Alexandre Delaigue

Démondialisation : le débat impossible

La mondialisation redevient la grande mode du débat national, dans sa version « tonner contre ». Elle est le concept central du programme d’Arnaud Montebourg. Un récent sondage, commandé par les partisans d’un protectionnisme européen, traduit qu’une majorité écrasante de français sont favorables au protectionnisme et pensent que l’ouverture des frontières de la France et de l’Europe vis à vis de pays comme l’Inde ou la Chine a des conséquences négatives sur les prix, l’emploi, les bénéfices des entreprises, les salaires, et même les déficits publics (ne me demandez pas).

Il n’y a pas de raison de souhaiter que des questions soient exclues du débat public. Le problème du débat qui s’engage, c’est qu’il n’a que peu de chances de donner des résultats positifs. Les discussions sur le commerce international sont toujours piégées par le vocabulaire métaphorique que l’on y emploie. Les partisans de barrières douanières utilisent le terme de « protection » comme si un loup attendait, tapi derrière la frontière, prêt à venir égorger nos filles et nos compagnes. Leurs adversaires parlent de « libre-échange » comme si lesdites barrières douanières étaient une privation de liberté, un emprisonnement. On parle d’un « solde extérieur négatif ou positif », d’un « déficit ou d’un excédent commercial », des termes lourdement connotés. Il y a peu d’expérience pédagogique plus ingrate que de devoir expliquer à des étudiants (ou à des journalistes) qu’un solde commercial positif ou négatif n’est a priori ni une bonne, ni une mauvaise chose.

Plus généralement, la mondialisation est discutée au travers d’une métaphore partagée par l’essentiel de ses partisans et de ses adversaires; une métaphore devenue tellement répandue qu’elle finit par changer la réalité; et pas dans le bon sens.

Cette métaphore est celle qui fait des échanges internationaux une nouvelle guerre: la guerre économique. Les nations sont prises dans une grande bataille pour le marché mondial, qui fait des vainqueurs et des vaincus, des victimes et des gagnants. Et ce conflit ne cesse de s’exacerber sous l’effet de la déréglementation mondiale, de l’entrée de plus en plus de pays à bas salaires dans la bataille et des évolutions technologiques qui rendent le monde de plus en plus « plat » pour reprendre la (consternante) métaphore de l’essayiste américain Thomas Friedman. A partir de cela, il y a deux réactions possibles.

La première consiste à dire que cette situation est inéluctable. Mais qu’il ne faut pas pleurnicher, se retrousser les manches, et partir à l’assaut du monde pour appartenir au camp des gagnants. Les moyens pour y parvenir diffèrent : certains prônent une politique industrielle active, une « adaptation » qui passe immanquablement par la disparition de nos « archaïsmes » (ici, lisez : tout ce qui avantage les salariés et ennuie les employeurs); en bref, remplacer la protection des salariés par celle des entreprises. D’autres ont une approche plus fleur bleue : il faudrait dans leur esprit, au contraire, renforcer les avantages des salariés en les rendant plus instruits, plus innovants et créatifs que les étrangers, qui se contentent (pour l’instant) d’être nombreux, bêtes et mal payés.

La seconde réaction consiste à dire que tous cela n’est pas inéluctable. Si la mondialisation, c’est la guerre, alors, il faut en sortir. Il y a là aussi deux versions. Dans la première version, c’est la nation qui est la communauté politique à préserver de cette guerre, et c’est à son niveau que la protection doit s’organiser. La seconde version est plus internationaliste, considérant que le monde entier est la communauté politique pertinente. C’est alors par des taxes et une régulation mondiale (démocratique et citoyenne) que la pacification s’organisera. Ce débat est apparu nettement autour du concept de démondialisation, dénoncé par les internationalistes comme un concept « superficiel et simpliste » . Comme l’indique Lordon, cette question de la communauté politique pertinente est ce qui différencie des gens qui partagent le même objectif. (les lecteurs assidus noteront que ce débat reprend le trilemme de Rodrik, évoqué récemment).

On pourra placer tel ou tel, ou se placer, dans chacune de ces grandes subdivisions. Une chose, cependant, est certaine : vu sous cet angle, il n’est pas très difficile de deviner les raisons du succès du protectionnisme. Si la mondialisation, c’est la guerre, alors on ne voit pas comment on pourrait y être favorable, ou même avoir envie d’y faire quoi que ce soit, sauf à se bercer d’illusions. Surtout si l’alternative pour appartenir au camp des gagnants se limite à devoir trimer comme un chinois (pour le même salaire) ou compter sur les chimériques effets de l’éducation (que fera-t-on lorsque les étrangers, eux aussi, joueront la carte de l’innovation et de l’économie de la connaissance?).

Identifier cette métaphore guerrière permet à la fois de situer chacun dans les débats, et de comprendre l’opinion générale, globalement défavorable. Le problème de cette métaphore d’un champ de batailles de plus en plus féroces, c’est qu’elle est fausse. Et qu’elle a des conséquences extrêmement dommageables.

A ce stade, l’économiste se trouve dans une situation pénible. Il sait qu’il va avoir droit à la remarque suivante : « ha, je vous vois venir, les économistes avec vos modèles incompréhensibles. Vous allez dire que la mondialisation, c’est super, la concurrence, c’est génial, le protectionnisme, c’est mal, à partir de votre histoire incompréhensible prise chez un anglais mort depuis deux siècles et ses histoires de vin et de drap. Vous allez encore nous dire que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles, Mais aujourd’hui, le monde n’est plus pareil. Et au cas ou vous ne l’auriez pas remarqué, IL Y A DES GENS QUI SOUFFRENT. ON SE FOUT DE CE QUE VOUS AVEZ A RACONTER! » ou quelque chose d’approchant.

Essayons, malgré tout, de voir ce qui se produit une fois que l’on sort de cette métaphore guerrière. A quoi ressemble le monde, vu par les lunettes des scientifiques lugubres?

La première chose à noter, c’est que le monde est loin d’être plat. Pour s’en convaincre, il suffit de contempler ce globe terrestre représentant la localisation de la production mondiale, et constater que celle-ci est extrêmement concentrée à quelques endroits. Cette concentration se retrouve dans le commerce mondial. L’essentiel de celui-ci est constitué par des pays identiques qui s’échangent des produits identiques, ou disons, très proches.

