Alexandre Delaigue

Le déni, illustré

Quand je vous disais que la crise européenne conduit à des réactions étranges :

Pour Gérard Longuet, le principal problème, ce sont… les 35 heures.

Pour Wolfgang Schaüble, la crise est due… aux déficits publics des pays européens.

Pour Thomas Piketty, la question prioritaire est… un impôt sur les sociétés trop faible en Irlande.

Qu’on discute de l’intérêt des exonérations de cotisations sociales liées aux 35 heures, de l’opportunité de réduire les déficits publics dans les pays européens, de l’harmonisation fiscale en Europe, soit. Qu’untel ou untel profite de l’actualité pour faire avancer ses causes favorites, cela ne contribue pas franchement à éclaircir les débats, mais c’est comme cela que se pratique le débat public. A condition de savoir ce que l’on fait.

Mais je commence à penser qu’ils croient vraiment à ce qu’ils disent. Qu’énormément de nos décideurs et intellectuels, soit par ignorance, soit par opportunisme, ne comprennent pas ce qui se passe, ou ne veulent pas le voir. Je trouve cela effrayant.

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20 réflexions au sujet de « Le déni, illustré »

  1. Ils croient ce qu’on leur a enseigné à croire.

    De toute façon, ils n’ont pas le choix : à s’être tous hyperspécialisés, aucun d’eux ne saurait faire pousser une salade. S’ils ont tort, ils sont morts.

  2. Piketty a succombé au syndrome Krugman.

    Tous ces gens n’ont qu’un marteau et donc tous leurs problèmes ressemblent a des clous.

  3. Je ne crois pas que Schäuble soit dans le déni. C’est plutôt que ce qu’il nous dit est tautologique: s’il n’y avait jamais eu et qu’il n’y avait pas aujourd’hui de déficit public, c’est sûr qu’il n’y aurait pas de problème de dette publique par absence d’icelle.
    Le fait est que ça n’aide pas vraiment à résoudre le problème ni aujourd’hui ni plus tard, vu que les déficits publics existeront toujours, notamment en période de crise bancaire!

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Ca s’appelle confondre une cause et une conséquence, et du coup, traiter (mal) les symptomes plutôt que le mal.

  4. L’article de Krugman éclaire mieux ce que vous voulez dire, je pense que cela serait bien d’éviter le style qui consiste à assener les choses sans les détailler.

    OK, Schäuble (ne pas écorcher son nom) a un gros problème dans son discours s’il parle de la dette publique sans commencer par expliquer qu’une autre leçon forte de cette crise est que, pour les pays qui maîtrisaient leur dette publique, les engagements des banques nationales s’avèrent tout aussi dangereux car on découvre maintenant qu’il n’y a en pratique aucune isolation effective entre ceux-ci et la dette publique.

    En effet pour les banques "too-big-to-fail", les états n’ont aucun moyen d’éviter que la dette qui tombe sur ces banques en cas de retournement de conjoncture ne se transforme très vite en une dette publique, et si le volume de l’engagement des banque est supérieur à leur PIB, le résultat est un désastre.

    De ce coté l’Irlande est un mauvais exemple, car elle a pris en charge la dette des banques presque avec enthousiasme, ce qui conduit à imaginer qu’elle aurait pu éviter la catastrophe en s’abstenant de cette promesse aux conséquences très mal évaluées.

    Sauf qu’il y a aussi l’Islande. Et l’Islande a vraiment désespérément cherché une solution autre que prendre en charge la dette de ses banques, les citoyens étaient arque-boutés contre cette idée. Mais personne ne leur a laissé le choix.
    Et le risque systémique si on laisse tout simplement tomber des banques majeures est tel que cela ne se passera pas différemment dans le futur.

    Un dernier point, je ne suis pas convaincu que simplement faire en sorte qu’une banque ne soit jamais too-big-to-fail serait une réponse suffisante.
    Si le volume de la dette était réparti sur 100 banques ou plus, le risque global serait toujours aussi important. En les laissant tomber une par une, on risquerait de déclencher à la fin une réaction en chaîne incontrôlable.
    D’ailleurs, n’est-ce pas le schéma des années 30 aux US qui n’avaient presque pas de grandes banques, mais à la place un très grand nombre de petites ?

  5. A la décharge de Piketty, son propos est d’indiquer qu’il existe d’autres moyens de "punir les banques" que d’annoncer un haircut massif comme le fait Merkel. Notamment d’augmenter les taux d’IS.

    Il est clair que ce n’est peut-être pas la priorité mais est-ce réellement un déni ?

