diminue. La consommation baisse donc, via un effet d’encaisses réelles. Ce qui conduit à une baisse de la demande de monnaie pour un motif de transaction (celle qui dépend de Y). Pour rétablir l’équilibre sur le marché de la monnaie, le taux d’intérêt augmente, ce qui réduit l’investissement. Par ailleurs, indépendamment de cet effet d’encaisses réelles, la hausse des prix réduit M/P et donc déséquilibre le marché de la monnaie. Là encore, le rééquilibrage se fait par le biais d’une hausse du taux d’intérêt, ce qui réduit l’investissement. La baisse de la consommation et de l’investissement conduisent ainsi à une baisse de la demande globale.



Construction de la courbe de demande globale

Courbe de demande globale

2 – L’offre globale

La fonction d’offre globale se construit à partir des équilibres du marché du travail, qui détermine un lien entre emploi et salaire réel et, par ailleurs, la fonction de production macroéconomique, qui détermine les possibilités de production (l’offre globale) à partir d’un niveau d’emploi donné. Des deux relations, on peut déduire un lien entre niveau des prix (contenu dans l’expression du salaire réel) et offre globale.

a – Marché du travail

On suppose un marché du travail néoclassique traditionnel. Sur ce marché concurrentiel, offre et demande de travail résultent d’un comportement d’optimisation qui, après une aggrégation usuelle, mène à deux fonctions aux propriétés connues : la demande de travail est une fonction décroissante du salaire réel, tandis que la fonction d’offre de travail croît avec le salaire réel.
Les salariés anticipent le niveau des prix. Ils ne savent pas forcément ce qu’il sera. En revanche, les entreprises connaissent les prix qu’elles fixeront.

De sorte que les fonctions d’offre et de demande de travail sont les suivantes :
Nd = Nd (W/P), N’d < 0
Ns = Ns(W/P a), N’s > 0

Nd la demande de travail, Ns l’offre de travail, W le salaire nominal, P a les prix anticipés.

A l’équilibre du marché du travail :
Ns = Nd = N
Nd (W/P) = Ns (W/P a) = N

On peut en tirer une relation entre N, P a et P. :
N = H(P/P a), H’ > 0

Quand les prix augmentent, les entreprises demandent plus de travail. A anticipations fixées du côté des salariés, cela accroît la demande de travail et l’emploi. Quand les prix anticipés augmentent, à prix P donnés pour les entreprises, les travailleurs offrent plus de travail et l’emploi augmente.
L’idée sous-jacente derrière la construction de la courbe d’offre globale est qu’une hausse des prix engendrer une hausse de la demande de travail et une baisse de l’offre. Mais si les salariés sous-estiment l’inflation, alors la baisse de l’offre est plus faible que la hausse de la demande. L’emploi croît.

b – Technologie et emploi

La fonction de production du modèle est à un seul facteur, le travail :
Y = F(N), F’(N) > 0, F »(N) < 0
Ces propriétés sont usuelles.

En remplaçant simplement N dans la fonction par son expression à l’équilibre du marché du travail (soit H(.) ), on obtient :
Ys = F( H(P/Pa) ) = S(P/Pa)
S’(P/Pa) ≥ 0

Lorsque le rapport entre les prix et leur anticipation augmente, l’offre globale augmente. La hausse de ce rapport signifie une augmentation du degré d’erreur d’anticipation des salariés. Ils surestiment leur rémunération réelle et offrent plus de travail que s’ils connaissaient les vrais prix (voir au dessus). Comme l’emploi global est plus élevé, l’offre globale est également plus élevée.

c – Forme des anticipations

La forme de la courbe d’offre globale dépend de la forme des anticipations. On retiendra, très simplement, deux cas : les anticipations sont parfaites, les anticipations sont sous-estimées. Techniquement, ce n’est pas très puissant, mais cette façon de formuler les choses a le mérite de permettre de poser clairement les problèmes qui suivront. Car lesconclusions qu’on peut tirer du modèle dépendent largement du caractère parfait ou non des anticipations.

Posons donc la relation ad hoc :
P a = P µ
µ est l’élasticité d’anticipation (quand P varie de 1%, P a varie de µ%)

Prenons le cas le plus simple : les anticipations sont parfaites, µ = 1. Dans ce cas, on a systématiquement P = P a. Dès lors, Ys est insensible aux variations de P. Elle est verticale dans le plan (Ys, P). C’est la forme de long terme de la fonction d’offre.

Si 0 £ µ < 1, les anticipations sous-estiment la hausse des prix. La courbe d’offre globale est croissante dans le plan (Ys, P). Une hausse des prix conduit à une hausse de l’offre. C’est la forme de court terme de cette fonction.