Seconde tendance majeure. Si vous voulez comprendre La répartition et l’ampleur du commerce international, il n’y a qu’une seule relation à connaître : le modèle de gravité. Le commerce entre deux pays est proportionnel au produit de leurs PIBs respectifs, divisé par la distance entre les deux pays, mise à la puissance 0,9. Pour préciser, cela signifie qu’à chaque doublement de la distance entre deux points, le commerce entre ces deux points se réduit de 90%. La distance a un impact considérable sur le commerce.

Le modèle gravitationnel est l’un des résultats les plus marquants de l’économie internationale, pour deux raisons. La première, c’est que cet effet est constant depuis les années 50. Oui, vous avez bien lu : alors que les coûts de transport se sont effondrés, malgré l’invention de l’internet et les révolutions technologiques, malgré l’OMC et le libre-échange mondialisé, la distance continue d’exercer exactement le même effet -important- sur les échanges internationaux. C’est absurde, direz vous : depuis 15 ans, chacun a pu expérimenter le fait que la Chine (qui est toujours à la même distance, aux dernières nouvelles) nous vend bien plus de ces camelotes qui envahissent les linéaires des hypermarchés. C’est exact, mais n’oubliez pas le numérateur de l’équation : le commerce est proportionnel au produit des PIB. Dès lors que la Chine devient plus riche, automatiquement, les flux d’échanges augmentent. C’est assez logique d’ailleurs. Imaginez que toute la production mondiale soit concentrée en un point, il n’y aurait aucun commerce. Imaginez maintenant que toute la production soit concentrée en deux points, et le commerce apparaît entre les deux. Les pays émergents ne sont pas plus proches sous l’effet du libre-échange : ils sont simplement plus gros.

Pourquoi cet effet géographique reste-t-il constant? Pourquoi n’est-il pas influencé par les changements technologiques et l’abaissement des barrières douanières? C’est la deuxième chose intéressante : on ne sait pas vraiment. Les économistes ne manquent pas d’explications, mais aucune d’elles n’est vraiment convaincante. De manière intéressante, on retrouve le même effet géographique sur internet, qui a, pour le coup, théoriquement annulé la distance; Les gens consultent beaucoup plus de sites internet situés près de chez eux que loin. Vous pouvez en faire l’expérience : les sites internet, vos amis facebook, les gens avec lesquels vous interagissez le plus sur twitter, sont très probablement ceux qui sont situés le plus près de chez vous. La mort de la distance sous les coups de boutoir de la mondialisation a été très exagérée.

Et pourtant, nous avons l’impression distincte qu’il se passe des choses. Des secteurs d’activité entiers disparaissent, l’emploi industriel s’effondre, des usines sont délocalisées. Si ce n’est pas parce qu’il est devenu plus facile de produire à l’étranger, à bas coûts, pourquoi? La réponse est assez simple : c’est la rançon de la croissance économique. La croissance économique d’un pays vient de ce que la productivité augmente. Mais l’évolution de la productivité n’est pas identique selon les secteurs. En particulier, elle augmente beaucoup plus rapidement dans l’industrie que dans les autres secteurs, sans que la demande de produits industriels ne suive dans les mêmes proportions. Résultat, l’emploi s’effondre dans ce secteur. Au total, il y a croissance économique, ce qui constitue une bien maigre consolation pour ceux qui se retrouvent sans emploi.

Pour voir cet impact des gains de productivité sur l’emploi industriel, il suffit de constater que celui-ci diminue au niveau mondial, au même rythme que celui qu’on constate en France ou aux USA. Comme il est difficile d’envisager que cela soit dû à l’accroissement de nos échanges avec le reste du système solaire, il faut en déduire que ce sont les changements technologiques qui produisent cet effet, comme ils l’ont déjà fait pour l’emploi agricole. De la même façon, lorsque les économistes cherchent à relier l’évolution des flux commerciaux avec les pays à bas salaires et les évolutions de l’emploi, ils ne trouvent au mieux qu’un effet modique.

Sauf que la réalité est plus compliquée que cela. l’impact de la concurrence sur un marché ne se mesure pas qu’aux flux effectivement échangés, mais à son caractère plus ou moins contestable. Si une entreprise propose à ses salariés de travailler plus pour le même salaire, sans quoi la production sera délocalisée à l’étranger, et que ceux-ci acceptent, on observera que la productivité augmente, et que le commerce international n’augmente pas : aucun lien entre les gains de productivité et les échanges commerciaux. Peut-on dire pour autant que le commerce international n’a eu aucun effet? Pour ne rien arranger, la façon dont l’évolution technologique a accru la productivité des entreprises a été de permettre l’éclatement de la production, un rôle massif de l’externalisation de la production et la multiplication des « chaînes de production globales ». Il est du coup impossible de distinguer les conséquences spécifiques de la mondialisation de celles de l’évolution de la productivité et de la demande de produits.

Par ailleurs, la croissance des pays émergents ne peut pas être considérée en dehors de la mondialisation. La croissance économique provient de la découverte, de la mise en application, et de la diffusion, d’idées. Trouver quelque chose à exporter vers les pays riches pour découvrir les techniques, s’insérer dans le commerce mondial d’une manière plus ou moins dirigée, est le seul moyen de croître durablement. Ce n’est pas faute d’avoir testé les alternatives. Dans les pays riches, le problème central est celui du ralentissement de la croissance de la productivité depuis les années 70, faute de trouver suffisamment d’idées productives.

Au bout du compte, il est bien difficile de distinguer dans la situation actuelle ce qui relève de la mondialisation et ce qui relève de l’évolution technique, tant l’un et l’autre sont indissolublement liés, et produisent des effets similaires. On peut néanmoins en retirer quelques enseignements.

- On voit mal en quoi des barrières douanières renforcées pourraient résoudre le problème central des pays développés, une productivité stagnante. La question se pose à chaque fois qu’une barrière concrète entre dans la discussion publique. En quoi, par exemple, contraindre Air France à acheter Airbus plutôt que Boeing serait-il avantageux? le recours à l’externalisation fait que ce qui bénéficie à Boeing bénéficie aussi à l’emploi en France et qu’à l’inverse, avantager Airbus ne garantit pas d’effet spécialement avantageux. Et c’est sans compter sur les conséquences pour Air France : pourquoi privilégier l’activité d’un constructeur d’avions au détriment d’une compagnie aérienne, sinon par simple fétichisme industriel?