  6. La comparaison Irlande et Islande est pas mal en effet. Deux petits pays, avec une forte croissance pendant une décennie, un système bancaire hypertrophié et qui réalise une grande partie de son produit net bancaire à l’extérieur des frontières.

    Survient 2008, faillite des banques, garantie des dépôts bancaires par les gouvernements européens ; Les gouvernements européens se retournent vers les dirigeants des petits pays pour présenter l’addition. Et là, deux réponses différentes : l’Islande refuse de payer, l’Irlande accepte ;

    Le refus Islandais a eu des conséquences immédiate : blocage de l’aide du FMI par l’Angleterre par exemple, grosse récession (16 % en volume),grosse dette publique (100 % du PIB), très grosse inflation (18 % sur 2009) mais qui semble terminé (croissance de 4 % en rythme annuel sur le 3° trimestre) : http://www.gecodia.fr/PIB-et-cro...

    L’acceptation Irlandaise a les mêmes conséquences sur le PIB (récession de 13 % en volume) et la dette publique, déflation (euro oblige) et une sortie de crise qui n’est pas encore là : http://www.gecodia.fr/PIB-et-cro...

    Au jugé, il me semble qu’il vaut mieux être Islandais qu’Irlandais. Mais la différence ne vient sans doute pas de la décision politique d’assumer ou pas les pertes.

    Malgré leur appartenance à l’Euro, les Irlandais auraient sans doute pût refuser d’assumer les garanties des dépôts des épargnants anglais ou Allemand ; et reporter ainsi la perte sur des pays bien plus gros. Mais il n’y a pas de raison d’imaginer que la récession en volume n’aurait pas été du même ordre.

    L’absence d’inflation (euro oblige) rend bien plus difficile les ajustements et le partage des pertes auprès de la population. Nous (enfin surtout les Irlandais) payons en 2010, ce qui a été perçu en 2008 comme un énorme avantage (stabilité des systèmes de changes intra européen).

    Je ne suis pas sûr que l’Euro sorte grandi de l’affaire et comme il n’y a aucune vision européenne pour aplanir les difficultés que connaissent les PIGS, je partage votre pessimisme sur l’avenir. On risque effectivement d’avoir le même scénario que l’Allemagne de Weimar : des pays plombés par des dettes qu’ils pourront tout juste honorer en période d’expansion et qui s’aggraveront à chaque récession jusqu’au clash final.

  7. Cette fixation sur les trente cinq heures me parait étrange. Si l’on considère la durée effective annuelle moyenne du travail l’OCDE nous dit que les allemands travaillent moins que nous: 1390 heures en 2009 contre 1554 en France.
    Autre fait l’Allemagne a réussi à limiter considérablement la montée du chômage alors que la récession y a été deux fois plus forte qu’en France.
    L’Allemagne exemple de vertu budgétaire a réussi à intégrer l’Allemagne de l’est au prix fort ce qui montre a contrario que les déficits publics les plus énormes peuvent être maitrisés relativement rapidement pourvu que l’on accepte quelques potions amères.
    Je m’étonne que les commentaires ne relèvent pas l’évidence que la cause première est la spéculation immobilière elle même fruit des politiques monétaires laxistes. Et je ne vois toujours pas ce que viennent faire les tente cinq heures la dedans ni même la question de l’impôt sur les sociétés.

  8. henriparisien: un détail important : les islandais ont choisi leur destin, les irlandais subissent le leur.

    Economiquement parlant, on a pas la même motivation quand on participe à un choix social conscient comme l’Islande qu’en subissant le diktat de lointaines bureaucraties étrangères, impuissantes, incompétentes, et influençables.

  9. Intermezzo: "Cette fixation sur les trente cinq heures me parait étrange. [...]Je m’étonne que les commentaires ne relèvent pas l’évidence que la cause première est la spéculation immobilière elle même fruit des politiques monétaires laxistes."

    Et bien il suffit de regarder le noyau dur du corps électoral UMP-sarkozyste. La plupart sont retraités, vivent de rentes immobilières et capitalistiques. Partant de là Longuet l’intellectuel (sic…) ne va pas dénoncer l’origine des revenus des principaux donateurs de son parti!

    L’article est intéressant, même si je trouve pour ma part la comparaison à Weimar franchement exagérée. Les conditions sont autrement différentes, les pays endettés ne sont pas ruinés par des guerres, et leur démographie n’a pas été balayée.

  10. http://www.google.com/hostednews...

    Christine Lagarde nous avait dit qu’en 2015, tout serait réglé.

    Christine Lagarde nous avait dit qu’en 2015, la Grèce aurait fini de rembourser le prêt de 110 milliards d’euros.

