Stéphane Ménia

On va tous mourir, mais on s’en remettra

Dans cette période d’inquiétudes et d’austérité, où chacun s’interroge sur la noirceur du futur, ne serait-il pas temps de faire preuve de volontarisme, d’optimisme et de sourire un peu aux temps qui viennent ? Peut-être, je n’en sais rien. Mais sur ce coup, ne comptez pas sur moi, j’ai très envie d’être sombre et pessimiste. Je m’en vais donc vous dépeindre un tableau particulièrement déprimant. J’ai quand même mis un petit chat pour illustrer le billet…

Non, c’est vrai, quoi ? Cette fois, ça pue vraiment. De Dani Rodrik, visiblement très affecté par l’évolution de l’UE et de sa Turquie natale, à Alexandre visiblement très affecté par l’évolution de l’UE et… du prix du paquet de clopes j’imagine, les manifestations de pessimisme commencent à fleurir lentement mais sûrement. A vrai dire, si l’optimisme est une vertu, alors nos dirigeants politiques montrent l’exemple, tant on les sent assez peu concernés, en dépit de leurs démonstrations de gravité répétées. S’ils étaient vraiment concernés et conscients que la situation est vraiment peu commune, ils oublieraient un petit moment leurs priorités personnelles. Mais ce n’est pas le cas. Ce n’est pas surprenant, mais permettez moi néanmoins d’en rire. Permettez moi de rire aussi des postures de ceux qui avaient tout prévu. Pauvres fanfarons, vous n’aviez rien prévu, vous aviez juste choisi l’option laissée libre par les concurrents. Simple différenciation du produit. D’ailleurs, les concurrents continuent à produire la même camelote et il ne fait aucun doute qu’elle sera écoulée un jour ou l’autre pour beaucoup d’entre eux. Il se trouvera peut-être même des disciples pour décerner à titre posthume des lauriers pour la préscience de tel ou tel grand Homme qui avait tout prévu avant tout le monde. A ce compte, on pourrait bien décorer les météorologistes qui prévoient correctement le temps de temps en temps. Ils le méritent plus.

Point de prévisions visionnaires dans ce qui suit. Un peu de prospective de coin de table. Je dis bien prospective. Je ne prétends pas annoncer ce qui va se passer, mais évoquer un scénario. Le raisonnement est le suivant : si nous entrons dans une phase de grande stagnation, nous allons découvrir (ou redécouvrir) que la croissance n’a pas qu’une dimension matérielle, que les décroissants et leurs sympathisants sont des hommes de la croissance, que les récessions orientent les sociétés vers le repli sur soi et qu’on s’en remet difficilement. Bref, on est potentiellement dans la merde. Je finirai néanmoins sur une note optimiste en imaginant que, par une ruse de l’Histoire, nous pourrions vivre un moment Rawlsien qui déplairait à quelques-uns, mais pourrait finalement profiter à tout le monde.

Nous sommes peut-être en train de vivre une grande stagnation. Résumons l’idée : nous avons bénéficié d’une époque où nous avons à la fois compris les ressorts de la croissance et bénéficié et exploité des opportunités de croissance qui nous tendaient les bras. Désormais, les facteurs de la croissance restent les mêmes, notre compréhension de ces ressorts demeure, mais il nous est difficile de maintenir le même rythme. Du côté des chiffres, avant de donner une explication, les deux graphiques suivants donnent une consistance à la thèse. La tendance est très défendable pour la France. Pour les Etats-Unis, les années 1990 seraient une anomalie.

