Note de lecture


La crise du capitalisme mondial
George Soros (1998)

Bon, que dire de ce livre ? Qu’il est décevant. Ok, vu le titre, il ne fallait pas s’attendre à des merveilles. Eh ben, ça veut rien dire. Y a bien eu « Le pouvoir de la finance » d’André Orléan, titre qui fait peur, pour un livre très bien. Et, surtout, il y avait eu « Le défi de l’argent », du même Soros. Pas vraiment un livre d’économie, tout comme celui dont je parle ici d’ailleurs. Mais un livre intéressant, autobiographie du célèbre spéculateur, dont on peut penser tout ce qu’on veut, sauf que c’est un idiot. Hélas, il est si peu idiot, que cela lui monte à la tête. Alors que dans « Soros on Soros » (titre original de l’autobiographie), une forme d’humilité rendait l’itinéraire du créateur du Quantum Fund réellement spectaculaire, dans « La crise du capitalisme mondial » l’auteur n’est plus dans le rythme.
Il reste certes toujours le témoignage de première main de l’expert financier sur les récentes turbulences financières. Mais, au delà, ce sont les prétentions de philosophe et théoricien de l’homme qui dominent. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a un peu de mal à se remettre à sa place. Que ce soit sa théorie de la « réflexivité » appliquée à l’histoire, sa version remaniée de la « société ouverte » de Popper (qu’il cite expressement, cela dit) ou même sa modélisation « boom-krach » de la finance (longuement développée dans « L’alchimie de la finance »), Soros a tendance à reinventer la roue (si ce n’est plagier ses inventeurs) et penser que cela vaut la peine de commettre un livre pour l’occasion. Sans compter que les hurlements de douleur appelant à l’action avant que tout ne s’effondre sont parfois déconcertants, tant ils rappellent plus ceux d’un militant de chez ATTAC que d’un patron de hedge fund . En réalité, il faut probablement plus voir le livre comme une tentative faite pour ordonner ses idées et vérifier qu’il a réussi à conceptualiser ses propres expériences à l’aune de ce que les autres avaient déjà pensé, quitte à le tourner à sa sauce. La mégalomanie de l’homme, quoique compréhensible, reste cependant pénible.
En tout cas, j’ai été très déçu. Krugman (un autre narcissique, mais qui sait se tenir et utiliser cette tendance pour faire rire) dit d’ailleurs de lui dans « The Return of Depression Economics » qu’il est un expert financier qui voudrait qu’on prenne au sérieux tout autant ses prétentions philosophiques que ses conseils financiers. Y a encore du boulot…
Stéphane Ménia
27/12/1999

George Soros, La crise du capitalisme mondial. , Plon, 1998 (19,55 €)

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