Note de lecture


L’industrie du disque
Nicolas Curien & François Moreau (2006)

Ce texte est publié dans la collection dangereusement addictive des repères de la découverte. A chaque fois, je me dis « Demain, j’arrête » ! Tu as passé l’âge. Pas moyen. Il y a toujours un texte comme Cet industrie du disque qui me fait rechuter. Et si au fond vos ne saviez pas ceque vosu voulez savoir sur l’industrie du disque ? Après la polémique autour de la loi DADVSI, malgré la lecture du plus généraliste Du bon usage de la piraterie de Florent Latrive ou de l’économie de la propriété intellectuelle de Lévèque et Ménière, en dépit des quelques billets publiés sur notre blog à ce sujet et des centaines (milliers ?) de billets ou articles de presse publiés ailleurs, finalement, vous ramez encore un peu. Normal, le sujet n’est vraiment pas si simple. Rassurez vous, Nicolas Curien et François Moreau ont publié la synthèse qu’il fallait en français. Et bien que complexe, le sujet n’est pas si vaste, ce qui permet à cet ouvrage de petite taille de le couvrir très largement. De l’économie industrielle de grande qualité, théorique, descriptive, empirique, argumentée. Une fois le livre achevé, vous ne regarderez plus votre balladeur MP3 de la même façon.

L’ouvrage est structuré de la façon suivante : présentation des acteurs, analyse des structures de marché et stratégies, étude de la technologie et voies futures de développement. Outre l’organisation de la filière, la présentation des acteurs donne la composition du prix de gros d’un disque, les statistiques sur les revenus des artistes et leur répartition entre les différentes sources, des encadrés présentent les principales sociétés de droits d’auteur, les contrats types de l’industrie du disque ou encore le principe de calcul des royalties. Autant d’informations qui ne sont pas nécessairement connues du non spécialiste. L’offre est analysée en présentant la structude de marché d’oligopole à frange (quelques majors et de nombreux indépendants). Les stratégies autour de la distribution, les rôle respectifs des uns et des autres en matière d’innovation et la logique du star system sont ainsi présentées ; de même que les relatiosn entretenues avec les industries connexes (comme le matériel de lecture numérique). Côté demande, Curien et Moreau décrivent la structure des consommations, les déterminants des ventes et discutent les raisons de l’émergence d’une concentration des consommations dans la logique du star system.

Puis on en vient à la terrible question du piratage… Les analyses théoriques et empiriques sont rondement menées. On note au passage que l’économie a bien une grille d’analyse solide, mais que les études empiriques ne sont pas abouties, dans la mesure où le choix des variables économétriques à retenir est ardu. Globalement, difficile de conclure. Les explications alternatives à la baisse des ventes sont également envisagées. Les auteurs concluent que l’hypothèse la plus sérieuse en la matière repose sur l’arrivée du support CD dans la phase de déclin de son cycle de vie. Sont enfin exposées les réponses de l’industrie au piratage, DRM et répression judiciaire.

La dernière partie du livre s’attarde sur les nouveaux modèles économiques possibles du disque. Partant des techniques de vente que sont le versioning (multiplication des versions pour un même bien) et du bundling (vente par paquets), il est possible d’envisager une alternative au modèel actuel. Les auteurs se penchent sur le modèle du discaire numérique en montrant qu’il est tout sauf établi à ce jour, pour de multiples raisons aui tiennent largement aux choix passés et aux stratégies des acteurs du marché. Autre point examiné, l’utilisation du peer to peer dans un modèle soit de type marchand (avec plusieurs formules de financement pour l’accès aux enregistrements) et non marchand (c’est alors le principe de la licence légale qui s’impose). Mais au delà de la question basique du paiement à acquitter pour obtenir un droit d’écoute sur les oeuvres, se pose celle des limites nouvelles de l’industrie. Avec le développement des ventes de sonneries mobiles, les besoins en information sur un marché où l’offre devient largement pléthorique, l’imbrication de fait entre fournisseurs d’accès à Internet et offre musicale, de même que les liens croissants entre matériel Hi-Fi et musique enregsitrée, les possibilités de financement publicitaire, sans oublier le renforcement du spectacle vivant (on doit souligner que les concerts sont, de loin, la première source de revenus des artistes) l’industrie du disque peut repenser son modèle économique bien au delà de ses terres traditionnelles.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez y aller les yeux fermés. C’est du tout bon. Et très accessible.

Stéphane Ménia
02/03/2007

Nicolas Curien & François Moreau, L’industrie du disque. , La découverte, 2006 (8,50 €)

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