Note de lecture


The Return of Depression Economics
Paul Krugman (1999)

Je me suis laissé dire que les vrais amateurs de polar lisaient ce genre de littérature en commençant par le dernier chapitre. Après ce bouquin, je pourrai dire que certains livres causant d’économie doivent se lire de la même façon.
Krugman commencent par faire le récit des difficultés économiques rencontrées par les pays d’Amérique latine et d’Asie au cours des dernières années. Il présente la chronologie des évènements, explique les raisons des crises financières au Mexique, en Malaysie, au Japon etc. Il fait une digression sur le rôle que les « vilains » hedge funds ont pu jouer dans ces épisodes, expose le processus à l’oeuvre entre un gouvernement et les acteurs des marchés financiers, qu’il nomme « jeu de la confiance ». Il discute ce que furent les succès ou les erreurs du FMI. Cela se lit tranquillement, souvent avec le sourire (fut-il jaune), comme souvent chez Krugman.
Et puis, vient le dernier chapitre. Et voilà donc où il voulait en venir… Que ce soit le Japon, la Thaïlande, la Corée, la Russie ou le Brésil, tout ce qui vient de se passer doit nous rappeller une chose : les récessions, quelles que soient les raisons de leur apparition, font partie du paysage des économies de marché. Mais, la récession n’est pas un phénomène devant lequel on doit se montrer fataliste. Tout ralentissement de l’activité économique, toute secousse financière n’est pas le révélateur d’une crise structurelle profonde, appelant des changements majeurs et austères du côté de l’offre. L’économie fonctionne, au moins à court terme, comme une pompe qui peut avoir des ratés, sans que l’ensemble de la machine soit bon pour la casse. La théorie économique et la pratique des politiques économiques, au moins depuis Keynes, ont donné des indications sur la façon de procéder dans pareils cas. La bonne vieille macroéconomie qui se préoccupe du soutien de la demande plutôt que de restaurer la compétitivité des entreprises, de la fourniture de liquidité plutôt que de l’inflation zéro, n’est pas morte avec la domination éditoriale de la « supply side economics ». Les faits récents « outre-mer » l’attestent. Reste à s’en souvenir pour qu’ils ne se reproduisent pas en Europe ou en Amérique du Nord.

Note : Si l’anglais vous ennuie, la version française, traduite depuis : « Pourquoi les crises reviennent toujours ».

Stéphane Ménia
27/12/1999

Paul Krugman, The Return of Depression Economics. , Norton, 1999 (12,46 €)

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