Alexandre Delaigue

Grèce : ça y est, c’est bon?

Ce que le plan européen apporte (enfin) :

- Un montant d’aide financière suffisant. Pour les trois prochaines années, la Grèce pourra faire face à ses besoins de capitaux avec les prêts européens, et n’a pratiquement plus besoin de faire appel aux marchés.

- Un ensemble de restrictions budgétaires qui s’il est appliqué, pourra ramener les finances publiques grecques dans une situation sinon satisfaisante, au moins, gérable.

- Une véritable démarche, un engagement crédible de la part des gouvernements européens de stopper la contagion. Cela peut calmer, au moins pour un temps, les menaces de contagion vers d’autres pays européens.

Ce que le plan européen n’apporte pas :

- La certitude qu’il sera appliqué. L’accord parlementaire est encore nécessaire dans tous les pays européens, et rien ne garantit pour l’instant que ce soit le cas (même si le risque est faible). Il est aussi possible que la Cour Constitutionnelle allemande le déclare inconstitutionnel car allant à l’encontre des clauses des traités européens.

- La perspective de mise en oeuvre des restrictions budgétaires en Grèce. Depuis le début, le problème grec vient du fait qu’un seul des trois instruments d’ajustement ordinaire pour un gouvernement en crise financière est utilisable : la rigueur budgétaire, et ni la dévaluation, ni le rééchelonnement de la dette. Résultat, la rigueur budgétaire demandée au gouvernement grec est, en un temps réduit, extrême. Comme le font remarquer Fitoussi et Piketty dans cet article, il y a peu de chances que la population grecque accepte une potion pareille, aussi longtemps, sans réagir et s’opposer. Et dans ce cas, que fait-on? On suspend les versements? c’est la garantie d’un défaut immédiat, d’une panique financière que les gouvernements européens ont bien montré qu’ils n’acceptaient pas.

- Même avec ce plan, la dette publique grecque va monter tranquillement à 150% du PIB. Peut-être plus si l’impact sur la croissance économique grecque du plan d’austérité est très conséquent. Ces deux derniers facteurs font que l’utilisation d’un autre instrument d’ajustement soit indispensable à un moment donné : le rééchelonnement, voire l’annulation d’une partie de la dette publique grecque. Avec le plan d’aide européen, cela n’arrivera pas tout de suite.

- Ce plan enfin n’apporte aucune solution dans le cas ou un autre pays européen se trouverait dans ce même genre de difficultés. L’endettement grec a des causes spécifiques, qui remontent au compromis politique d’après la dictature. Les autres pays européens en difficulté (Portugal, Espagne, Irlande) souffrent surtout d’une forme de croissance, lourdement dépendante de l’immobilier et des entrées de capitaux, qui s’est brutalement tarie. Personne ne sait comment, ni quand, ils trouveront une source alternative de croissance. Avec tous les efforts possibles, d’ici là, leurs finances publiques seront lourdement déficitaires.

Bref, on a encore une fois gagné du temps. Mais il y aura encore d’autres épisodes, et plus vite qu’on ne le croit.

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16 réflexions au sujet de « Grèce : ça y est, c’est bon? »

  1. Pour réduire le déficit, il faut (très grossièrement) soit diminuer les dépenses, soit augmenter les recettes.

    Pour quelle raison le FMI préconise t’il systématiquement la première solution ? A t’on une certitude que la diminution des recettes issue de l’austérité ne va pas compenser la diminution des dépenses ? Y’a t’il une chance pour qu’une baisse massive des impôts pour relancer fortement la croissance, quitte à prendre à court terme une dette plus importante, apporte aussi de bons résultats ? Pourquoi cette deuxième solution n’est-elle jamais testée ?

    Réponse de Alexandre Delaigue
    1-les plans d’ajustement structurel jouent toujours sur les dépenses ET les recettes. Quant à la baisse d’impôt massive, cela a été abondamment testé, mais non, cela ne marche pas.

  2. Le plan européen n’évitera à mon avis pas l’annulation d’une partie de la dette grecque.
    Il permet simplement de gagner du temps : l’annulation aura lieu au plus tôt dans trois ans, c’est à dire lorsque les finances des PIIGS seront (espère-t-on) rétablies.
    Du coup le risque d’affolement des marchés et de contagion aux autres pays sera bien moindre : dans trois ans les investisseurs continueront de prêter de l’argent à un taux acceptable au Portugal par exemple si son déficit est très faible, que la Grèce fasse défaut ou non.
    D’ailleurs si Merkel insiste tant pour que les banques allemandes participent au plan de sauvetage, c’est bien parce qu’elle sait qu’une partie de ce prêt ne sera jamais remboursée.

  3. Je ne sais pas à quel taux empruntent actuellement le Portugal et l’Irlande, mais je ne suis pas certain qu’il puissent prêter à 5% à la Grèce.

  4. Si je comprends bien le papier sur les raisons institutionnelles du bourbier Grec, la seule différence entre la Grèce et la France c’est qu’ils sont passés de l’ombre a la lumière en 1974 et nous en 1981.

    Je trouve la comparaison assez fascinante. Il ne reste juste qu’a vérifier qu’en 2003, le déficit Grec était simplement de 85% du PIB pour faire mentir Groucho Marx au sujet de la difficulté de prévoir l’avenir.

  5. Comment ca ! même avec un plan drastique d’économie, le niveau de la dette n’est pas stabilisé ?

    Est ce que ca signifie que la Grece a dépassé un point d’emballement de la dette ?