Au delà de ce constat, qui forme la thèse principale du livre de Cowen, les conditions institutionnelles présentes sont particulièrement mauvaises et le pire se dessine, puisqu’une récession de grande ampleur risque de nous ramener à réexaminer un mécanisme que les économistes n’ont pas encore franchement résolu, le lien entre les cycles et la croissance de long terme. En d’autres termes, si structurellement nous sommes dans une ère de croissance limitée, la crise actuelle ne va pas nous aider. Ajoutons évidemment que la crise n’est pas étrangère au ralentissement des opportunités de croissance, notamment, comme le rappelle Cowen, par certains aspects comme le rôle du crédit au cours des dernières décennies. Nous voici donc condamnés à ne pas croître. Et, même, avec une probabilité non nulle, connaître des années de croissance très faibles et d’autres de croissance négative. Si bien, qu’à l’horizon de 5 ans ou 10 ans, le niveau de vie pourrait baisser. Pour tout le monde ? Probablement pas. Quoi de neuf alors ? Après tout, un certain nombre de ménages ont déjà connu une baisse de leur niveau de vie depuis un certain nombre d’années. Ce que l’on peut craindre dans les années à venir, c’est qu’une majorité conséquente connaisse cette baisse, pendant qu’un tout petit nombre y échappera.

Est-ce grave ? Oui. D’abord, parce que pour une majorité de ménages, cette perspective ne peut être dédramatisée en disant « Hélas, c’est fini, mais nous avons eu de belles années ». Pour beaucoup, le sentiment, objectif ou non, est d’avoir avancé lentement, si ce n’est flotté ou reculé et de ne jamais avoir atteint l’opulence ou la sérénité matérielle attendues.

C’est également, et surtout, grave car la croissance économique a des bienfaits qui ne tiennent pas seulement à l’enrichissement matériel. Dans son ouvrage The Moral Consequences of Economic Growth, Benjamin Friedman montre que la croissance produit des bienfaits sociaux qui ne se limitent pas à la prospérité matérielle. La croissance engendre des sociétés plus ouvertes, plus favorables à la liberté et à la tolérance (la démocratie seule étant plus fragile lorsqu’elle n’est pas accompagnée de la croissance). Son analyse n’oublie pas de mentionner les critiques que l’on peut adresser à la croissance. Mais il conclut à partir d’exemples historiques que les sociétés qui connaissent moins de croissance sont également des sociétés globalement moins ouvertes et, en définitive, moins heureuses (ces comparaisons sont effectuées aussi bien dans le temps que dans l’espace). De ce côté de l’Atlantique, Eric Maurin a plus récemment montré quelque chose d’assez similaire dans son ouvrage La peur du déclassement, sous-titré Une sociologie des récessions. Il montre comment la récession de 1993, potentiellement ridicule à côté de celle que nous vivons, a renforcé des tendances néfastes sur le marché du travail, tout en accroissant les peurs sociales, au premier rang desquelles se trouve la peur du déclassement. Le renforcement de la protection de l’emploi a été une réponse systématique aux difficultés, renforçant la crainte de perdre cet emploi si dur à retrouver, et excluant de fait un nombre croissant d’individus des statuts protégés (eh non, on ne parle pas que de fonction publique). Globalement, on sait ce que donne cette peur : des gens qui sont durablement exclus de l’emploi, des jeunes qui s’insèrent lentement et douloureusement sur le marché du travail et des « privilégiés » disposant d’un emploi, qu’ils n’osent pas quitter même quand celui-ci les conduit plus souvent chez les psys qu’à la plénitude.

Voilà donc ce que pourrait produire une récession dure chez nous : un désarroi autant moral et psychologique que matériel. L’affaire n’est pas entendue. D’abord parce que tout cela repose sur l’hypothèse de la grande stagnation. Ensuite, parce que les sociétés ont parfois des capacités à rebondir qu’on ne soupçonne pas. Si la croissance aide à forger des sociétés plus ouvertes, on ne peut exclure que sa disparition ne reporte sur certaines institutions le poids de la cohésion sociale. Comme par miracle, en un sens. Il y a quelques années maintenant, j’ai passé un concours d’entrée dans une école. Lors de l’entretien, je devais étudier un texte de Stefan Zweig, tiré de ses mémoires Souvenirs d’un européen. Le passage montrait comment, confrontée à l’hyperinflation des années 1920, la société autrichienne avait su s’en remettre à d’autres raisons d’être heureuse qu’une économie florissante. Ce passage m’a longtemps fasciné (il faut malheureusement croire qu’il y a des limites à la résilience, vu comment Zweig a fini…). Un français né comme moi dans les années 1970 n’a jamais connu le chaos d’un épisode équivalent à ce qu’ont vécu les autrichiens à l’époque (et ensuite, je n’en parle même pas..). Le plus ennuyeux en quelque sorte, c’est que le scénario brutal qui mettrait les gens face à une « obligation d’être heureux malgré tout » risque de ne jamais arriver, un lent pourrissement s’y substituant. Je ne dis pas que c’est dommage. Mais dans ces conditions là, le risque d’une sclérose progressive est davantage plausible, nous ramenant aux analyses de Friedman ou Maurin.