Même chose pour le serpent de mer de la TVA sociale, qui émerge régulièrement, parfois sous des formes bouffonnes. Des dizaines de têtes d’oeuf à Bercy se sont penchées sur la question, pour arriver chaque fois à la même conclusion : les conséquences sont tellement variées selon les secteurs d’activité (importateurs, exportateurs, bien non échangeables) que l’effet positif sur l’emploi n’est aucunement garanti. Les interdépendances, sous l’effet de l’externalisation et des chaînes globales de valeur, sont devenues tellement importantes que les entreprises ont de plus en plus à perdre à des barrières protectionnistes qui causeraient la désorganisation de leur système productif.

Considérez deux pays. L’un d’eux (A) est au sommet d’une montagne, l’autre (B) au pied. Pour envoyer des marchandises vers B, A n’a qu’à les laisser rouler sur la pente; mais pour que les produits de B aillent vers A, il faut payer des porteurs très cher. Cela ressemble assez à la situation de l’Europe par rapport au reste du monde, tel que décrite par ceux qui critiquent la « naiveté » européenne en matière de commerce international; les autres érigent des barrières, nous ne le faisons pas, le terrain n’est pas égal. Sauf que, qui vous dit que c’est B qui va payer les porteurs pour acheminer les produits vers A? si les produits de A sont abondants et peu désirés dans B, et qu’à l’inverse, les produits de B sont rares dans A, ce seront les consommateurs de A qui paieront pour les porteurs. Si A a fabriqué sa montagne à l’aide de barrières douanières, alors, ce sera A qui en paiera les conséquences, pas B. Croire que l’on peut facilement modifier le terrain compétitif à son avantage, c’est s’exposer à de gros risques de déconvenues.

- La première chose qu’il faudrait démondialiser, c’est le débat public. On crève en Europe de la confusion entre productivité et compétitivité, de croire que prospérité rime avec solde commercial positif. Cela conduit à des politiques contre-productives, à dégrader les protections sociales et institutionnelles des salariés pour le remplacer par le corporate welfare. Les conséquences sociales et économiques des évolutions technologiques et de la mondialisation sont exactement les mêmes, au point que les économistes sont incapables de les distinguer. Se focaliser sur la mondialisation, c’est avoir la pire combinaison possible : les mêmes conséquences sociales et encore plus de stagnation de la productivité. Et à un discours politique stupide et incohérent, genre « le protectionnisme c’est pas bien, mais la TVA sociale (qui est une forme de protectionnisme) ça pourrait être bien« . Il faudrait cesser de prendre les gens pour des imbéciles.

Lorsqu’on sort d’une rhétorique souvent énervante, l’argumentation d’Emmanuel Todd revient à considérer que la politique commerciale est un élément de la politique, qu’elle ne devrait pas être réservée à des technocrates (ou des économistes) qui ânonnent « libre-échange, bien, protectionnisme, pas bien ». Que s’il est impossible de mettre en oeuvre un tel projet à l’échelle européenne, faute d’existence d’une communauté politique, alors il faut sortir de l’Europe et le faire à l’échelle de souveraineté qui existe réellement, celle de la nation. Dans ce projet politique Toddien, le protectionnisme est un moyen de soulager les inquiétudes des salariés qui se sentent menacés par l’irruption de centaines de millions de non-qualifiés sur le marché du travail mondial, et de mettre en oeuvre en contrepartie une libéralisation interne susceptible d’accroître la productivité et la croissance économique. Ce projet ne manque pas de valeur.

Le problème de ce projet, c’est qu’il est en pratique impossible de distinguer dans ce qui angoisse les salariés ce qui relève de la mondialisation, et ce qui relève des changements technologiques, tant les deux sont liés. Et qu’une efficacité économique accrue aurait pour effet d’amplifier la tendance à la réduction de l’emploi industriel, l’automatisation des tâches intellectuelles, et par là même, la pression ressentie par les salariés. Le dilemme central des pays développés – la hausse de la productivité fragilise la situation des salariés, mais sans croissance économique, les mécanismes de protection des salariés deviennent insoutenables – se pose toujours.

Démondialiser le débat public signifierait affronter enfin ce dilemme, cesser de croire que les politiques sont les généraux qui, moyennant du sang et des larmes (que, bien entendu, ils ne verseront pas), doivent nous guider dans la grande guerre économique mondiale. Comprendre que notre prospérité dépend de notre capacité à produire, que le problème est d’être productif, pas meilleur que les autres.

Mais ce n’est pas le chemin que l’on prend. On aura plutôt une de ces querelles de grands concepts déconnectés du réel (levons le tabou du protectionnisme! non, le protectionnisme, c’est pas la solution, retroussons-nous plutôt les manches et affrontons le vaste monde) que nous affectionnons tellement. Sans doute quelques mesures symboliques à l’effet douteux (la TVA sociale semble tenir la corde) pour donner le sentiment au peuple que le gouvernement sait écouter ses inquiétudes. Les vrais problèmes, eux, attendront.

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Alexandre Delaigue

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Alexandre Delaigue

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47 réflexions au sujet de « Démondialisation : le débat impossible »

  1. "Comprendre que notre prospérité dépend de notre capacité à produire, que le problème est d’être productif, pas meilleur que les autres."

    Quand chacun croit devoir sa fortune au fait que la loi interdit aux autres d’exercer son activité, c’est mal barré.

  2. Je ne vois pas pourquoi la TVA sociale serait spécialement protectionniste. Qu’elle nous soit présentée comme telle d’accord. Mais si la TVA sociale est protectionniste, alors la TVA tout court l’est aussi. Ce qui fait que la TVA nous protègerait aussi des vendeurs de chocolat, des coiffeurs et des concessionnaires automobiles et bénéficierait aux vendeurs de fruits & légumes frais, les restaurateurs & autres professions du bâtiment (entre autres) par le miracle du taux réduit de TVA.

    Non, pour moi la spécificité de la TVA sociale, c’est qu’elle touche d’autres personnes que ceux qui travaillent. Les cotisations sociales sont essentiellement payées par les employés, alors qu’on peut soupçonner qu’une partie au moins de la TVA soit payée par les consommateurs. Ces personnes qui ne paient pas de cotisations sont les retraités et les bénéficiaires des minima sociaux. Évidemment, aucun politique ne se risquerait à dire qu’il va taxer les RMIstes et les retraites…

    Réponse de Alexandre Delaigue
    C’est une mesure protectionniste parce qu’elle revient à une dévaluation réelle, lorsqu’elle s’accompagne de baisse de charges. Elle accroît les marges des exportateurs, degrade celle des importateurs.

