Note de lecture


Le choix du système de retraite
P.Artus & F.Legros (1999)

Patrick Artus publie énormément. Vraiment énormément. Si, si, j’insiste. Champion de France des revues de la littérature ou des articles de synthèse, il multiplie les bilans sur les sujets opportuns, au moment où il le faut. Excellent me direz vous ? En un sens, oui. Mais je ne sais pourquoi, chaque fois que je lis un de ses petits bouquins à la table des matières si alléchante, je me rappelle mon enfance et cette maxime inlassablement répétée par quelque instituteur en manque d’imagination et probablement peu brillant lors de sa scolarité : « Vite et bien, ça va pas ensemble ». Mince… Ptet bien qu’il avait raison, au fond.
« Le choix du système de retraite » est une excellente initiative. Le livre consiste à se demander quel système de retraite (oui, vous savez, répartition ou capitalisation) est le plus justifié à un moment donné. En somme, il ne s’agit que de présenter une fois de plus ce que de nombreux textes ont fait tout au long des dernières années. Avec néanmoins une particularité intéressante, primordiale : prendre le point de vue de la théorie économique et le développer, modèles mathématiques à l’appui. Plus précisément, décliner un type particulier de modèle, le seul utilisé à ma connaissance pour traiter de la question des retraites, en tout cas le plus majoritairement usité : le modèle à générations imbriquées.
C’est effectivement un outil parfait pour étudier les problèmes intergénérationnels dans une économie dynamique, parmi lesquels figurent les retraites. Loin des raccourcis conscients ou non que peuvent servir les idéologues de service, Artus et Legros abordent tous les paramètres à prendre en compte pour juger de l’efficacité d’un système sur un autre : la démographie, les comportements d’épargne, les rapports économiques parents-enfants (altruisme intergénérationnel), l’incertitude politique ou économique, l’espérance de vie, le niveau optimal de cotisation au système etc. Bref, tout cela s’annonce fort intéressant, au demeurant.
Oh… Ça l’est. La simple lecture de la bibliographie révèle que l’essentiel des références majeures en la matière a servi de support à l’ensemble. Que reprocher au livre alors ? D’abord, un reproche qui n’en est pas réellement un : il est formalisé. Simplement, s’abstenir totalement lorsqu’on est vraiment nul en maths. Et s’informer un petit peu sur les modèles à générations imbriquées si on ne les connaît pas du tout. Il ne s’agit pas d’une initiation… Autre problème, plus agaçant : les coquilles. Le livre en est truffé. C’est une habitude dans les livres d’Artus publiés chez Economica, dont la relecture, laisse vraiment à désirer. Quand un « alfa » se transforme en « a » ou un « beta » en « b » dans une équation, si vous avez une ou deux équations par page, ce n’est pas trop gênant. Quand il y en a quinze ou que chaque équation fait quatre lignes, c’est un coup à refermer le livre et en faire de l’allume-barbecue (Je vous rassure, dans le pire des cas, il se retrouve au fond de ma bibliothèque…) ! Enfin, gêne d’ordre personnel, les commentaires des modèles ne sont pas toujours très clairs ou du moins peu parlants. Ce qui signifie que, au delà de mes insuffisances propres, il faut s’armer d’une feuille et d’un stylo pour décrypter l’ensemble. A mon sens, le livre n’est pas de ceux dans lesquels on peut sauter les équations et garder tout de même le fil du raisonnement. Il n’est que peu intuitif et en tirer réellement profit nécessite de prendre le temps de décortiquer les mécanismes insidieusement dissimulés derrière les équations. Oui, on est bien d’accord, ce n’est pas non plus une réelle critique. Juste le constat qu’on peut faire encore mieux dans le domaine (Nan ! Je vous vois venir… J’peux pas. Débrouillez vous !).
Stéphane Ménia
09/02/2000

P.Artus & F.Legros, Le choix du système de retraite. , Economica, 1999 (15,20 €)

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