Note de lecture


The Armchair Economist : Economics And Everyday Life
Steven Landsburg (1995)

Qu’il soit intéressant ou médiocre, il est rare que l’on s’amuse franchement à la lecture d’un livre d’économie. La discipline n’est pas la « science lugubre » pour rien. Il existe cependant quelques exceptions : en voici une.
Steven Landsburg est économiste, et tient également une chronique sur le magazine en ligne Slate, intitulée « everyday economics ». Son talent est simple : écrire en un anglais très clair, et appliquer les modèles théoriques de l’économie à des questions de la vie de tous les jours. L’intérêt de la pratique est double : pour le néophyte, cela permet de découvrir des analyses économiques arides sous un jour très lisible : pour l’économiste, c’est l’occasion de voir des modèles qu’il connaît appliqués dans des circonstances étonnantes. A un moment ou un autre, à la lecture de ce livre, l’économiste le plus chevronné ne pourra pas s’empêcher d’être surpris et impressionné.
A quels types de problèmes Landsburg s’attaque t’il? Aux plus improbables. Pourquoi le pop-corn coûte plus cher au cinéma que dans un magasin? (et pourquoi la réponse évidente n’est pas la bonne). Faut-il s’inquiéter du déficit public? La polygamie nuit-elle aux hommes ou aux femmes? les ceintures de sécurité réduisent-elles les accidents de voiture? Pourquoi les livres sont-ils souvent décevants? Que se passerait-il si un économètre définissait les règles du football américain? Pourquoi les mauvais chercheurs qui ne cherchent pas doivent-ils néanmoins être payés? les exemples sont inombrables, les réponses toujours surprenantes, voire cocasses. Et répondent à un principe général que Landsburg applique avec constance : les gens réagissent aux incitations Cela permet de construire de subtiles analyses coût-avantage pour chaque problème abordé. Landsburg n’aime rien tant que de jouer avec son lecteur, l’amener dans une direction, pour lui montrer que c’est une impasse et le ramener dans un autre sens. Et on se laisse vite prendre au jeu, quitte à chercher la faille, tant les conclusions de l’auteur sont surprenantes. Il est parfois possible de la trouver, c’est alors une vive satisfaction que d’avoir battu l’auteur à son propre jeu. En tout cas, l’exercice est très amusant, et très instructif. Bien souvent, Landsburg met en évidence des idées qui vont à l’encontre des idées reçues. Sa dénonciation de l’idée selon laquelle le déficit public est un grand mal est pas exemple très bien vue.
Le livre n’est pas sans défauts. Landsburg en effet tend parfois à arrêter le raisonnement à un point précis, ou à affirmer des résultats que la littérature économique n’accepte que de façon nettement plus nuancée. Il lui arrive parfois aussi d’être un peu en contradiction avec lui-même de chapitre en chapitre. Mais ce serait une erreur que d’attendre de ce livre des réponses définitives : il s’agit surtout d’un exercice d’utilisation des idées économiques, d’un jeu fait pour comprendre un mode de raisonnement, plus qu’un livre fait pour asséner des réponses toutes faites. Et sur ce plan, l’exercice est fort bien réussi. Un livre distrayant, amusant, qui fera passer un bon moment à tous ses lecteurs. C’est suffisamment rare pour être apprécié pleinement.
Alexandre Delaigue
08/06/2004

Steven Landsburg, The Armchair Economist : Economics And Everyday Life. , Free Press, 1995 (11,19 €)

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