Note de lecture


L’horreur économique
Viviane Forrester (1996)

Ah, on en a parlé… Le livre d’économie de l’année, celui que des millions de gens attendaient, un regard lucide et salutaire sur la misère moderne des travailleurs, le point de départ de la révolte des exclus de la prospérité, une autre analyse de l’économie. Beaucoup de choses racontées dessus. Tout ça pour ça ? Je dois reconnaître tout d’abord que je n’ai pas lu le livre en entier. Sur les 250 pages qu’il compte, je me suis arrêté au bout de 150, ras-le-bol de lire tout le temps la même chose.
Pas la peine de s’énerver sur Forrester, d’autres l’ont fait. Il y a plusieurs choses qui me dépriment dans ce bouquin. En premier lieu, ce n’est pas un livre d’économie. Je n’ai rien contre les livres qui ne sont pas des livres d’économie, évidemment. Mais le hic, c’est que c’est bien comme ça qu’on l’a présenté aux lecteurs non avertis (j’ai moi-même fait partie des victimes du bouche à oreille). Un livre dans lequel la seule thèse qui est défendue est que le travail est mort, avec comme seul argumentaire une suite sans fin de longues envolées, parfois lyriques, pour nous dire que les jeunes des banlieues n’ont plus leur place dans la société, n’est pas un livre d’économie. J’insiste sur le fait que c’est l’indigence de l’argumentaire qui pose problème. La thèse de la fin du travail n’est pas vraiment neuve, elle est discutable, mais on pourra préférer un exposé du type, par exemple, de celui de Jérémy Rifkin dans « La fin du travail », ouvrage très documenté, contrairement à celui de Viviane Forrester. Ensuite, je dois dire que, même dans le registre « Regardez ce que nous faisons des pauvres », Forrester passe mal. Le style semble mieux adapté à des chroniques mondaines qu’à la description de la misère urbaine.
Comme on peut se demander si Keynes avait déjà rencontré un chômeur (Histoire de rappeler à quelques naïfs de service que le bonhomme était plus proche d’un fonctionnaire du FMI que de Mère Thérésa), on peut se poser la question concernant Forrester et les « jeunes des banlieues ». Bon, j’arrête là, ça devient un peu malsain. Disons que le manque de sobriété du texte m’a gêné. Je me pose une seule question : en dehors des mérites que l’on peut trouver à cet ouvrage, comment a-t-on pu considérer qu’il s’agissait d’un livre d’économie ?
Stéphane Ménia
20/12/1999

Viviane Forrester, L’horreur économique. , Le livre de poche, 1996 (3,76 €)

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