Note de lecture


The Undercover Economist
Tim Harford (2005)

Un nouveau genre de livre d’économie se développe : le livre bien écrit, utilisant les concepts de base de l’économie, pour traiter de façon simple, pédagogique et amusante des questions de société. Le premier auteur dans ce style était Steven Landsburg; celui qui a eu le plus de succès jusqu’à présent est Steven Levitt; Ce qui s’approche le plus de ce style, en version française, est le livre de Bernard Salanié. Tim harford, ancien économiste à la Banque Mondiale, actuellement journaliste au Financial Times (dans lequel il rédige entre autres la très amusante chronique Dear Economist) a écrit avec « The undercover economist » un autre opus dans ce style.

Et l’ensemble est plutôt réussi. Tout d’abord, parce que l’auteur écrit très bien, produisant un livre très agréable, très clair, souvent drôle. Ce style lui permet d’expliquer des concepts relativement simples, mais aussi des choses nettement plus complexes, comme la théorie des enchères, la théorie des jeux ou la discrimination tarifaire. Il applique ses outils à des évènements récents, comme la vente aux enchères des licences de téléphonie mobile de troisième génération, ou à de grands problèmes, comme le sous-développement et la pollution atmosphérique; surtout, il s’attache à des problèmes beaucoup plus concrets, comme le prix des produits du commerce équitable, ou celui (extrêmement élevé) d’un café chez Starbucks. De nombreux paradoxes ou phénomènes inexpliqués de la vie courante, sous la plume de Harford, trouvent une explication, ou suscitent une réflexion.

Les premiers chapitres sont consacrés à l’explication des prix, que ce soit la politique tarifaire de Starbucks, ou celle des hypermarchés; le lecteur ne fera plus ses courses de la même façon après avoir lu ces chapitres. L’auteur montre ensuite ce qu’on entend par fonctionnement efficient des marchés, avant d’étudier les problèmes de pollution, d’information asymétrique ou de bulle spéculative. Un chapitre est consacré aux enchères et à la théorie des jeux; puis les trois derniers chapitres traitent des problématiques de la mondialisation : la pauvreté et ses causes, l’effet des échanges, et une conclusion sur le développement de la Chine.

Les chapitres paraîtront au lecteur un peu inégaux. Le chapitre sur la pauvreté et le sous-développement, par exemple, est un excellent reportage au Cameroun, qui montre très bien les problèmes posés par la corruption, et les incitations que crèent des institutions défaillantes; le lecteur pourra penser néanmoins, à juste titre, que ce simple chapitre ne suffit pas à expliquer un sujet aussi complexe. Le chapitre sur la Chine se contente aussi d’être un reportage, même s’il fait une belle conclusion du livre. Par ailleurs, le chapitre sur la théorie des jeux et des enchères est excellent, et permet au lecteur profane de comprendre un sujet que bien des économistes ne comprennent pas parfaitement. En tous les cas, on ne perd pas son temps à lire ce livre : on se fait plaisir, et on apprend des choses. Que demander de plus?

A noter, le site internet de Tim Harford, qui contient de nombreux et très bons articles grand public, dont une version résumée du second chapitre du livre – à aller lire pour se faire une idée.

Alexandre Delaigue
17/03/2006

Tim Harford, The Undercover Economist. , Oxford University Press, 2005 (22,84 €)

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