Note de lecture


L’économie, le travail et l’entreprise
Collectif, Université de Tous les Savoirs (2002)

L’université de tous les savoirs est une initiative qui avait pour objectif l’organisaton de conférences sur des thèmes à ce point variés qu’ils couvriraient quasiment l’ensemble de la connaissance humaine. Dans chaque discipline, après consultation de spécialistes du domaine, les organisateurs ont fixé les sujets des conférences et ont sollicité des savants pour réaliser des interventions les plus accessibles possibles, mais en gardant une démarche intellectuelle exigeante et conforme aux méthodologies scientifiques usuelles.
Il est très très bien ce livre. Que l’on ait quelques connaissances en économie ou que l’on n’y entende rien, il est particulièrement instructif. Pour le spécialiste, il est un modèle de clarté et de synthèse à suivre en matière de vulgarisation. Les articles font de 10 à 20 pages, sur des thèmes pas forcément parmi les plus évidents pour pareil exercice. Pour le novice (et même au delà), il est une source particulièrement riche de connaissance, loin des nombreuses vulgarisations pauvres et idéologiques que notre désespérant pays a trop l’habitude d’offrir en matière de concepts économiques.
On démarre doucement sur un thème à mi-chemin entre économie de la santé et économie industrielle, l’économie du médicament. Vous n’avez rien compris au conflit entre l’Afrique du Sud et les laboratoires produisant les thérapies contre le SIDA ? L’article vous éclairera largement. Vous vous demandez d’où vient la surconsommation de médicaments en France ? Là encore, vous aurez des éléments de réponse. Un article sur l’innovation et la croissance, fort bien ficelé, suit cette bonne entrée en matière. Vous avez entendu parler de microéconomie sans véritablement mettre un visage sur le concept ? Il y a ce qu’il faut dans ce recueil, sous la plume d’Edmond Alphandéry (ancien ministre des SICAV monétaires et autres sous-questions d’ordre administratif au MINEFI, qui a fort bien fait de retourner à son occupation première…). Que dire du texte de Gilbert Abraham-Frois concernant les cylces et fluctuations ? Limpide et presque surprenant, tant il mêle brillament les principes théoriques de base et la récente histoire économique (oui, avec cet auteur, on ne sait jamais trop si c’est le connaisseur de la pensée économique ou le « fou furieux »des modèles non linéaires qui va prendre le dessus :o ) ). Plusieurs articles sur la mondialisation, c’est bien naturel… D’autres sur la nouvelle économie ou le nouvel actionnariat (figures de style imposées). Un texte très dense de Christian Stoffaës sur la déréglementation. Des contributions portant sur le management, le travail, l’éducation ou les inégalités complètent ce tableau parfois hétéroclite. A noter, l’article d’André Orlean qui résume brillamment les pricnipales idées de son livre « Le pouvoir de la finance ». Du bon travail, en somme.
Fait exceptionnel pour un ouvrage collectif de cette taille, une fois passé la moitié des contributions, on se dit que même si le reste du volume était nul, on n’aurait pourtant pas perdu son temps et son argent. Ce n’est évidemment pas le cas. Si tous les textes ne sont pas aussi bons, l’ensemble est d’un niveau très homogène.
Bien sûr, cet ouvrage ne satisfera pas tout le monde. Pas de contributions « hétérodoxes » (version française de la chose) marquées, pas de plaidoyer larmoyant pour une taxe Tobin maintenant et tout de suite. Pas non plus de beuglements ulcérés contre l’Etat tout puissant et aliénant. De l’académique et puis c’est tout (ce qui n’empêche pas d’ailleurs à certains auteurs de demander une taxe Tobin… mais sans s’énerver !).
Et c’est fondamental. Quand les brillants esprits français toujours prompts à aller débusquer L’auteur-pas-comme-les-autres comprendront que la connaissance de la théorie dominante d’une discipline est un passage obligatoire, alors on pourra peut-être voir fleurir des ouvrages de ce type. On ne comprendra rien à l’économie en répétant à l’envi que le travail de plus de deux siècles des économistes est une succession de supercheries qui débouchent sur un corpus sclérosé et inféodé à je ne sais quelle idéologie oublieuse de l’homme, sous des dessus pseudo-scientifiques. Certes, dans notre pays, le citoyen moyen se délecte plus des anecdotes de cabinets ministériels et autres affaires d’Etat pourvoyeuses de show judiciaires. Et alors ? Au nom d’un pseudo respect du peuple, on devrait tolérer qu’il n’y ait plus de vie économique au delà du combat ATTAC-Jean Pierre Gaillard ? Belle conception d’une citoyenneté fondée sur le savoir… C’est par la lecture de contributions comme celles de cet ouvrage (et d’autres évidemment) que peut commencer une réflexion critique citoyenne sur l’économie, surement pas en prenant la route inverse qui consiste à ne pas connaître ce que l’on stigmatise. Route longue et exigeante, c’est certain. Bon, ça me rappelle que j’ai encore pas mal à faire. Je vous laisse…

Sommaire

Les défis économiques du médicament.
Économie et innovation.
Marché et concurrence.
Cycles et fluctuations économiques.
La globalisation financière.
Le consommateur roi.
Économies informelles et criminelles : la face cachée de la mondialisation.
Le marché et sa mondialisation.
Nouveau cycle et nouvelle croissance économique.
La longue marche du nouvel actionnariat en France.
La concentration économique et ses limites.
L’avenir des inégalités mondiales.
La déréglementation.
Les coûts de l’éducation : un dilemme équité-efficacité ?.
La réduction à l’économique.
A quoi servent les marchés financiers ?.
Passé et avenir du travail.
L’avenir du travail ; Emplois d’aujourd’hui et de demain.
L’évolution du droit du travail.
Management et imaginaire social.
Le management d’hier et de demain : vers l’entreprise en réseau.
Gestion des personnes, pouvoir et loyauté dans l’entreprise – L’impact de la nouvelle économie.
La mondialisation et son impact sur l’entreprise.
Supply chain management, logistique et entreprise virtuelle.
Qu’est-ce que la nouvelle économie ?
Le transfert de technologie – Les relations complexes entre recherche fondamentale, recherche technologique et applications industrielles.
Le risque industriel.
L’accès au savoir : permanences et mutations.
Savoir et formation.
L’enseignement des sciences

On peut retrouver les conférences de l’université de tous les savoirs en Real Audio, sur le site www.tous-les-savoirs.com. Sont par ailleurs déjà sortis en poche, deux autres volumes consacrés aux sciences humaines et sociales : l’un sur la démographie et la géographie, l’autre sur la sociologie, l’histoire et l’anthropologie.

Stéphane Ménia
6/02/2002

Collectif, Université de Tous les Savoirs, L’économie, le travail et l’entreprise. , Odile Jacob, 2002 (10,45 €)

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