Stéphane Ménia

Prendre les sexistes par les sentiments ?

Cette année, c’est la chasse aux catalogues de Noël sexistes. Il y a même une certaine Rachel Duriez qui envoie systématiquement des mails aux boîtes qui ont des catalogues sexistes pour leur dire d’arrêter. Certains appelleront cette activité une « cause », d’autres une « obsession ». Moi, je m’en fous, elle fait ce qu’elle veut de son temps. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle veut qu’on arrête de présenter des jouets ménagers en disant « Fais comme ta maman« .

J’avoue que le rose partout est énervant. J’avoue que je ne vois pas pourquoi un petit garçon n’aurait pas envie lui aussi de passer l’aspirateur. Après tout, enseigner l’aspirateur dès le plus jeune âge aux enfants, indépendamment de leur genre, est un très bon moyen de les stimuler scolairement. A 5 ou 6 ans vous leur faites passer l’aspiro pendant un an. A la fin de cette période, vous leur expliquez que s’ils travaillent bien à l’école, ils multiplieront leurs chances de pouvoir se payer une femme ou un homme de ménage quand ils seront grands. Succès scolaire garanti, sauf si vous avez enfanté des crétins. Ce qui peut arriver, c’est exact.

La question qui se pose est de savoir si insulter les chaînes de distribution est une bonne idée, plutôt que de leur dire qu’elles sont stupides et pathétiquement détournées de leurs propres intérêts. Non, dans ce cas, ce n’est pas une insulte, mais un constat. Je m’explique… Comme les données suivantes, tirées de cet article le montrent, si les femmes assument encore bien plus de tâches ménagères que les hommes, les hommes y consacrent un temps qui est loin d’être négligeable (1h23 quotidiennes pour le ménage, la cuisine, les courses et le linge). Ce qui signifie que les enfants qui ont un homme adulte à la maison peuvent légitimement considérer que ces tâches ne sont pas l’apanage des femmes.

Quel est alors l’impact du signal publicitaire sur les enfants ? Ne serait-il pas plus futé de promouvoir ces jouets sur la base d’un slogan plus universel tel que « Fais comme tes prolos de parents, va au resto une fois par an et passe l’aspiro dimanche matin ! » ? Eh oui, magasins de jouets, vous devez élargir votre cible pour élargir vos ventes. Si vous dites à un petit garçon que faire la cuisine c’est un truc de gonzesse, il en déduira qu’en réalité son père est une femme. Et ça, c’est peu glorieux… Oh, non, pas pour son équilibre psychique… On s’en fout royalement, hein. Non, c’est pour vos ventes de cuisines encastrées que c’est très négatif. L’identification masculine ne pourra se faire au travers de cet objet magnifique que son père ou beau-père manipule pourtant tous les jours (et franchement, souvent, mieux que sa mère ou que sa belle-mère. Bing). Voilà l’idée.

Oh, évidemment, je sais bien que les chiffres au dessus ne sont qu’une moyenne et que certains hommes ne font rien à la maison. Je sais aussi qu’il y a une dynamique endogène à la perpétuation des préjugés et qu’il peut être rationnel pour des marchands de s’appuyer dessus. Mais pas forcément. Il ne faut jamais oublier que les entreprises peuvent être d’une stupéfiante paresse intellectuelle, ce qui ne va toujours dans le sens de leurs intérêts. Finalement, essayer de parler de fric à Toys’R'Us n’est-il pas plus malin que de leur d’évoquer des sentiments moraux ou de les menacer de passer pour des vilains auprès des gens ?

Enfin, cette année, de toute façon, on touche le fond, c’est certain. Alors qu’il n’y aura pas de Noël pour cause de fin du monde, tout le monde s’affaire pour acheter ses cadeaux et on publie des catalogues sexistes. Eh bien, dans cette irrationalité généralisée, j’ai décidé de m’y soumettre aussi et je publierai d’ici quelques jours une chronique du livre de Paul Seabright Sexonomics que j’intitulerai en toute logique Chronique de la fin du monde.

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Stéphane Ménia

Stéphane Ménia

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