    Christine Lagarde nous avait dit qu’en 2015, la Grèce aurait fini de rembourser ce prêt aux contribuables européens.

    Mais aujourd’hui, nous apprenons que la Grèce ne pourra pas rembourser sa dette en 2015. La Grèce remboursera sa dette … en 2024 !

    Mais qui croit encore que la Grèce pourra rembourser ses dettes ?

    Qui ?

    Christine Lagarde ?

  11. Intermezzo,

    Ceci dit, l’Allemagne a su "pallier" au problème du chômage une explosion du nombre de minijobs à temps partiel payés 400 euros par mois. De nombreuses entreprises y ont été encouragées à embaucher des minijobs plutôt que des salariés à temps complet. Le résultat est visible en consultant le nombre moyen d’heures travaillés par salarié qui a baissé drastiquement en Allemagne depuis le début de la crise alors qu’il restait stable en France.

    Ceci a été efficace pour stabiliser les statistiques du chômage d’un point de vue purement cosmétique mais n’a aucunement contribué à la croissance économique du pays pas davantage qu’à la lutte contre la pauvreté.

    Ceci dit, je ne vois pas davantage que vous ce que viennent faire les 35 heures là-dedans.

  12. @sav: Intéressant cette histoire allemande. Ces mini-jobs pourraient conduire à la fin à une déflation des salaires sans déflation de la monnaie. N’oublions pas que l’Allemagne n’a pas de salaire minimal.

  13. Si je peux me permettre le problème des 35h n’est pas la durée (encore que Sauvy aurait des choses a dire) et donc comparer les durées ne correspond a rien. Le problème c’est que en France nous avons 35h payées 40.

    Le même raisonnement s’applique aux retraites. Il est parfaitement légitime de vouloir s’arrêter de travailler a 60 ans (ou même 17 ans) mais pas aux conditions de la retraite a 65ans.

  14. "il est dangereux d’avoir raison quand les autorités constituées ont tort" disait Voltaire.

    Suivre son adage, c’est de veiller à ne surtout jamais exprimer la vérité quand on est convaincu que son gouvernement a tort.

  15. Si je puis me permettre, j’ai trouvé ce dernier billet d’Ette Rodoxe vraiment très intéressant :
    des-economistes-et-des-ho…
    Ne peut-on pas y voir là aussi l’illustration d’un déni, mais de la monnaie ?
    Répondez svp,
    Celia

  16. Une nouvelle crise économique et financière mondiale est de plus en plus probable et les Canadiens ne seront pas nécessairement bien placés y faire face, prévient la Banque du Canada.

    Dans l’édition de décembre de sa Revue du système financier, présentée jeudi 9 décembre, la banque centrale soutient que les problèmes de dettes en Europe se sont tellement aggravés depuis juin qu’ils présentent maintenant un risque pour le système financier canadien.

    lapresseaffaires.cyberpre…

  17. Vous saviez que les 35H étaient responsables de la peste noire au moyen âge, de la défaite de 1870, et de la débacle de 40 ?

  18. bonjour ,

    la BCE a augmenté son capital, n’y a t il pas là matière à un billet? Question idiote : une Banque qui achète des actifs, que toutes les autres "Banques", considèrent comme pourris, peut elle faire faillite?

    @Gribouille : si les 35 heures avaient existé, Jésus ne serait pas mort sur la croix un vendredi car les soldats se seraient cassés en RTT

  19. Entièrement d’accord avec ton analyse : il faudra en passer par une recapitalisation des bqs à moins de croire comme tu le dis justement qu’une austérité (déflationniste par risque, et donc en plus revalorisatrice des dettes) généralisée et servant d’argument politique à plus d’intégration européenne puisse avoir la moindre chance de séduire les électeurs. Et pour quels résultats économiques?
    Penses-tu que le scénario suivant soit crédible économiquement :
    – au lieu de mobiliser les fonds pour des prêts aux états en diff, laisser faire défaut et mobiliser ces capitaux pour reczpitaliser les bqs créancières,
    – annoncer ce scénario pour limiter les réactions épidermiques des marches (et du coup une sur-recapitalisation rendue alors nécessaire par dépréciation d’actif),
    – et, susciter un peu d’inflation pour alléger les dettes publiques et privées (avec au passage, en bonus, une dévaluation discrète des rentes, ce qui soulagerait un temps la question du financement des retraites). Le souci est comment laisser filer ces prix? Est-ce credible en termes de mobilisation de capitaux sur les places fi? La BCE peut-elle suivre en réussissant à laisser filer l’euro? L’euro qui n’est pas fort, mais qui est cher!
    Qu’en penses-tu?
    Olivier D-P

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