La question et sa réponse

Les spéculateurs et autres financiers produisent-ils quelque chose ?

Rédacteur : VC

Répondre a cette question suppose d’abord de définir ce qu’est un spéculateur. Limitons nous a l’image d’Épinal de la personne achetant ou vendant un actif financier (action, monnaie,…).

On peut distinguer grossièrement plusieurs cas de figure, conduisant a des « profits » de natures diverses :
- le créateur d’entreprise qui après avoir transformé une idée en société innovante (ça peut rapporter beaucoup a la collectivité, et il peut capter une part importante de la valeur generée). Théoriquement, il s’est contenté de rémunérer différents facteurs (travail/investissement/capitaux) pour faire un produit qui trouve preneur a un prix supérieur aux couts. Son profit est donc une partie de la « valeur » créée (la différence entre la valeur du travail, fourniture et des investissements mis dans son affaire et ce que vaut son produit pour la collectivité, qui est au moins egal au prix auquel il trouve acheteur) ;
- l’investisseur qui « débusque » les projets amorcés et porte les plus pertinents. S’il fait bien son boulot, il crée potentiellement de la valeur en aidant au développement des idées qui méritent de l’être ;
- la veuve de Carpentras qui arrive 10 ans après et investit dans une valeur sûre. Elle ne crée pas grand chose, mais en échange elle récupère beaucoup moins que les précédents, compte tenu des conditions dans lesquelles elle est remunérée (taux de rendement, risque de perte de son capital) ;
- à ceux-ci s’ajoutent des opérateurs de marché. Ils ont une utilité dans la mesure ou ils contribuent a l’efficacité des marchés (le fait que les prix intègrent rapidement les nouvelles informations, et le fait que les différents prix sont cohérents entre eux). Comme pour les voitures, le marché du neuf ne fonctionne bien que si le marche de l’occasion est actif (l’acheteur d’une action émise par une société se méfiera des actions impossibles a revendre). Les opérateurs de marché servent également a mettre en relation l’offre et la demande. Par exemple, un exportateur veut convertir ses dollars en francs. Il va les revendre a un operateur de marché. Le rôle de ce dernier sera de trouver une « contrepartie » à cette somme. Ce processus ne se fera le plus souvent pas directement, mais plutôt par un processus ou les opérateurs se passent entre eux la « patate chaude » (la somme initiale de dollars), certains de ces opérateurs pouvant au passage revendre une partie de ces dollars a l’un de leurs clients voulant des francs.

Ce processus permet d’expliquer le fait que le volume de transactions dépasse largement (plusieurs dizaines de fois) le volume des échanges de biens et de services : 1 dollar est revendu plusieurs fois entre opérateurs avant qu’il trouve des contreparties prêtes a offrir des francs en échange. Il ne faut néanmoins pas y voir uniquement des spéculations inutiles.
- on trouve aussi une ribambelle de « noise trader » qui investissent au hasard, jouent au casino, ne créent rien et enregistrent par hasard des gains ou des pertes. Ils ont une utilité dans la mesure ou leur présence permet aux autres de vendre ou d’acheter (en effet, ils trouveront un « noise trader » prêt a faire l’affaire avec eux).

En théorie, le revenu de chacun d’entre eux est en moyenne égal a sa contribution au système. Dans la pratique, on peut évidemment avoir des chanceux qui gagnent beaucoup par hasard, et des valeureux qui se trouvent mal récompensés malgré un apport considérable a la société.
Dans la pratique il est difficile de séparer chacune de ces catégories a priori. D’où les problèmes de mise en place des règles (voir la taxe Tobin) destinées a taxer les spéculateurs mais à epargner les « investisseurs de long terme ».

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