Note de lecture


La nouvelle économie
Patrick Artus (2001)

Ce livre se veut une synthèse sur la nouvelle économie. Il adopte un schéma de lecture assez prudent. Il étudie les caractéristiques de l’économie américaine depuis 1993 et fait émerger ce qui fait que l’on parle de nouvelle économie.
Il part d’une définition assez générale du concept de nouvelle économie : « un ensemble d’évolutions et de mécanismes [...] : apparition de nouvelles technologies (de l’information et de la communication, notamment Internet), de nouveaux biens et services liés à ces technologies ; incorporation des ces nouvelles technologies dans les processus de production de l’ensemble des biens et services, y compris ceux de la ‘vieille économie’ (automobile, chimie, transports…) ; réorganisation des entreprises autour de formes plus flexibles, modification de la nature des rémunérations, hausse des bourses… ».
L’ouvrage consiste alors en une suite de confrontations de faits à des hypothèses théoriques. Il débute par une description des facettes de la nouvelle économie : demande de consommation et d’investissement dynamique pour les produits NTIC, rythme d’investissement dans la R&D soutenu, nouvelles pratiques d’entreprise, développement de nouveaux financements, émergence du Business to Business etc. Puis, Artus s’interroge sur l’origine de la croissance américaine, optant pour le triptyque investissement dans les NTIC, politique économique inspirée et environnement international favorable. Sur la pérennité de cette croissance à long terme, il signale qu’à ce jour rien ne garantit que des gains de productivité globale des facteurs viendront valider des années de croissance du capital et des gains de productivité du travail. De sorte que si la croissance potentielle des Etats Unis à moyen terme est impressionante, quid de son avenir ?
Et que dire de celle de l’Europe ? Souffrant d’un déficit de croissance du à une sous-accumulation caractérisée, la zone euro devra fournir un effort d’investissement très important, plus spécialement dans les NTIC, si elle veut suivre les mêmes traces qu’outre Atlantique.
L’auteur expose également un certain nombre de risques : un coût en capital non négligeable, un risque d’accroissement des inégalités, le danger d’une accumulation du capital déséquilibrée au niveau mondial (un monde où le capital serait concentré aux Etats Unis), sans oublier le détour obligatoire du côté des difficultés de valorisation sur les marchés boursiers. On notera, dans la conclusion, les quelques pages intéressantes sur le « paradoxe suédois », ou comment un pays qu’on ne peut guère suspecter d’ultralibéralisme forcené semble le pays européen le plus proche de la nouvelle économie.
L’ensemble est extrêmement documenté. On ne compte plus les tableaux et graphiques. Artus a clairement joué la carte de l’interprétation de faits, principalement quantitatifs (mais que signifie ce terme au fond lorsque les problèmes de mesure de certains agrégats ou prix demandent un gros travail de définition préalable ?) pour se distinguer des prophètes de la netéconomie. Heureusement me direz vous ? Oui, en effet. Comme quoi, sans trop de prétentions, avec un minimum d’appareillage théorique standard, on peut exposer à un public assez large les enjeux des évolutions économiques en cours.
Que reprocher à ce texte ? Pas grand chose, en fait. Compte tenu de l’étendue des thèmes que l’on peut aborder sour un pareil titre, il est difficile de trouver quelque chose à redire, sans être injuste. Il n’entre pas trop dans les détails, se cantonne à une analyse essentiellement macroéconomique et laisse de côté les enjeux socio-économiques, n’aborde guère les enjeux concernant les pays en développement, que sais je encore ? Il reste que c’est plutôt une bonne base de travail, clairement exposée et couvrant un éventail de questions satisfaisant.
Stéphane Ménia
18/06/2001

Patrick Artus, La nouvelle économie. , La découverte, 2001 (7,55 €)

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