Note de lecture


New Ideas From Dead Economists
Todd G. Buchholz (1999)

L’histoire de la pensée économique est souvent peu valorisée dans la discipline. Il faut dire que s’avaler des pavés entiers de gens morts depuis longtemps, dont les théories ont montré leurs limites, voire leur caractère totalement erroné, convient peu à l’air du temps, qui demande rapidité et efficacité. Les économistes spécialisés dans l’histoire de la pensée sont des érudits. Mais l’histoire de la pensée économique n’est pas une discipline de rats de bibliothèques perdus dans le passé. D’abord parce que l’on n’est pas forcé de faire commencer l’histoire cinq siècles auparavant. Les travaux de Walras, dont on parle quand même assez souvent, sont évidemment abordables sous l’angle de l’histoire de la pensée économique en mettant en perspective leur intérêt ultérieur. Ensuite parce qu’il est intéressant de réinterpréter les idées des ancêtres au regard des méthodes plus récentes. Cela permet baucoup de choses. Par exemple, d’un point de vue du développement de la recherche, c’est une façon de retrouver des intuitions originales qui avaient pu échapper aux premiers lecteurs ou qui avaient été mal perçues. Du point de vue plus politique, c’est une façon de revenir sur la philosophie des auteurs étudiés et de rompre le cou aux interprétations malhonnêtes.
Ceci étant rappelé, le livre de Buchholz est très agréable pour au moins trois motifs. C’est d’abord une introduction à l’histoire de la pensée économique. Ensuite, il est franchement drôle, car il se place régulièrement dans une approche de type « petite histoire de la pensée économique ». C’est-à-dire qu’il présente la pensée des auteurs en montrant en quoi leur personnalité, leurs expériences personnelles ont pu influencer leurs travaux. Or, c’est souvent amusant. En réalité, on peut dire que Buchholz dépasse même ce niveau, pour donner dans la biographie voire franchement dans le comique. Enfin, comme le titre le suggère, il cherche à montrer en quoi les débats économiques actuels renvoient à des idées développées par des économistes qui ne sont plus là pour en parler.
C’est très simple, quoiqu’en anglais. Mais ce n’est qu’une introduction, qui laisse de côté de nombreux économistes pourtant importants. On retrouvera : Smith, Ricardo, Malthus, J.S. Mill, les institutionnalistes (vieux et modernes), J.M. Keynes, les monétaristes, l’école du Public Choice, l’école des anticipations rationnelles.
Ce qui est déjà pas mal…
Stéphane Ménia
10/06/2000

Todd G. Buchholz, New Ideas From Dead Economists. , Penguin Books, 1999 (environ 10 €)

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