  3. L’econoclasme c’est faire de l’orthodoxie. Avec la pirouette habituelle, du "c’est plus compliqué", servie ad nauseam
    Depuis 20 ans.
    C’est plus compliqué : vous êtes des idiots.

    Vous faites le job, stériliser le débat.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Peut-être. J’essaie d’en parler et d’en discuter, en tout cas.

  4. "Pourquoi cet effet géographique reste-t-il constant? Pourquoi n’est-il pas influencé par les changements technologiques et l’abaissement des barrières douanières? C’est la deuxième chose intéressante : on ne sait pas vraiment. Les économistes ne manquent pas d’explications, mais aucune d’elles n’est vraiment convaincante."

    [auto-promo honteuse] aucune d’elles n’était convaincante jusqu’en 2010 !

    ideas.repec.org/p/pra/mpr…

  5. Merci pour cet article intéressant.
    Vous dites notamment qu’il est "ingrat d’expliquer" pourquoi "un solde commercial positif ou négatif n’est a priori ni une bonne, ni une mauvaise chose".
    Mais il me semble que vous ne donnez ni la raison, ni de lien vers un endroit où vous l’expliqueriez! Merci de poursuivre votre pédagogie sur ce point précis!

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Par exemple cela : http://economistes.blogs.liberation.fr/chiffrage/2008/02/lhystrie-du-dfi.html et ceci : http://www.liberation.fr/economie/010174352-l-economie-innovante-ne-se-juge-pas-a-l-aune-de-ses-exportations

  6. Volgensong, I respectfully dissent : à la fin de son exposé, Mr Delaigue expose je crois très clairement le problème.

    Qui, en mes termes est celui-ci : l’argent n’est qu’une illusion : la seule chose qui compte vraiment est la production (et l’investissement, et la prospective, mais laissons le débat au niveau du plancher où vous semblez souhaiter le laisser).

    Ce qui fait la richesse d’un pays ou d’une zone monétaire, puisque cette notion vous semble chère, ce ne sont pas les manipulations comptables, les comptes et les dérivées énièmes : c’est l’investissement personnel auquel consent chacun à enrichir les sociétaires au premier rang desquels lui-même.

    A partir de là, dans quelle direction souhaitez-vous débattre ?

  7. C’est probablement lié, mais ce qui me frappe de plus en plus en France est l’absence de prospective économique, en particulier en matière d’innovation scientifique et technologique. Personne ne semble se poser la question de savoir quels seront les Airbus ou les Areva de demain, c’est effrayant. Quand il y a des politiques de soutien publiques, elles sont incohérentes, pas du tout pensées, et pas assez soutenues. J’ai par exemple le sentiment que la France laisse complètement passer le train d’Internet et des biotechnologies. Tout le monde en France a l’air de considérer que le monde est essentiellement statique.

  8. Vous omettez la dimension politique du projet. Démondialiser c’est tenter de relocaliser, et de remettre le faire non productif au centre du système. C’est donc à la fois parler technologie et échange.

    Il est plus facile de prétendre qu’en faisant des régressions on arrive pas à isoler les causalités etc etc. Quand je lis Dani Rodrik, j’ai quand meme l’impression que votre post est un peu se cacher derrière votre petit doigt.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Il faudra m’expliquer ce que signifie « remettre le faire non productif au centre du système ». Et je cache quoi, donc?

  9. Si la croissance c’est la "découverte, la mise en application de la diffusion d’idées", en quoi est-ce "fleur bleue" de vouloir plus d’éducation ? A moins que le caractère fleur bleue n’existe que si on se situe dans le cadre de la métaphore mondialisation = guerre ?

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Tout a fait. Éduquer c’est bien, mais pas pour faire mieux que les chinois.

  10. Quels sont les meilleurs arguments que les économistes ont au fil du temps trouvés sur le sujet ?

    Voici celles qui me viennent à l’esprit, j’espère que qqun complètera :

    – L’argument de Ricardo, pour qui la meilleure manière de limiter la rente des propriétaires fonciers britanniques est de permettre aux consommateurs anglais d’acheter leur grain où ils veulent (et a contrario, la protection douanière est la meilleure manière de spolier le consommateur au bénéfice du rentier).

    – Les nombreux pamphlets de Bastiat, comme Balance du commerce, où il explique qu’une bonne méthode pour améliorer la balance commerciale est d’envoyer des navires chargés de marchandises et de les couler au milieu de l’océan avant qu’ils n’aient pu ramener des produits étrangers en retour ; et bien sûr l’inénarrable Pétition des marchands de chandelles, lesquels entendent lutter contre la concurrence déloyale… du soleil !

    – la métaphore de James Ingram, citée par Krugman dans "La mondialisation n’est pas coupable" qui assimile innovation technologique et échange international (ce qui revient à assimiler protectionnisme et luddisme)

    Par ailleurs, il y a une explication psychologique de Bastiat qui me semble toujours pertinente : nous sommes naturellement portés au protectionnisme parce que nous achetons de nombreux produits en tant que consommateur, mais ne vendons qu’un seul talent en tant que travailleur. Nous craignons donc de perdre beaucoup si notre travail est exposé à la concurrence internationale, alors que nous n’aurions pas grand-chose à perdre si un produit étranger que nous consommons était grevé de taxes douanières.

    P.S. Ce lien ne marche pas :
    econo.free.fr/index.php?o…

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Bug affichage, mais le lien marche.

  11. Merci pour votre billet qui, comme d’habitude, aide le lecteur à mettre à distance ses préjugés.

    Il me semblait avant de vous lire que l’ouverture au commerce international faisait des gagnants et des perdants, et que le problème était qu’on échouait à redistribuer le bénéfice des gagnants, parce que ces derniers agitaient rapidement la menace de s’expatrier.

    À lire la difficulté de distinguer les effets de la croissance du commerce international des effets de la croissance de la productivité, j’ai maintenant l’impression qu’il est impossible d’avoir un débat objectif sur cette question des gagnants et des perdants.