La définition des anticipations permet de reécrire S(P/P a) comme une fonction de P : Ys = S(P), S’(P) ≥ 0

Construction de l’offre globale

Courbe d’offre globale

d – Les différentes formes de l’offre globale

L’offre globale décrit le lien existant entre niveau de la production et niveau général des prix. A long terme, toutes choses égales par ailleurs, l’offre globale est déterminée par le plein emploi des facteurs de production.
A court terme cependant, si les salaires ne s’ajustent pas pour garantir le plein emploi, les entreprises seront amenées à restreindre les embauches si les prix sont faibles. Cette relation à court terme est matérialisée dans le graphique suivant:

Les trois zones de la courbe d’offre globale

On constate que si l’offre à long terme est fixe, indépendante du niveau général des prix, et correspondant au PIB potentiel de l’économie, la courbe d’offre à court terme se divise en trois parties.
Dans une première partie, la courbe est horizontale. En effet, lorsque l’économie dispose de capacités de production inutilisées en quantité (faible utilisation du stock de capital, chômage important) il est possible d’accroître facilement la production sans élever les prix.
Cependant, au fur et à mesure que l’on se rapproche de la capacité de production de l’économie, des tensions vont apparaître dans l’appareil productif, sur le marché du travail, entraînant une élévation progressive du niveau général des prix (seconde partie de la courbe, les prix s’élèvent lorsque la production augmente). Il est alors possible de dépasser la capacité de production de long terme, en faisant usage d’heures supplémentaires et en utilisant le capital de façon intensive.
Cependant, cette hausse de la production ne pourra être atteinte qu’en supportant une hausse importante des prix, jusqu’à un point (partie 3 de la courbe) ou il n’est plus possible d’accroître la production à court terme, la courbe d’offre devient verticale.

3 – Equilibre offre globale – demande globale

Un équilibre dans ce modèle est une situation où marché du travail, marché des biens et marché de la monnaie sont en équilibre simultanément, soit lorsque :

Ys = Yd , ce qui équivaut à D (P) = S (P)

Compte tenu de la forme retenue pour les différentes fonctions et la forme générale des courbes qui en résulte, il existe un équilibre (Y*,P*) unique.
Cet équilibre détermine le niveau du revenu global et celui des prix.

4 – Etude des politiques économiques

a – Politique monétaire

Cas des anticipations parfaites

Lorsque les anticipations sont parfaites, la courbe d’offre globale est verticale. La hausse de la masse monétaire nominale est sans effet sur l’offre globale. Elle a un effet sur la demande globale : hausse de l’investissement et de la consommation. Elle déplace la courbe de demande globale vers la droite dans le plan (Y,P). Le nouvel équilibre se caractérise par une hausse du niveau des prix, pour un revenu global inchangé. On retrouve un résultat de neutralité de la monnaie : toute hausse de la masse monétaire a pour conséquence d’accroître le niveau des prix dans les mêmes proportions, en laissant l’offre globale identique. Sur le marché de la monnaie, la hausse des prix ramène les encaisses réelles (M/P) à leur valeur initiale, ramenant le taux d’intérêt à sa valeur initiale.

Cas des anticipations imparfaites

Dans le cas où la courbe d’offre est croissante, la hausse de la masse monétaire a bien un effet sur le revenu global. La hausse de la masse monétaire réduit le taux d’intérêt. La courbe de demande globale se déplace vers la droite. Les prix augmentent. Les entreprises sont disposées à accroître les salaires nominaux. Sur le marché du travail, la courbe de demande de travail se déplace vers la droite. Les salariés sous-estiment de leur côté la hausse des prix. Une hausse de salaire nominal est donc interprétée comme une hausse du salaire réel. L’offre de travail se déplace vers la droite, mais moins que la demande de travail. De sorte que l’emploi croît, ce qui augmente l’offre globale.

b – Politique budgétaire

Cas des anticipations parfaites

Supposons une hausse des dépenses publiques financée par emprunt. La hausse des dépenses déplace IS vers la droite dans le plan (Y,r). La courbe de demande globale se déplace vers la droite dans (Y,P). La demande excède l’offre. Les prix augmentent. Les encaisses réelles baissent. La consommation diminue aussi. Ce qui ramène IS vers la gauche. Par ailleurs, le taux d’intérêt a crû en raison de l’effet d’éviction classique dans IS-LM. Au total, l’effet d’éviction des dépenses privées par les dépenses publiques est complet. A celui constaté dans le modèle IS-LM, s’ajoute celui lié aux encaisses réelles. Y est inchangé.

Cas des anticipations imparfaites

La hausse des dépenses publiques suscite une hausse de la demande, partiellement réduite par l’effet d’éviction consécutif à la hausse du taux d’intérêt. L’excès de demande est résorbé par une hausse des prix. Les entreprises consentent une hausse des salaires nominaux qui est perçue par les salariés comme étant en partie comme une hausse des salaires réels (puisqu’ils sous-estiment la hausse des prix). Comme pour la politique monétaire, ceci conduit à une hausse de l’emploi d’équilibre et à une hausse de l’offre globale. Dans le même temps, la hausse des prix réduit les encaisses monétaires, ce qui atténue la hausse de la demande globale. Globalement, le multiplicateur budgétaire est plus faible que dans IS-LM, du fait de cet effet d’éviction supplémentaire.

On notera que lorsqu’on se situe dans le cas de trappe à liquidité, on retrouve les mêmes caractéristiques que dans IS-LM : l’effet de la politique budgétaire est maximal. C’est la même chose si on suppose une fonction d’investissement sous forme d’accélérateur. La politique monétaire est inefficace dans le cas de la trappe à liquidité, comme dans IS-LM.

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