Et c’est là qu’il n’est pas inintéressant de parler des décroissants. Nous avions avancé dans Nos phobies économiques que, paradoxalement, le monde vers lequel ils souhaitaient tendre, économe des ressources naturelles, était bien mieux soutenu par nos sociétés depuis plus d’un siècle que par leurs fantasmes de nouvel Homme. La chance des décroissants jusqu’ici a été de pouvoir se faire entendre dans des sociétés libres (des démocraties libérales au sens de Fukuyama), dans lesquelles une certaine forme d’opulence et de respect de l’individu laisse, en principe et généralement, la possibilité à chacun de se distinguer et d’exprimer son individualité au travers de mécanismes aussi variés qu’inattendus. Qui de protéger les animaux de compagnie, qui de se lancer dans la cause des nains de jardin ou dans un féminisme spécialisé ; sans même parler des membres actifs des associations d’automobilistes (OK, je caricature). Autant de causes qui témoignent, quand on y réfléchit bien, de conditions de vie moyennes souvent dépourvues de soucis fondamentaux… Nous sommes des derniers Hommes de Francis Fukuyama. Et les décroissants en sont une belle illustration. Malheureusement, si la croissance disparaissait, il y a fort à parier que beaucoup tourneraient casaque dans un laps de temps pas si long que ça, d’une part. D’autre part, les résistants se rendraient compte assez rapidement que ce démon qu’il combattait était finalement leur meilleure protection contre les insultes et peut-être pire. Sans la croissance, les décroissants n’auront plus leur mot à dire dans le débat sur l’opportunité de croître. Alors, on me dira que tous les décroissants ne sont pas pareils, que certains veulent juste une croissance plus modérée, etc. etc. Ce n’est pas le sujet. Disons alors que je me concentre sur ceux qui souhaitent durablement un taux de croissance négatif. Un monde dépourvu de la perspective de croissance n’est pas un monde où les ressources naturelles sont préservées, où les faibles sont protégés et où l’on vit en bons sauvages à la Rousseau (mais avec quand même de l’écotourisme au Costa Rica et des expos d’art moderne).

Mais un monde sans croissance n’est pas un monde sans richesses. A côté des flux, il y a les stocks, n’est-ce pas ? Oui, en effet. Et c’est à partir de ce constat que mon cerveau romantique et révolutionnaire (je précise que les deux ne sont pas synonymes pour moi) s’est mis en branle (j’assume pleinement le terme ; vu ce qui suit, j’aurais du mal à ne pas accepter les sarcasmes). Imaginez un pays où les patrimoines et les statuts sont inégalement répartis. Imaginez un pays où l’impôt sur le revenu est peu progressif. Imaginez un pays où personne ne fait confiance au système fiscal. Un pays où toute réforme est crainte, car elle augure potentiellement d’une arnaque pour le groupe auquel on appartient. Et imaginez que dans ce pays, du fait d’une cruelle récession, l’incertitude devienne la règle pour les 99%. Les 99% savent que loin d’avoir une chance d’accéder aux 1%, ils risquent davantage d’appartenir au 25%. C’est ainsi qu’on appellerait cette partie de la population vraiment pauvre et caractérisée par l’hétérogénéité des parcours avant la crise de ceux qui la composent. On y trouverait les anciens pauvres, d’anciens fonctionnaires ayant quitté la fonction publique plus ou moins volontairement, d’anciens commerçants ruinés, d’anciens cadres promis à un beau placard doré mais finalement virés. Des gens éduqués, des gens moins éduqués, mais qui n’auraient jamais envisagé d’en arriver là. Au milieu, les 74%. Conscients de leur statut précaire. Conscient qu’entre eux et les 25%, il n’y a pas grand chose.