  12. J’aimerais s’il vous plaît que vous donniez votre source pour le fait suivant :
    "Pour voir cet impact des gains de productivité sur l’emploi industriel, il suffit de constater que celui-ci diminue au niveau mondial, au même rythme que celui qu’on constate en France ou aux USA."
    D’avance merci.

  13. Billet remarquable et nécessaire.

    Pour Proteos : les pensions de retraite étant revalorisés en fonction de l’inflation (et les minima sociaux généralement aussi), la TVA sociale serait assez peu efficace pour mieux répartir la charge du système de protection sociale.

    Si c’est ça l’objectif, il serait déjà beaucoup plus simple (mais pas moins risqué politiquement, c’est tout le problème) d’aligner le taux de CSG des retraités sur celui des actifs.

  14. Merci pour cet excellent article.

    "L’un d’eux (A) est au sommet d’une montagne, l’autre (B) au pied. Pour envoyer des marchandises vers B, A n’a qu’à les laisser rouler sur la pente; mais pour que les produits de B aillent vers A, il faut payer des porteurs très cher."
    Je ne résiste pas à la tentation de suggérer aux lecteurs de lire Bastiat dans le texte, il reprend un exemple très proche mais un peu plus imagé (et drôle) :
    bastiat.org/fr/reciprocit…

    @Sources : voir par exemple ici unstats.un.org/unsd/snaam…
    la part des industries manufacturières dans le Produit Mondial Brut est passée de près de 27% en 1970 à moins 17% de nos jours

  15. J’ai la faiblesse de penser que les gens sont plus cohérents que ce que vous pouvez imaginer en lisant les journaux, les journalistes ou les intellectuels.

    Schématiquement, la mondialisation accroît le pouvoir d’achat moyen et augmente les inégalités de revenus. Le seul "mythe" économique est que la majorité des gens seraient plus heureux si le pouvoir d’achat était plus faible mais mieux réparti. Et l’introduction d’une dose de protectionnisme dans ce but n’est pas complètement stupide, quand même.

    J’ai l’impression que vous vous concentrez essentiellement sur les justifications souverainistes du protectionnisme. Or par définition le projet économique ultime du souverainisme est l’autarcie, ou du moins le contrôle des prix des exportations/importations négocié entre les gouvernements des différents pays. Je vois pas l’intérêt d’analyser comme vous le faites les étapes intermédiaire d’un raisonnement qui n’en est pas un, mais une tautologie.

    Enfin, vous dites que le protectionnisme n’empêchera pas l’ancien technicien de France Telecom de déprimer parce qu’il est muté de force à la vente. C’est vrai, mais en même temps comme il semble que les quelques gains de productivité qu’on a fait dernièrement l’ont été en excluant du marché du travail les improductifs (les trop jeunes, trop vieux, trop peu formés ou dont la qualification n’est plus utile), pourquoi ne pas penser qu’il y aurait moins de chomâge si on était moins productif.

    Bref, je pense que les Français veulent au fond stagner économiquement tout en limitant le malaise social, tranquilement sans avoir à se demander s’il faut éprouver de la peur ou de la compassion envers les Chinois. Vous perdez votre temps, le protectionnisme, ça n’a en fait rien à voir avec de l’économie!

    PS : Aviez-vous remarqué dans le sondage cité au début de votre article qu’implicitement, la majorité des français demandent non seulement des taxes à l’importation mais aussi à l’exportation, puisqu’ils s’attendent à certaines baisses de prix?

  16. KosMo: Demander de plus fortes taxes sur la consommation en général, et donc, accepter des hausses générales de prix est parfaitement logique d’un point de vue de "développement durable" comme on dit chez les énarques recyclables. La logique comptable agrège ici de manière un peu acrobatique les conséquences des causes bien diverses.

  17. Vous cachez peut être votre incapacité à penser en dehors de la boite noire.

    Vous expliquez ce que signifie remettre le faire non productif au centre du système consiste à :

    – prendre ce billet
    – commencer par le point su la productivité et la technologie
    – ensuite imaginer une économie en trois secteurs avec un secteur très productif mondialisé, un intermédiaire productivité moyenne en dessous du niveau mondial, et un secteur à productivité faible d’économie à la personne. Se rendre compte que le contenu en emploi du premier ne compensera pas les pertes liées à la disparition du second et le grossissment à terme du troisième. Ceci donne une économie en 10-90. 90% qui servent les 10%.
    – Imaginer deux points d’entrée qui permettent de travailler sur cette question : la fin de la schizophrénie consommateur-producteur et la question de l’utilité sociale du travail
    – En déduire des choses intéressantes comme : allocation universelle ou non, démondialisation et retour de politique industrielle, la mystification de la compétition mondiale pour l’éducation.

  18. Votre modele semble oublire un element: l’Etat doit se financer. Les barrieres douanieres ne sont pas qu’une montagne, elles sont aussi une rentree fiscale qui vient amoindrir la pression sur l’economie nationale.

    Cela est encore plus vrai pour votre critique de la TVA sociale qui est un moyen de taxer la consommation plutot que, a travers les cotisations, l’emploi. C’est une mesure efficiante (la TVA est le plus productif des impots) et protection du travail plus qu’une mesure protectionniste.

    D’ou ma question: Ou sont les impots dans votre modele?

    Desole pour les accents

  19. @Artamille
    Moi non plus je ne comprends pas. Vos deux premiers points, soit, mais je décroche au troisième. Qu’est-ce que "la schizophrénie consommateur-producteur" et "la question de l’utilité" sociale du travail" ? A part des vérités de La Palisse comme "chacun d’entre nous est à la fois consommateur et producteur", ou "tout travail doit être utile à quelqu’un", je ne vois pas.

  20. @Elvin :

    "la schizophrénie consommateur-producteur" : Un consommateur a intérêt à ce que les prix baissent, un producteur a intérêt à ce que les prix montent.

    "la question de l’utilité" sociale du travail" : Telle activité fait-elle tendre la société vers une amélioration ou une régression? D’où son corollaire : les personnes exerçant cette activité ont-elles le sentiment d’être utiles et reconnues à travers celle-ci.

  21. Je cite
    "ha, je vous vois venir, les économistes avec vos modèles incompréhensibles. Vous allez dire que la mondialisation, c’est super, la concurrence, c’est génial, le protectionnisme, c’est mal, à partir de votre histoire incompréhensible prise chez un anglais mort depuis deux siècles et ses histoires de vin et de drap. Vous allez encore nous dire que tout va bien dans le meilleur des mondes possibles, Mais aujourd’hui, le monde n’est plus pareil. Et au cas ou vous ne l’auriez pas remarqué, IL Y A DES GENS QUI SOUFFRENT. ON SE FOUT DE CE QUE VOUS AVEZ A RACONTER!"

