Note de lecture


La croissance
Jean-Olivier Hairault (2004)

Ramassé en un peu plus de cent pages, cet ouvrage est une introduction aux théories de la croissance. La stratégie de rédaction qu’a retenu Hairault est très pertinente et fait la grande force de son travail. Il est dans la lignée du plus ancien « Croissance endogène » de Charles Jones. Il s’adresse à un public motivé, qui y trouvera un bon outil de travail.

L’ ambition de l’auteur est de présenter les modèles fondamentaux et de les hiérarchiser « en fonction de leur capacité à expliquer de façon pertinente les différences de revenus entre pays ». A la lecture de la table des matières, on a du mal à voir en quoi il ne s’agit pas d’un nième manuel sur la croissance et rien ne laisse présager quoi que ce soit d’original. Le premier chapitre présente les constats empiriques usuels statistiques et faits stylisés Kaldoriens à l’appui. Le deuxième se penche assez longuement sur le modèle de Solow. Le troisième évoque l’endogénéisation du progrès technique et les modèles de croissance endogène. Ainsi s’achève une première partie consacrée à la croissance et l’accumulation du capital. La seconde partie interroge les conditions d’optimalité de cette croissance. Elle débute logiquement sur un chapitre consacré à la règle d’or de l’accumulation et une présentation du modèle de Ramsey-Cass. Le dernier chapitre, consacré au rôle de l’Etat, après avoir rappelé le rôle institutionnel et correcteur d’imperfections de marché de celui-ci, aborde des modèles standard intégrant les dépenses publiques en présence d’externalités. Le modèle de Diamond est également brièvement présenté. La dernière partie du chapitre évoque les liens entre croissance et inégalités.

Peut-on conclure que l’ouvrage atteint les objectifs posés initialement ? Pas vraiment, à mon avis. L’évaluation systématique du pouvoir explicatif des modèles répertoriés n’est réellement satisfaisante que dans la première partie. Peut-être par manque de place, peut-être par manque de temps, la suite de l’ouvrage y consacre de moins en moins d’espace. On pourra aussi observer ce déséquilibre dans le traitement général des derniers chapitres.

Avant de reprocher à l’auteur, comme ne manqueraient pas de le faire certains lecteurs, de ne pas aborder une littérature non néoclassique (même si Harrod et Domar sont par exemple évoqués brièvement), il est essentiel de voir le livre comme l’aboutissement d’un enseignement. Car, au fil des pages, il apparaît, à mon sens, assez clairement que ce livre est la mise en forme d’un cours (qui pourrait porter sur autre chose que la théorie néoclassique, mais ce n’est pas le cas, on ne va pas engueuler l’auteur pour ça. Un peu comme si un prof de philo se faisait villipender parce qu’il ne fait pas un cours d’italien…). De ce point de vue, il faut féliciter l’auteur, car son livre est clair, synthétique et didactique. Il répond aux questions que l’on se pose devant les modèles étudiés, cherche (même si on aimerait que ce soit le cas tout au long de l’ouvrage, comme on l’a dit) à en faire un outil de réflexion sur la réalité de la croissance et attache une attention vigilante à l’interprétation économique des raisonnements mathématiques employés. Tous les manuels consacrés à la croissance n’ont pas ce souci. On retrouve cette priorité dans la présentation des modèles. Tous sont présentés en temps discret (ce qui est généralement plus abordable pour l’individu moyen et donne surtout une cohérence d’ensemble). Les notations sont allégées autant que peut se faire. Les étapes de la résolution des modèles sont épurées et les points intermédiaires retenus sont pertinents. Le lecteur volontaire pourra reconstituer les démonstrations. Force est de constater que la fluidité d’ensemble de la rédaction incite à le faire, plus qu’elle n’effraie (c’est parfois le cas dans certains ouvrages arides).

Enfin, la grosse qualité scientifique du livre est de faire le point, et bizarrement sans le préciser, sur l’orientation des recherches en théorie de la croissance après 15 ou 20 ans de renouveau. Après l’engouement pour les modèles de croissance endogène, on a constaté leurs limites, notamment en matière de traitement des rendements dans les fonctions de production. Compte tenu de leurs performances empiriques, ils ne remplacent pas les modèles plus anciens, notamment le Solow, mais apportent certains éclairages complémentaires, essentiellement sur la nature du progrès technique dans le processus de croissance. Et cet aspect est bien mis en avant par l’auteur.

Pour finir, on signalera que la bibliographie est excellente. Elle contient toutes les références essentielles, pas une de plus, pas une de moins.

Stéphane Ménia
01/02/2005

Jean-Olivier Hairault, La croissance. , Economica, 2004 (15 €)

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