Cette situation est celle d’un moment Rawlsien. John Rawls est ce philosophe qui pose un problème à beaucoup de Français. Un type qui a dit : « Non, les inégalités, ce n’est pas mal. ». Ce qui fait de lui un vilain libéral. Mais il a aussi dit « Les inégalités ne sont acceptables que si leur hausse correspond aussi à l’amélioration de la situation des plus modestes ». Stupeur. Le voilà qui vire à gauche. Sérieusement, pour résumer le système de justice élaboré par Rawls, on peut dire qu’il faut une liberté individuelle ouverte à tous (par des opportunités égales, ce qui ouvre sur la notion de biens premiers ; disons que c’est l’égalité des chances) et que tout accroissement des inégalités n’est juste que s’il profite aussi aux plus défavorisés. Mais pour que ce programme soit validé consensuellement, il faut placer les gens derrière ce que Rawls appelle un « voile d’ignorance ». C’est une fiction. Elle suppose que chaque individu ignore dans quelle position sociale il va probablement se retrouver une fois qu’on aura décidé des règles de justice. Il est évident qu’en règle générale, on a une certaine idée de ce qu’il va se passer, selon que l’on naît chez des bourges ou chez des clodos et que faire passer une philosophie à la Rawls se heurte à un simple refus de ceux qui sont du côté des bourges (OK, pas tous, mais bon…). C’est là que la nouvelle division de notre société en 25-74-1 est formidable. Les 74 sont clairement majoritaires. Et inquiets de passer chez les 25, ils sont prêts à valider une réforme rawlsienne. Une grande réforme est celle de l’impôt sur le revenu. Le rendre plus large en sa base, le rendre plus progressif. Bref, le truc que nous proposent Thomas Piketty et Camille Landais. Avec une grande récession, cette révolution fiscale peut arriver.

Voilà, tout ceci était un hommage aux frères Coen. Burn After Reading.

PS : aucune substance illicite n’a été maltraitée lors de la rédaction de ce billet.

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Stéphane Ménia

Stéphane Ménia

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15 réflexions au sujet de « On va tous mourir, mais on s’en remettra »

  1. 1) le graphique de la France comprend une période de rattrapage qui par définition n’était pas durable

    2) la croissance des USA et la notre se font à crédit depuis 20 ou 30 ans : faut il diminuer les taux observés d’autant? Ou Pas? et combien cela fait

    3) il faudra se décider à raisonner en croissance du PIB par habitant si on veut continuer à comparer des pays dont la démographie est si différente que les USA, la france et l’Allemagne

    4)d’un point de vue purement moral, je pense effectivement qu’une croissance des inégalités n’est acceptable que si elle se conjugue avec la croissance et tant qu’à faire qu’elle la permette!

    5) la volonté des Français de voir les impôts baisser ou leur acceptation d’une hausse est peut être une opinion forgée par ceux qui défendent l’une ou l’autre politique

  2. Je rentre du ciné, je viens d’aller voir contagion, j’ai récemment lu "La route",et je tombe sur ce billet.
    J’hésite entre stocker des boîtes de thon ou relire les philosophes de la Grèce antique…
    En tout cas, vous m’avez donné envie de lire le bouquin de Zweig : 7 euros, quelques heures de plaisir, vous voyez qu’on peut être heureux sans beaucoup d’argent…

  3. Excellent billet mais très pessimiste!

    Réponse de Stéphane Ménia
    Mais non, mais non, c’est un billet « vaut mieux en rire que d’en avoir rien à foutre » (c) Didier Super.

  4. Ce texte c’est un peu la mort de l’économie (science). Cette crise n’est pas due à une catastrophe naturelle ni à aucun fait dont nous ne pouvons nous libérer. Ce sont des conventions qui en sont à l’origine, des règles qui s’avèrent pas terribles à l’usage. ya ka qu’à les changer ces règles et tout ira mieux.
    Je suis étonné par le fatalisme de ce billet. vraiment

  5. Je partage de votre exposé l’importance que vous accordez à la situation matérielle des plus pauvres.

    Je ferais alors une remarque : la manière dont nous mesurons aujourd’hui le capital, la consommation, la croissance accorde une importance très significative à des aspects dits immatériels, qui ont pour caractéristique essentielle de ne contribuer en rien au bien être des plus pauvres.

