Stéphane Ménia

Je ne comprends pas tout

Bruno Amable fournit une critique de la flexicurité qui me laisse sceptique.

Avant de passer à ce qui me laisse dans le doute , voyons ce que je comprends dans cette analyse.

 » Elle n’est peut-être pas la solution miracle que certains prétendent. Considérer que le chômage provient des «rigidités» du marché du travail surestime les effets de ces dernières et néglige le rôle que pourraient jouer des politiques industrielles ou macroéconomiques dans la détermination du nombre et de la qualité des emplois. »

Oui, cette obsession actuelle chez certains de la rigidité du marché du travail est absurde. Askenazy le synthétisait très récemment dans cet article : niveau flexibilité, on est déjà bien servi. Et d’autres facteurs, notamment conjoncturels expliquent le chômage actuel.

Ensuite, il redoute « une flexibilité sans beaucoup de sécurité ». Je partage cette crainte, le processus de décision public étant ce qu’il est. Sans une refonte majeure du système, c’est ce qui pourrait arriver. Et l’accord récent, que cite Amable, peut aussi bien augurer de cette refonte que de modifications marginales aux conséquences unilatérales.

Mais alors, on fait quoi ? Je veux bien que le Danemark ait pu réduire la générosité de son indemnisation du chômage depuis des années. Demandons néanmoins à un Danois ce qu’il pense de l’avenir et faisons la même chose avec un Français. Rappelons ce qui est devenu banalité : les pays où la protection de l’emploi est forte ne connaissent pas plus de chômage en moyenne que les pays où elle est faible. Mais le chômage y est plus long et plus douloureux. Ceux qui ont un emploi ont tellement peur de le perdre qu’ils en viennent pour beaucoup à le détester. Ceci a des conséquences qui ne se lisent pas uniquement dans quelques statistiques de l’emploi. Peur du déclassement, peur de prendre des risques, relations sociales conflictuelles (je ne parle pas des mondanités entre centrales syndicales et patronat, mais de vie réelle).

Je veux bien qu’en France signer des chèques en blanc au patronat et aux gouvernants supposés bienveillants soit une attitude hautement risquée pour les prolétaires ordinaires, mais il me semble que s’arcbouter sur le système actuel soit aussi mortifère. Il faut faire autre chose et arrêter de raisonner en termes de rhétorique  »social libéralisme » vs « vraie gauche ». Envisager une flexicurité a de ce point de vue des qualités intrinsèques et délibératives qu’il ne faudrait pas enterrer trop vite.

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Stéphane Ménia

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