Note de lecture


The undercover economist strikes back
Tim Harford (2013)

« The undercover economist strikes back » est un problème. Le livre est présenté comme la suite de « the undercover economist » (chroniqué ici  et son auteur comme « le Malcolm Gladwell Britannique ». Mais ce n’est pas ça du tout. Ce livre est tout simplement le meilleur manuel d’introduction à la macroéconomie que vous puissiez imaginer. Parce qu’il y a dedans tout ce que vous pouvez avoir à présenter. Les agrégats macroéconomiques, et leurs limites. La croissance à long terme, les inégalités mondiales de revenu, et les perspectives d’avenir. Le débat sur la macroéconomie conjoncturelle, les crises, l’inflation. Parce que chacun de ces sujets est expliqué avec juste assez de détail et de subtilité, sans sombrer dans le jargon. Avec des anecdotes savoureuses (la vie de Phillips qui y est racontée, vous fascinera). Des métaphores bien adaptées aux sujets (la macroéconomie conjoncturelle, entre l’économie des camps de prisonniers et la coopérative de baby-sitting). Ces sujets, souvent arides et sujets à des controverses acides, deviennent soudain vivants et clairs. Le livre est présenté sous forme de dialogue entre un « candide » et l’auteur, on peut trouver cette forme artificielle, mais elle donne un style dynamique bien adapté à la lecture.

Et c’est un problème. Parce que vous ne pourrez plus faire de cours d’introduction à la macroéconomie sans vous comparer à ce livre. Et vous ne pouvez pas faire cours de cette manière. Les étudiants qui au professeur d’après, ou dans une copie de concours, parleront de problèmes de baby-sitting  au lieu de parler de l’impact expansionniste d’un déplacement de la courbe LM vers la droite auront de sales notes. Même s’ils ont ainsi bien mieux compris qu’avec les équations et les égalités comptables. Et à chaque instant, quand vous ferez cours comme vous devez le faire, vous allez pester. Ah, si seulement je pouvais leur expliquer cela avec l’économie d’un camp de prisonniers au lieu de maximiser sous contrainte. Mais vous ne pouvez pas. L’enseignement de la macroéconomie (et, en grande partie, toute la macroéconomie) est prisonnier d’un mauvais équilibre, dans lequel on parle trop de conflits stériles et de plomberie modélisatrice, et dans lequel on n’a pas assez de ces explications limpides et subtiles à la fois. Il faudrait pour en sortir que tout le monde se mette d’accord en même temps pour faire autrement, et cela n’arrivera pas. Ca ne fait pas sérieux d’enseigner de cette façon.
M. Harford, on ne vous dit pas merci.

Alexandre Delaigue
17/01/2014

Tim Harford, The undercover economist strikes back. , Little Brown, 2013 (13,29 €)

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