    Constatant que ce qu’on nomme aujourd’hui ne concerne guère ce qui contribue effectivement au bien-être des plus pauvres, hé bien, je constate que la situation n’est vraiment pas grave.

  6. Tiens c’est bien vrai tout ca.

    J’en parlais justement a mon beau-pere hier, né en 1920, enfance dans les années 30 et la depression, marié en 1942, ticket bouffe, STO, evasion, bonbardement, totalement ruiné avec une petite fille a l’age de 25 ans, bien heureux d’avoir echappé aux bombes. Les jeunes d’aujourd’hui sont bien malheureux et leur avenir bien sombres.

    J’ai pas evoqué Rawls avec lui, ca l’aurait bien fait rire. Le coté on est 74% alors on peut tondre les 1% restant pour eviter de tomber dans les 25% de precaires (ca fait tres Terra Nova tout ca),ne faisait pas vraiment parti de sa philosophie.

    Vous etes vous demandé si la courbe de croissance de la France a quelque chose a voir avec le fait que notre etat est totalement inefficace, que nous avons la depense publique la plus elevee du monde, la depense sociale la plus elevee du monde, que notre fonction publique est un enorme bordel et que personne ne se demande dans ce pays si cette depense est nécessaire, utile ou efficace, mais que tout le monde veut la financer en taxant les autres.

    Il me semble qu’avant de parler de reforme fiscale (demander plus a l’impot et moins au contribuable) ce pays a besoin de redefinir un projet et choisisse une fois pour toute si il est pour un mode de vie a base de moins de travail, plus de loisir, moins de richesse, moins d’opportunité (je n’ose ajouter respectueux de l’ordre transcendant) ou alors comme nos parents et grand parents plus de travail, plus de richesses morales et materielles, plus d’opportunité, mais aussi plus de competition, plus de doutes, plus de vie quoi.

    Ceci dit les civilisations sont mortelles et chacun a le droit de vpuloir etre gardien de musée et d’expliquer aux touristes du futur que la France fut un grand pays (sous Louis XIV) qui merite le respect. Je suis sur qu’ils seront ecoutés avec la meme attention que nous ecoutons lorsque l’on nous vante les merites de telle ou telle civilisation qui eclaira le monde au XIIe siecle.

    Les Francais d’aujourd’hui devraient plus aller parler a leurs vieux parents ou grand parents. Et qu’ils lisent les livres d’histoires au lieu de se facebooker a mort.

  7. Très bon billet merci

    Pour répondre au inquiétude de certain : on a de la marge :) Ceux qui ne le voient pas ce sont ceux qui n’ont pas encore eu à se serrer la ceinture…

    Remarques :

    1-Je pense aussi que le modèle de croissance est très certainement devenu hypra aléatoire et sur une courbe descendante, le problème c’est le financement par la dette et l’intérêt, je pense qu’il va nous falloir changer notre façon d’envisager les cycles, hors l’endettement postule sur des hypothèses de croissance lors de sa contractualisation, il ne nous sera plus possible de s’endetter sur une prévision de croissance à 3% sur 20 ans, il nous faudra revoir ce mécanisme en prenant en compte des décrochages et sur une base de croissance presque nulle, comment évaluer un crédit alors, faut-il créer un mécanisme souple qui permettrait des défauts répétés, sans pour autant mettre le système en péril ? Un financement plus basé sur l’épargne que le crédit ? Et ne parlons pas de la montagne de dettes actuelles…

    2-D’un point de vue politique la croissance c’est de l’espoir à moindre frais, pour substituer cela il va falloir que nos politiques se reprennent,et propose des objectifs commun plus poussés, et c’est là que réside le principal écueil de ce changement, en cela il me semble important de se laisser guider par le "common decency" :« sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune » qui est à mon avis la seule boussole vers cet inconnu…