    Ona beau se moquer de mme Michu mais il est bien plus stupide de baser toute la politique commerciale d’un pays sur Ricardo.

    Ce n’est qu’un modele mathématique avec des hypothèses OBLIGATOIRES pour que ca fonctionne.
    Il suffit de des pays importants ne joue pas le jeu (comme la Chine) et tout votre beau modèle s’écroule.
    Oui au retour du politique qui peut s’adapter au contexte international.

  22. Je ne suis pas économiste, mais je connais le domaine de l’innovation et de ce côté là, il me semble que l’Europe pourrait faire beaucoup mieux et investir plus. C’est le nombre de sujets qui manque.

  23. @D.T :

    "Ce n’est qu’un modele mathématique avec des hypothèses OBLIGATOIRES pour que ca fonctionne." Certes, la, disons, promotion du libre-échange (international) peut être faite dans le cadre hypothétique habituellement retenu par les économistes mainstream mais celle-ci ne requiert pas nécessairement que ces hypothèses-là soient vérifiées pour être faite (voyez, par exemple, plusieurs billets du blog "Cafe Hayek"). Par ailleurs, les économistes considèrent bien souvent que, précisément, la "concurrence parfaite" caractérise plus ou moins l’économie mondiale contemporaine.

    "Il suffit de des pays importants ne joue pas le jeu (comme la Chine) et tout votre beau modèle s’écroule." Justement, depuis au moins Frédéric Bastiat jusqu’à Jagdish Bhagwati et son étudiant Paul Krugman en passant par nos chers hôtes Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia (2008, chap. 14, p. 149), les économistes soutiennent le libre-échange, SANS tenir compte de ce que font les autres pays.

  24. @Tassin
    C’est bien ce que je disais : des vérités de La Palisse.

  25. @D.T.
    "IL Y A DES GENS QUI SOUFFRENT; ON SE FOUT DE CE QUE VOUS AVEZ A RACONTER"
    OK, alors imaginez maintenant quelqu’un qui se demande comment faire pour que moins de gens souffrent moins. Comment va-t-il savoir comment s’y prendre ? Vous foutez-vous toujours de ce qu’il va faire et pourquoi ?

  26. J’ai quand même du mal avec cette argumentation. On a l’impression que pour l’auteur, les délocalisations d’usines n’existent pas. Il manque quelque chose à la conclusion "Comprendre que notre prospérité dépend de notre capacité à produire, que le problème est d’être productif, pas meilleur que les autres." Il faut justement être meilleur que les autres, car la compétition mondiale fait que celui qui est meilleur peut tout simplement acheter la capacité des autres à produire. Et ces derniers de se retrouver à poil, incapable de produire quoi que ce soit.

  27. «Comprendre que notre prospérité dépend de notre capacité à produire, que le problème est d’être productif, pas meilleur que les autres.»

    Comment conjuguer un tel constat avec l’inéluctable limite à la croissance de la consommation de matières premières (par exemple, du pétrole, dont le monde va connaître un pic de production mondial et structurel durant la décennie qui vient) ?

  28. si la mondialisation et l’augmentation de la productivité sont équivalentes, elle sont également équivalente dans l’esprit de ceux qui ont répondu à l’enquête : dés qu’apparais une nouveauté qui fasse baisser le besoin de travail et augmente la productivité, les gens conteste car cela détruit des emploi. et cela est bien normal qu’ils contestent car les gains de productivité semblent se concentrer entre les mains des investisseurs. la logique derrière cela: c’est grâce a leur investissement si on peux augmenter la productivité, donc c’est a eux que reviennent les gains.

    Concernant la TVA sociale, vous dites que c’est une dévaluation. le probleme est qu’il faut dévaluer quand un pays n’est pas en forme economique, mais que nous ne pouvons pas a cause de l’euro. il faut une TVA sociale flottante : forte quand le pays importe trop, faible quand elle exporte trop.

  29. @occam
    "voir par exemple ici unstats.un.org/unsd/snaam…
    la part des industries manufacturières dans le Produit Mondial Brut est passée de près de 27% en 1970 à moins 17% de nos jours"

    Le fait donné par Alexandre Delaigue concerne le nombre d’emploi industriel dans l’absolu (et non la part de l’industrie dans la valeur ajoutée).
    Rappel de ce qu’a écrit Alexandre, et pour lequel j’aimerais avoir la source :
    "Pour voir cet impact des gains de productivité sur l’emploi industriel, il suffit de constater que celui-ci diminue au niveau mondial, au même rythme que celui qu’on constate en France ou aux USA."

  30. "un solde commercial positif ou négatif n’est a priori ni une bonne, ni une mauvaise chose."

    Et c’est exactement la même chose pour la dette et le déficit public.
    Ce ne sont que des artefacts comptables. Il n’y a pas de bon ou de mauvais résultat, et la dette et le déficit ne se remboursent pas.
    On en a besoin pour faire tourner l’économie.

    Mais un solde positif permet un déficit public moins élevé et il n’y a que cela qui réjouit les déficits hawks aux commandes.
    Tous ceux coincés dans une mentalité héritée de l’étalon-or et qui refusent de comprendre comment un système monétaire fiat fonctionne réellement.

    Ensuite, en effet l’import est un bénéfice réel et l’export est un cout réel. Mais ce n’est valable que si le pays importateur maintient un taux de chômage entre 2-3% (et pas 9% ou 20% pour les jeunes!). Avoir des salaires élevés, permis par un déficit budgétaire conséquent (l’état dépense plus qu’il ne prélève), nous permet de consommer notre propre production *ET* la production des pays qui souhaitent exporter chez nous. Mais cela veut dire remettre la politique fiscale et budgétaire au centre du débat politique et d’arretez l’hystérie actuelle sur la dette et le déficit public.

    Ensuite, il y a bien un problème environnemental et de santé publique (les dentifrices et sirop pour la toux a l’anti-gel ou les pâtés pour chien et chat bourrés de mélanine, et autre). La pollution en Chine de l’air, l’eau potable et les terres arables par un systeme productif devenu dement est alarmante.
    Nos valeurs humaines ne peuvent pas être *que* l’efficacité économique. Ce n’est pas possible.

