Note de lecture


L’économie est un jeu
Jézabel Couppey-Soubeyran (2008)

Il n’est pas fréquent d’avoir de bonnes surprises au rayon économie de la FNAC. C’est néanmoins l’étrange aventure que j’ai vécue aujourd’hui. L’économie est un jeu est un pur bonheur de pédagogue et d’amateur d’économie. Un livre en français, pas compliqué, ludique, écrit par quelqu’un qui connaît vraiment l’économie, qui a un talent de vulgarisation et qui signe l’ouvrage chez un éditeur qui le vend à prix modique. Tout ça en un seul livre, j’ai cru que j’allais faire un infarctus (je vous ai dit que c’était à la FNAC, en plus ? Ah, oui…).

Comment ce livre se rend-il aussi désirable ? Pour commencer, en lisant l’introduction. Voici ce que Jézabel Couppey-Soubeyran écrit : « Dans l’esprit du grand public, l’économiste se range plus près de l’homme politique que du scientifique : les arguments qu’il avance sont en permanence suspectés de visées idéologiques. Et pour cause quand le principal accès aux questions économiques est celui offert par de prétendus experts qui, sous couvert de quelques oripeaux économiques, se font les chantres pour les uns du libéralisme à tous crins, pour les autres de l’anticapitalisme. Le fait que l’économie ne soit présente dans les médias qu’au travers de sigles incompréhensibles pour la majeure partie de la population (PIB, CAC, etc.), ou de prévisions aussi solides que celles de la météo à quinze jours n’arrange rien, bien au contraire. ». Autant vous dire que sur éconoclaste, ce genre d’accroche attire notre attention. Nous pourrions écrire la même chose.

Ensuite, c’est sa construction qui est très intéressante, sans être incroyablement originale pour autant. L’économie est un jeu est un livre de… QCM. Neuf chapitres et cent questions. Il y a même les petits carrés pour cocher… Les réponses sont renvoyées en fin de chapitre et sont détaillées avec autant de justesse que d’esprit de synthèse. Mises bout à bout, elles forment un genre de résumé sur le thème traité dans le chapitre. Sans simplisme, comme c’est trop souvent le cas dans les livres dits d’initiation à l’économie où l’auteur pense que résumer l’économie consiste à conforter le lecteur dans ses préjugés, moyennant quelques statistiques sans grand intérêt.

Le contenu est également intéressant ce sens qu’il renvoie implicitement à des travaux forts récents pour certains (pensons notamment à des thèmes chers à la psychoéconomie). Les neuf sujets choisis comme chapitres sont conformes à ce qui intéresse les gens. On y parle de monnaie, finance, politique économique, inégalités, croissance, chômage, mondialisation, etc. Et, surtout, l’éclairage est celui de la science économique d’aujourd’hui, pas de celle d’il y a 30 ans.

Quelques exemples de questions posées :
« Vous êtes sur le point d’acheter une veste et une calculatrice , lorsque le vendeur vous indique discrètement que la même calculatrice est vendue 10 euros moins cher dans une autre boutique à dix minutes à pied. Dans quelle(s) configuration(s) de prix déciderez-vous de vous rendre à l’autre boutique ?
a. La veste vaut 130 euros et la calculette vaut 30 euros.
b. La veste vaut 30 euros et la calculette vaut 130 euros. »

Ici, il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse, mais l’auteure veut mettre en évidence un biais observé dans les études expérimentaoles qui conduit les gens à se déplacer dans le cas a et pas dans le cas b. Pourtant, l’enjeu est le même dans les deux cas : gagner 20 euros sur la facture globale.

« Quel est le pourcentage de ménages pauvres en france ? 3%, 12%, 16% »

Plus classique, mais c’est de la variété qu’émerge la qualité.

« A quoi sert la monnaie ?
- A s’enrichir
- A faciliter les échanges
- A exprimer les prix
- A conserver la richesse »

Cela paraîtra bien sûr simple à ceux qui ont déjà fait de l’économie, mais le livre ne leur est pas forcément destiné…

Si Jézabel Couppey-Soubeyran ne crée rien de révolutionnaire en soi, son bouquin est à ma connaissance le premier du genre en français. Ce qui est un motif pour se réjouir de sa publication. Et, évidemment, à 3€ (prix éditeur), on ne risque pas grand chose à se tromper… Et je m’en vais de ce pas le conseiller à mes collègues enseignant l’économie-droit en BTS. Mais il peut distraire n’importe qui. A la limite, il peut même servir d’alternative à une soirée Trivial pursuit Alexandre me glisse du reste .que la couverture est signée d’une célèbre blogueuse BD, Pénélope Jolicoeur ( que je ne connaissais pas ; visiblement, illa veut pour notre prochain livre… Vend le premier d’abord !). Vosu n’apprendrez pas toute l’économie dans ce livre, qui n’est pas un manuel ou un essai, mais un peu d’économie bien sentie.

Stéphane Ménia
12/09/2008

Jézabel Couppey-Soubeyran, L’économie est un jeu. 100 questions pour comprendre enfin l’économie, Librio, 2008 (3 €)

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