  8. J’allais écrire un petit texte pour vous remonter le moral, mais j’ai entretemps lu la déclaration de B Le Maire comme quoi nous serions "en guerre contre les marchés financiers"…je crois que je vais attendre encore un peu…

    Plus sérieusement, si la croissance est une meilleure utilisation des ressources (normalement jusque là j’ai bon), il n’y a aucune raison que ça s’arrête!
    La déprime, comme la décroissance, ne serait elle pas elle aussi un luxe de pays riche?
    comme disait un célèbre philosophe de la fin du XXème siècle : "Il n’y a pas de suicides au Sahel, pas de psychiatre à Kinshasa".

  9. Il y a quelques mois, j’ai eu une discussion avec quelqu’un qui se présentait comme décroissant.
    Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il s’en foutait du PIB, que pour lui c’était une référence trop souvent utilisée à tors et à travers, et ce qui importe c’est la décroissance de la consommation des ressources naturelles (principalement celles non-renouvelables "facilement").
    Au final, il a reconnu que c’était le bordel entre tous ceux qui s’appellent "décroissants".

  10. Merlin: Rawls ne suggère pas spécifiquement de s’attaquer au 1%. Par contre, le raisonnement permet de prédire que tant qu’un pays fonctionne, une majorité de gens se croyant bien placés réformera son système fiscal par itérations successives tant que l’économie y survivra, en postulant que les réformes fiscales n’ont aucune conséquence sur le fonctionnement de l’économie elle-même/

  11. L’économie me parait être une science du commentaire, et je n’en ai jamais lu aucun qui ne soit peu ou prou pessimiste, voire apocalyptique. C’est pourtant une fonction utile, car elle stimule les politiques, les seuls à disposer de moyens d’action, financiers ou réglementaires. Ceux qui font l’économie sont les investisseurs, les managers, les producteurs divers, et les financiers.
    Ceux qui ne sont ni l’un ni l’autre contribuent, en courant d’un bord à l’autre du navire, à lui faire risquer de chavirer.
    Heureusement, les vrais naufrages sont exceptionnels.
    NB: il n’y a pas besoin d’être un décroissant pour contribuer à la décroissance!

  12. 25% 74% 1%

    Hum, les pays qui nous ont précédé dans cette direction n’ont pas vu de moment rawlsien.

  13. Imaginer en France un renversement d’orientation économique aussi radical que le Front Populaire de 1936 après la déflation Laval de 1934 ne doit effectivement pas être complètement loufoque …

  14. @Bielos: Je n’ai pas lu Rawls de manière suffisamment approfondie pour me permettre un jugement pertinent. D’autant plus que la Philosophie Morale est en l’occurrence un cache sexe. Il me semble que le problème qui déprime M. Stéphane peut se résumer par le dicton suivant:

    "La ménagère Allemande compare les prix; la ménagère Française rempli son caddie."

    Elle se préoccupera plus tard de savoir comment le payer. En l’occurrence le caddie Français coûte 200Mds€ de plus que le caddie Allemand. Y a de quoi faire.

    Donc ce que je trouve agaçant c’est qu’alors qu’il me semble évident qu’il faudrait commencer par repenser le contenu du caddie, la quasi totalité des Diaforus-Pikketus préfèrent dire au brave peuple qu’il y a un sac d’or au pied de l’arc en ciel.

    Outre qu’un mauvais diagnostic conduit au mauvais remède, je crains les réactions du brave peuple lorsqu’il s’apercevra que l’huile a faire pousser les cheveux, non seulement ne le guérit pas, mais encore aggrave sa propre situation qui deviendra alors carrément saignante.

    En bon exemple de ménagère Allemande, je lis d’ailleurs Rawls en Anglais car le prix du livre est plus compétitif. Merci Jack!

  15. Qui pouvait être assez stupide pour croire que la croissance soit sans limites? Le cycle se retourne,et alors? rien de plus normal.
    Ce qui est vraiment étrange, c’est la presque interminable période non Malthusienne dont nous avons été les témoins.

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