    Au-delà de l’austérité
    alienaeconomics.blogspot….

    China is not the problem
    bilbo.economicoutlook.net…

  31. WHEN EXPORTS ARE A COST AND IMPORTS ARE A BENEFIT: THE CONDITIONS UNDER WHICH FREE TRADE IS BENEFICIAL
    http://www.cfeps.org/pubs/wp/wp2...

    "Hence, in the world we actually inhabit, free trade is not the panacea its proponents propagate. If we are to advance the economic interests of the bulk of the citizenry in a decent and humane fashion, we must promote a full employment policy domestically, and couple this with a flexible exchange rate regime internationally. With these institutions in place (on a global scale), exports become a cost and imports a benefit, and the conditions under which free trade is beneficial will have been established."

  32. Petite question:
    Peut-on penser qu’une partie de l’essor économique (notamment de certains pays émergents) est (au moins en partie) lié à celui de leurs échanges avec le reste du monde? Si je poursuis un peu plus loin le raisonnement, on peut se demander si cet accroissement des échanges n’a pas dans une certaine mesure augmenté leur "potentiel" de croissance.
    Si ce raisonnement tient la route, savez vous si les modèles de gravité en rendent compte?
    Je ne pense pas que ca contredise l’idée que les flux commerciaux augmentent avec la taille des économies, mais peut être cela nuance-t-il la causalité derrière cette idée? (Y en avait-il une d’ailleurs?)
    Echanges commerciaux et taille des économies seraient deux choses qui se renforceraient mutuellement (au moins dans les premiers stades de développement de nombreux pays émergents d’Asie).
    Merci pour vos opinions toujours argumentés

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Le modèle de gravité n’explique pas, il constate. Après, les causalités, effectivement les pays émergents se développent par l’insertion dans le commerce mondial qui permet d’acquérir des techniques, donc oui, tout va en même temps.

  33. La nouvelle du jour: il n’y plus aucun comprimé de paracétamol qui soit produit sur le territoire européen. Voilà, on va surement nous expliquer que c’est à cause de l’évolution technologique, de l’efficacité économique ou je ne sais quoi, sauf qu’in fine si un jour les dirigeants Chinois décident que les Européens auront mal au crâne, les Européens auront mal au crâne. Mais ce n’est pas grave car nous pourrons alors les punir en arrêtant de leur vendre des sacs Vuitton.

  34. Merci de l’effort de pédagogie. Le propos aurait été bien plus clair avec des données empiriques ! En 2009, notre commerce extérieur avec l’Allemagne (71.5 milliards d’importations, 55.5Mds d’exportations) est plus de trois fois supérieur que celui avec la Chine (29.9 Mds M, 7.9 Mds X).

    La mondialisation, c’est d’abord et avant tout le commerce avec nos voisins (Chine 7è partenaire, Inde 15è peut-être). Sortons du fantasme du "Sud" à nos portes !

  35. beubeuh : les usines délocalisées pourraient tout aussi bien fermer avec des frontières fermées. C’est ce que le billet commenté tente d’expliquer me semble-t-il.

  36. Bon d’accord, si je suis le raisonnement de l’auteur, le mondialisation n’est pas responsable de l’explosion du chômage, ni de celle de la grande pauvreté dans notre pays.

    Ni du démantèlement de l’assurance maladie, ni de celui de l’assurance vieillesse, ni de la carence scandaleuse de l’indemnisation du chômage.

    Mais alors comment se fait il que ceux qui nous ont imposé tous ces monstrueux sacrifices ont toujours invoqué comme alibi la prétendue nécessité d’améliorer la compétitivité internationale de notre pays pour relever le défi de la mondialisation ?

    Se pourrait-il qu’ils nous aient menti, et que la mondialisation, en réalité, ne dictait aucun des sacrifices qu’ils nous ont imposés ?

    Après tout les pays scandinaves étaient et restent bien plus compétitifs que la France !

    Et surtout, les partisans de la mondialisation, les mêmes qui nous infligent toujours plus de souffrances en son nom, ont toujours affirmé soit qu’elle était inévitable, soit qu’elle nous serait globalement profitable.

    Et dans la deuxième hypothèse il faut se demander qui a confisqué tout le bénéfice de la mondialisation pour notre pays, et même au delà, sans quoi les pauvres seraient restés aussi pauvres qu’ils l’étaient avant, ils ne le seraient pas devenus encore plus.

    Il y a quand même une idée que je ne partage pas avec l’auteur : celle selon laquelle la solidarité nationale deviendrait impossible à financer si la production continue à croître moins vite que la productivité.

    Tant qu’il y a croissance de la production la taille du gâteau continue à augmenter, donc il n’y a aucune raison que la part destinée au convive le plus mal servi diminue.

    Quant à la théorie de la gravité, elle ne nous dit pas si la Chine nous vend plus de biens parce qu’elle est devenue plus riche ou si elle est devenue plus riche parce qu’elle nous vend plus de biens.

    Elle ne peut être invoquée ni pour ni contre la mondialisation. Elle nous indique en gros que la prospérité économique est favorable au développement des transports, ce qu’on savait déjà.

  37. Que pensez-vous du revirement de Krugman en 2007, qui affirme qu’au vu de la croissance des importations provenant de Chine aux Etats-Unis, on ne peut plus dire que seul le progrès technique a une implication sur les inégalités internes ?

  38. L’Allemagne, où je travaille d’ailleurs dans une multinationale type CAC 40, s’en sort pas trop mal, mais sa recette semble d’acheter à l’est ou en Asie avec des euros ses sous composants pour assembler et revendre en grande partie en Europe et en Euros, plus sales from germany que made in, verkaufen aus Deutschland, als lieber herstellen.

  39. A propos de votre exemple Airbus/Boeing, notons que Safran est en train d’envoyer ses ingénieurs en Inde pour qu’ils forment leurs successeurs.
    Donc forcer Air France à acheter Airbus revient à créer des emplois en Inde … vive le protectionnisme !

