Note de lecture


Les crises financières
Olivier Lacoste (2015)

Dans la liste assez interminable des ouvrages consacrés aux crises financières, Les crises financières d’Olivier Lacoste mérite d’être mentionné, pour plusieurs raisons qui en font un livre très sympathique. L’ouvrage est un panorama des déréglements financiers qui, en 200 pages, constitue un guide de bonne qualité, clair, compact et méthodiquement structuré.

L’ouvrage comprend trois parties. La première décrit l’histoire des grandes crises financières. La deuxième porte sur le mécanismes conceptuels à l’oeuvre dans les crises financières. La dernière s’interroge sur la gouvernance des systèmes financiers et les moyens de limiter les secousses issues de la finance et de la monnaie. Sur le fond, pas de surprise, l’auteur reprend des analyses standard, de façon très satisfaisante, compte tenu des objectifs de vugarisation de l’ouvrage et compte tenu de sa longueur, somme toute modérée pour pareil sujet. C’est un des traits spécifiques de l’ouvrage que de se revendiquer implicitement comme une synthèse d’idées produites par les économistes, plus qu’une lecture personnelle. Lacoste a fréquemment recours à la citation in extenso des auteurs pris en référence, sans que cela n’alourdisse la lecture. La structuration de l’ensemble est, comme on l’a dit, très propre. Le style de l’auteur est fluide et d’une grande clarté. Ce qui en fait une lecture agréable, pour un ouvrage d’économie. On sent qu’un travail de reformulation pédagogique a été fait avec soin et efficacité. Des encadrés détaillent (rapidement) certains points du coeur du texte. L’auteur insiste, assez naturellement, sur les dysfonctionnements du système financier. Pour autant, son livre n’est pas spécialement orienté. Sur le contenu, les analyses puisent dans les différentes écoles qui comptent sur la question. Même la préface de l’ancien élu (et économiste) communiste Philippe Herzog est intéressante et pondérée. Et l’auteur nous évite les envolées lyriques parfois pénibles dans ce genre d’ouvrage, leur préférant une neutralité d’ensemble bien plus appropriée, notamment pour un livre qui s’adresse en grande partie aux étudiants.

Bref, on peut considérer que les objectifs de l’ouvrage sont atteints. J’ai néanmoins deux critiques, qui valent ce qu’elles valent, à formuler. La première porte sur les sources de l’auteur. Elles sont exclusivement françaises, à une ou deux exceptions près. Certes, elles sont généralement de bonne ou très bonne qualité. Certes aussi, ces sources reprennent les travaux internationaux de premier ordre. Néanmoins, c’est une approche qui me chifonne un peu. J’ai du mal à penser qu’on puisse se limiter à des sources françaises sans laisser passer quelque chose d’intéressant, même pour un ouvrage à vocation vulgarisatrice. D’autre part, ces sources sont souvent non académiques, dans le sens où elles relèvent très fréquemment de rapports officiels (comme ceux du CAE). Loin de moi l’idée de critiquer la qualité de ces textes, mais il me semble que ce biais nous amène à ma seconde critique. Alors qu’on peut dire que les concepts explicatifs des crises sont bien exposés, le vocabulaire technique – le jargon, si vous préférez – est parfois oublié. Évidemment, on pourra me dire que l’important est plus de comprendre un mécanisme que de connaître son nom. Pourtant, à peu de frais pour le lecteur et l’auteur, il aurait été possible d’ajouter ce supplément « culturel » à diverses occasions. Et-ce un parti pris d’Olivier Lacoste pour ne pas détourner le lecteur de l’essentiel ? Si c’est le cas, il se défend, je l’admets.

En définitive, Les crises financières vaut le détour pour ceux qui cherchent un texte digeste et bien ficelé sur le sujet. Il sera utile aux étudiants (particulièrement ceux des prépas commerciales, mais pas exclusivement), comme aux curieux.

Stéphane Ménia
12/09/2015

Olivier Lacoste, Les crises financières. Histoire, mécanismes et enjeux, Eyrolles, 2015 (10 €)

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