Note de lecture


Endogenous Growth Theory
Ph.Aghion & P.Howitt (1998)

Ce livre n’est pas un manuel sur les différentes théories de croissance endogène. Il s’agit d’une étude assez complète et de grande qualité d’un modèle schumpeterien de croissance par destruction créatrice.
Le modèle de base qui est repris sous plusieurs formes dans le livre pour analyser une grande diversité de problèmes économiques (rapport entre cycle et croissance de long terme, chômage, échange international, etc., voir ci-dessous pour l’énumération des différents thèmes) peut être décrit brièvement de la manière suivante. La croissance y est générée par une succession d’innovations « verticales » (portant sur la qualité des produits) se produisant au hasard mais résultant des activités de recherche. C’est une loi de probabilité (loi de Poisson) qui détermine l’arrivée des progrès techniques, à un taux dépendant du volume de travail affecté aux activités de R&D. L’originalité du modèle vient du fait que les inventions nouvelles rendent obsolètes les précédentes. Aux externalités technologiques positives que l’on retrouve dans beaucoup de modèles de croissance endogène (effets de spill-overs, le progrès d’une industrie profitant aux autres sans qu’elles en supportent le coût) viennent ainsi s’ajouter des externalités négatives affectant les producteurs soumis à la concurrence de nouveaux entrants disposant de technologies supérieures (business-stealing effect, les entreprises innovantes n’internalisent pas la perte pour la société de l’obsolescence que créent leurs découvertes).
Ce modèle répond à beaucoup des objections traditionnelles adressées aux théories de la croissance endogène. Il conserve l’idée néoclassique d’un état stationnaire d’équilibre, il permet l’existence sous certaines conditions d’une convergence entre économies indépendantes, il replace les activités de recherche au niveau de firmes spécifiques et rend compte ainsi des effets contrastés du progrès technique (certains agents économiques y gagnent, d’autres y perdent). Le livre montre enfin à travers un grand nombre de chapitres, toute la souplesse de cette théorie et sa capacité à répondre à différentes questions économiques.
Sont ainsi traités successivement dans ce cadre schumpeterien les rapports entre la croissance et : l’innovation et l’accumulation de capital, le chômage, le développement durable, les effets de « learning by doing », la structure des marchés, les inégalités, l’éducation, l’ouverture des échanges, les activités de R&D privées et publiques. Tout le monde y trouvera son compte, ce livre est le fruit d’un travail sur dix ans des deux économistes qui se sont rencontrés au MIT. Personnellement, je me suis intéressé au chapitre en rapport avec les théories du commerce international et j’y ai trouvé des éléments très pertinents sur l’avantage comparatif dynamique (repris cependant pour l’essentiel des travaux de Grossman et Helpman). Je ne sais pas s’il en va de même pour tous les thèmes traités pour lesquels je n’ai pas forcément tous les éléments pour juger, mais ce livre est reconnu comme étant un travail de très grande qualité appelé à devenir un classique de la littérature économique. Il s’adresse nettement à des chercheurs ou des étudiants travaillant directement sur la théorie de la croissance. Toutefois, le livre bénéficie d’une présentation et d’un style extrêmement clairs qui le rendent assez accessible à partir de bonnes bases en économie et de quelques connaissances mathématiques (optimisation dynamique, probabilités). Les présentations formalisées sont accompagnées de solides analyses sur les concepts et la signification économique des variables et des équations, ce qui est appréciable. Le livre comporte aussi un chapitre sur les études empiriques et la manière de tester les théories de croissance endogène.
Enfin, si Aghion et Howitt partent toujours dans leur analyses du modèle schumpeterien qu’ils ont construit, ils n’en font pas moins le tour de la littérature sur la croissance endogène en portant des appréciations sur les modèles concurrents et en dégageant des principes généraux pouvant servir à d’autres travaux. A ce titre, leur livre offre un bon complément au manuel « Economic Growth » de R. Barro et X. Sala-i-Martin (1995) qui dans sa partie sur les modèles de croissance endogène ne présente pas les études les plus avancées dans ce domaine.
Traduit en français
Smiro
30/06/2000

Ph.Aghion & P.Howitt, Endogenous Growth Theory. , MIT Press, 1998 (66,96 €)

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