  40. @colline: justement, je ne suis pas du tout convaincu. Le raisonnement est valable pour les usines de jouets en plastique ou des gadgets technologiques que nous n’achèterions pas s’ils étaient plus cher. Mais dans le cas du paracétamol, je ne crois pas, car les migraineux en auront toujours besoin et l’achèteraient même s’il était un peu plus cher car produit localement. Quitte à se passer de smartphone pour cela.
    Et puis il y a des exemples: c’est le protectionnisme qui nous permet de produire encore des avions de chasse, histoire de ne pas perdre notre capacité à produire de quoi nous défendre. Pourquoi ne chercherions nous pas aussi à conserver notre capacité à produire de quoi nous soigner?
    La naïveté des anti-protectionnistes n’est pas économique, elle est politique.

  41. Selon les chiffres donnés ici: student.ulb.ac.be/~sodorc…
    il semble que la part de l’emploi industriel dans l’emploi total ait augmenté un peu (de 20 à 21,6%) entre 1998 et 2008. Ce chiffre étant la résultante d’une diminution dans les pays développés et d’une augmentation dans les pays émergents (hors Amérique du Sud).

    Je n’ai pas bien compris d’où venaient ces chiffres, ceci dit. D’où proviennent ceux sur lesquels vous vous fondez pour dire que l’emploi industriel recule dans le monde? A moins que je n’aie pas compris ce que vous vouliez dire?

  42. En fait, ce sont des données OIT; il y en a des un peu plus récentes ici, qui ont l’air d’alleer davantage dans votre sens: http://www.ilo.org/wcmsp5/groups...
    Après une phase d’augmentation, on aurait amorcé un recul; à moins qu’il s’agisse d’un effet de la crise, qui affecterait davantage la croissance des industries que celle des autres secteurs?

  43. Je n’ai jamais pensé que le progrès technique en lui-même pouvait avoir la moindre responsabilité dans l’appauvrissement des plus pauvres ou l’aggravation des inégalités.

    En effet, il faut impérativement pour expliquer un tel résultat que le bénéfice du progrès technique soit intégralement, et même au delà, confisqué par les plus riches.

    S’il n’y a pas un escroc ou un joueur de bonneteau quelque part, le progrès technique ne peut pas appauvrir le peuple ni aggraver les inégalités.

    Je ne crois pas non plus que la croissance de la production puisse se poursuivre indéfiniment : elle a déjà décroché depuis longtemps de celle de la productivité, et elle va bientôt s’arrêter, tandis que les progrès de la productivité se poursuivront.

    Certains commencent à dire l’horrible vérité au peuple : on ne pourra plus jamais compter sur la croissance pour nous rendre ce que les riches nous ont volés, car les ressources naturelles renouvelables sont surexploitées, tandis que les autres déclinent rapidement. Il va donc falloir se battre ou mourir.

    Les grandes innovations qui ont fait la 2ème révolution industrielle (automobile, avion, réfrigérateur, climatisation…) ont en commun de créer ou satisfaire de nouveaux besoins en intensifiant l’exploitation des ressources naturelles. Inutile de rêver à ce genre d’innovation désormais.

    Tandis que celles qui caractérisent la 3ème révolution industrielle (informatique, télécommunications…) ont en commun de satisfaire les besoins anciens en améliorant la productivité du travail.

    Inutile de nous lamenter sur le manque d’imagination qui nous empêcherait d’inventer une nouvelle automobile ou un nouveau réfrigérateur. Pendant la période de croissance les capitalistes s’enrichissaient en utilisant l’innovation pour lancer de nouveaux besoins. Désormais, ils s’enrichissent en diminuant la quantité de travail consommée pour satisfaire les anciens besoins, s’adjuger une part croissance d’un gâteau qu’ils ne peuvent plus faire grandir, en exploitant la manière dont se répartissent les richesses dans une société fondée officiellement sur le travail (officieusement, sur le capital)

    petrole.blog.lemonde.fr/2…

    Je n’ai jamais cru que la mondialisation était une bonne excuse pour justifier le démantèlement de notre système de protection sociale (d’ailleurs encore largement inachevé quand on a commencé à le démonter) notamment parce que les pays nordiques résistent beaucoup mieux à la mondialisation que la France.

    Deux familles tiennent une épicerie identique dans la même rue, sur le même trottoir, avec le même nombre de places de parking, etc (parabole de la concurrence libre et non faussée sur le marché mondialisé)

    Dans la famille A on pratique le libéralisme sauvage : c’est la loi du plus fort qui se sert dans la caisse sans admettre la moindre résistance, on n’envoie pas les enfants à l’école, on ne soigne pas les malades etc…

    Dans la famille B on pratique le socialisme à la suédoise des années 1960/1970 (tout le contraire du libéralisme sauvage)

    Laquelle des deux épiceries fera faillite, à votre avis ? Répondre à cette question, c’est trouver pourquoi les pays scandinaves souffrent beaucoup moins de la mondialisation que nous. (cela ne veut pas dire non plus qu’il ne faut jamais écouter les entreprises qui se plaignent de distorsions de concurrence)

    Comment ose-t-on nous dire que la solidarité nationale serait un handicap pour l’économie nationale ? La solidarité familiale affaiblie-t-elle l’institution familiale ? La solidarité confessionnelle ruine-t-elle les religions qui la pratiquent ? Pourquoi la nation serait-elle la seule institution humaine qui ressorte affaiblie, et non renforcée, de la pratique de la solidarité ?

    Il n’y rien de pire qu’une société du travail sans travail, disait Hannah Arendt.

    Or la condamnation à terme de la société du travail, sans appel, est inscrite au cœur même de notre comptabilité, dans le plan comptable général : c’est un compte de charge.

    Si vous ne vous battez pas chaque jour pour diminuer les charges, aussi longtemps que vous n’aurez pas réussi à les faire disparaitre complètement, vous êtes un mauvais gestionnaire.

  44. Même question que "sources", j’aimerais bien connaitre les références de

    "Pour voir cet impact des gains de productivité sur l’emploi industriel, il suffit de constater que celui-ci diminue au niveau mondial, au même rythme que celui qu’on constate en France ou aux USA."

  45. Article vraiment très très intéressant sur le sujet. C’est rare de lire des choses aussi dignes d’intérêt sur ce thème si important.

    PS : je suis français ; mais un Français.

  46. Juste une question d’un béotien en économie:

    Le déficit commercial a-t-il une influence négative sur l’équilibre budgétaire d’un pays?

    C’est une explication fréquemment invoquée pour expliquer le niveau d’endettement(des ménages, des entreprises et de l’état) américain dans cette période où l’endettement est TRES mal vu.

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