    Si ce point où la dette nourrit la dette, est atteint, était il nécessaire d’aider financierement la Grece puisqu’elle va nous entrainer dans la crise

    Comment la Grece va s’en sortir si de plus les grecques n’ont pas envie de faire des efforts plus de 2 ou 3 ans

    Réponse de Alexandre Delaigue
    En partant d’un déficit de 16% du PIB, même si vous le réduisez de quatre points par an, vous avez encore de quoi le nourrir quelques temps et d’accroître la dette. Avec une récession par là dessus…

  6. Oui, mais… Le plan est jugé insuffisant par certains, comme le Wall Street Journal le rapporte aujorud’hui. online.wsj.com/article/SB…

    De plus, tout semble dépendre de l’ampleur du déficit en 2010-11-12, comme le rappelle Les Echos du 04/05: "Un pays doit financer chaque année le remboursement de la dette arrivée à maturité plus les intérêts de cette dette plus le déficit public de l’année en cours"…

    PS: "The two faces of Janus" a l’air d’être passionnant. Je m’y plonge!

  7. Dans la mesure où un pays peut continuer à emprunter, le dit pays n’est pas tenu de financer le remboursement de la dette à échéance : il peut se contenter de réemprunter. Cela revient d’ailleurs à une prolongation de la maturité de cette dette, à la différence près que le taux d’intérêt peut avoir sensiblement changé entre la première fois que la dette a été contractée et son refinancement.

    Le dit pays ne devra alors financer chaque année que le déficit primaire (recette – dépenses) et les intérêts (incluant ceux associés au refinancement).

    Il est d’ailleurs logique qu’un pays souffrant d’un déficit structurel ne puisse pas, en plus, rembourser le principal des intérêts. C’est ce que fait la France, d’ailleurs.

  8. Cher Stéphane et cher Alexandre, j’ai une question car j’ai peur.
    Que va t-il arrivé à l’euro? Va t-il s’effondrer en dessous du dollar? Jusqu’où?
    J’ai peur pour mes vacances hors zone euro qui vont me coûter de plus en plus cher à mesure que l’euro baisse. Faudrait pas que je bosse pour des clous !

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Allez dans les cyclades!

  9. Je viens de "wikipédier" l’auteur de "Two faces of Janus", George Alogoskoufis. Il est, 10 ans après avoir rédigé cette étude, devenu ministre de l’Economie (de 2004 et 2009).

    En somme, il est tenu responsable par beaucoup du désastre actuel.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Vu. Elle est assez bizarre cette page wikipedia, elle a l’air d’etre un lieu d’enjeux politiques…

  10. Va pour les cyclades, mais jusqu’où l’euro peut t-il baisser?

  11. Jean-Pascal : il n’y a pas si longtemps, l’euro était en gros à parité avec le dollar, après avoir passé pas mal de temps en dessous de la parité. En considérant à quel point les économies des deux bords de l’atlantique sont interconnectées, on a du mal à comprendre comment une des deux monnaies pourrait, sur le long terme et hors conjoncture, prendre de la valeur par rapport à l’autre.

  12. Et si le point commun des PIGS etaient aussi d avoir des economies mal en point heritees de dictatures:
    – PGS, dictatures militaires
    – I, dictature catholique…

    OK, je sors.

  13. Bonjour Alexandre,
    Aurait-il été possible de rééchelonner la dette grecque et de consacrer les 110 milliards d’euros de l’UE à soutenir les banques victimes de ce rééchelonnement?

  14. @Thomas : L’impact psychologique en terme de perte de confiance aurait été bien pire.

    Le cœur du problème n’est pas vraiment la Grèce, plutôt les autres états européens, y compris la France où tous ceux qui vienne de recevoir leur feuille de déclaration d’impôt voient marqué en gros que le budget 2010 est basé sur des dépenses 50% supérieures aux recettes
    (précisons: pas forcément un problème dans toutes situation, mais plus gênant quand on est déjà endetté à un pourcentage élevé et que les préteurs peuvent se demander si les dépenses engagées sont vraiment efficaces et non pas en bonne partie dues à des "frais de fonctionnement" beaucoup trop hauts et à l’incapacité de les réduire en temps de crise).

  15. Le lien sur la page de Γιώργου ne fonctionne pas (plus), il était bien question de "Two faces of Janus" ou bien d’un autre texte ?

    Il est très symptomatique que ce gars ait été au pouvoir sous Nea Democratia… et n’ai pas réussi, à ce qui semble, à mieux faire.

    Kostas Simitis, sorte de Jospin local était très impopulaire car menant des "réformes "(terme dévoyé certes) structurelles. Nea Democratia a pris le pouvoir, me semble t’il, sur deux arguments : non au système PASOK et à la corruption et puis on rase gratis aussi, suffit de demander et faire preuve de bonne volonté.

    Αλογοσκούφης ne devait ignorer ni la démagogie de son propre parti ni le fait que l’état grec était assez loin des standards habituels d’une démocratie efficace (et qu’il y avait peut être la une priorité) ? Qu’est il allé faire dans cette galère ?

  16. Sur a Grèce, il y a un petit calcul amusant à faire : La dette est à 130 % du PIB, le déficit à 16 %. Si demain, la Grèce revenait à l’équilibre budgétaire, son PIB chuterait mécaniquement de 16 % (plus en prenant en compte le multiplicateur des dépenses publiques), et sa dette qui resterait inchangée en nominal passerait à 155 % du PIB.

    En pratique, il n’y a que deux solutions pour la Grèce : sortie de la zone euro ou annulation d’une partie des créances.

    Il me semble que le plan européen tente la deuxième solution : l’idée étant de substituer une dette publique à à une dette privée. Puis de vérifier que la Grèce fait les efforts d’adaptation nécessaire (et en particulier abandone ce que vous appelez joliment [i]compromis politique d’après la dictature[/i] mais qui par tout ailleurs s’appelle clientélisme) et si cette deuxième étape marche réechelonner d’une façon ou d’une autre (sans doute via les fonds européens) la dette.

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