Alexandre Delaigue

Grèce, c’est pas gagné

Wolfgang Munchau est toujours extrêmement pessimiste, mais son article du FT d’aujourd’hui touche juste : l’Europe n’a strictement rien réglé pour la Grèce, et de façon générale les problèmes de la zone euro. Les commentateurs se sont trop souvent concentrés sur les détails accessoires : l’intervention du FMI, une défaite! mais le fait que les français et les allemands soient d’accord, un succès! Mais le plan d’aide à la Grèce, fruit d’un compromis politique entre objectifs divergents des gouvernements allemands et français, et de la BCE, ne devrait pas inciter à l’optimisme.

L’équation grecque est dramatiquement simple. Même en prenant en compte la mise en oeuvre du plan de rigueur déjà drastique que le gouvernement a annoncé, en fin 2011, la dette publique grecque représentera environ 150% du PIB. Une bonne partie de cette dette sera contractée d’ici là, ou reconstituée par renouvellement des dettes déjà présentes, donc, contractée aux taux actuels, de l’ordre de 6.3% d’intérêt. Avec de telles hausses du niveau d’endettement, les taux payés auraient tendance à être orientés à la hausse, pas à la baisse.

A ce rythme, en comptant le fait que les avoirs nets de la Grèce à l’étranger sont négatifs, et que l’essentiel de la dette grecque est achetée par des non-résidents (banques françaises et allemandes pour l’essentiel), le pays pourrait très rapidement se retrouver à devoir verser à l’étranger plus de 10% de son PIB, une situation historiquement inédite. C’est quatre fois plus que ce que payait l’Allemagne en réparations après la première guerre mondiale, et cela n’a pas bien fini. Et tout cela correspond à un scénario favorable dans lequel les grecs acceptent d’être de fait sous tutelle étrangère pour leur politique économique, et supportent plusieurs années consécutives de plans de rigueur, de récession.

Dans ces conditions, un pays normal se retrouverait dans l’obligation assez rapide de faire appel au FMI. La potion du FMI serait constituée d’un mélange d’un plan d’austérité approfondi, d’un prêt d’une quinzaine de milliards d’euros à des taux raisonnables (de l’ordre de 4%), d’une dévaluation pour accroître le solde extérieur et payer les créanciers extérieurs, et d’un rééchelonnement de la dette actuelle imposé à ceux-ci. Etant données les spécificités grecques, il est difficile d’envisager encore plus d’austérité publique sans mettre en péril le compromis social national. La dévaluation n’est pas une option, puisque la Grèce partage la même monnaie que ses principaux créanciers.

Et la Grèce, avec le plan actuel, ne recevra aucune aide. Le plan d’aide prévoit que la Grèce pourra recevoir éventuellement un prêt des gouvernements européens et du FMI si elle ne « parvient plus à faire appel aux marchés » et « au taux du marché ». La contradiction saute aux yeux. Le problème grec n’est pas de pouvoir se financer auprès du marché : c’est de devoir le faire à des taux de plus en plus prohibitifs. Les prochaines émissions de dette grecque trouveront preneur, mais à un taux intenable, qui absorbe l’essentiel des gains budgétaires retirés du plan d’austérité publique. En quoi la solvabilité du gouvernement grec s’améliore-t-elle si ce qu’il gagne en réduction du déficit primaire est capté en intérêts de la dette? La seule aide crédible signifierait de prêter à la Grèce, à environ 4-4.5%, 150 milliards d’euros sur les trois prochaines années. Au lieu de cela, le plan leur propose éventuellement (et si tous les gouvernements de la zone euro sont d’accord) une somme non précisée, à un taux non précisé, dans des circonstances peu précisées. Avec une possibilité non négligeable de refus si les déficits futurs viennent d’un trop grand manque de « discipline ».

Si la Grèce reste dans la zone euro, il n’y a qu’une issue : une dévaluation réelle massive, par le biais d’une baisse des prix et des salaires nationaux, qui se substitue à une dévaluation de la devise nationale. Soit une baisse de 25% des salaires, des prix, et des dépenses publiques : bon courage. Dans ces conditions, un défaut partiel pourrait constituer la seule issue tolérable (d’ailleurs, un défaut peut tout aussi bien intervenir après avoir reçu une aide européenne).

Il faut être réaliste : étant données les circonstances et les perspectives radicalement différentes des différents pays européens, il ne fallait pas espérer autre chose. Et il y a une certaine logique stratégique dans ce plan. L’objectif est de rassurer les investisseurs et d’obtenir ainsi une baisse des taux auxquels la Grèce emprunte, pour rendre l’ajustement plus supportable. Une partie significative du spread entre la dette grecque et celles des autres pays européens dans des situations comparables provient du risque d’un plan du FMI qui n’aurait comme seule variable d’ajustement que le rééchelonnement de la dette; c’est ce qui fait que l’Irlande emprunte aujourd’hui à des taux bien plus bas, alors que sa situation macroéconomique est bien plus préoccupante et son plan d’austérité moins dur que le plan grec.

Rien ne garantit que cela fonctionne. Les agences de notation ont indiqué que le plan européen ne changeait rien à la notation de la dette grecque. La seule bouffée d’oxygène – qui pourrait s’avérer décisive – est venue de la BCE, qui a indiqué qu’elle continuerait au delà de l’année 2010 à accepter des dettes publiques européennes à notation médiocre, signifiant que les banques pourront toujours se refinancer auprès de celle-ci en lui confiant ses titres de dette grecque. Cette annonce fait un peu baisser les taux grecs, beaucoup plus que le plan européen. Mais si les taux de la dette publique grecque ne baissent pas beaucoup plus, on se retrouvera dans quelques mois dans exactement la même situation qu’au début de l’année. La psychologie peut jouer sur les marchés, certes.

Mais le fait que les marchés soient « rassurés » n’est pas forcément très rassurant. Les fluctuations de marché proviennent précisément de ces accès d’optimisme – qui provoquent des bulles – et d’accès de pessimisme qui les dégonflent brutalement. Les dirigeants européens affirment en bombant le torse qu’ils veulent « dompter la spéculation » mais de fait, encouragent la spéculation en incitant leurs banques à acheter une dette qui pourrait très vite se révéler insoutenable. De ce point de vue, le fait que la Grèce parvienne cette semaine à lever aisément des capitaux peut très bien être une bonne nouvelle, ou une mauvaise : l’amplification d’une bulle avant l’explosion.

Et si la Grèce était le seul problème. Pour des raisons différentes, de nombreux pays européens sont potentiellement dans une situation identique. Quel est le plan pour eux? Quel est le plan pour résoudre les déséquilibres macroéconomiques internes de la zone euro? Mais surtout n’en parlons pas. Il vaut nettement mieux se gargariser d’un plan qui se borne à dire aux investisseurs : achetez de la dette grecque. Nous sommes là, vous êtes en sécurité. Si l’arithmétique des finances publiques grecques semble intenable, pas de souci! cette fois c’est différent.

Ce n’est pas la première fois qu’on entend ce message. Et ce n’est pas bon signe.

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Alexandre Delaigue

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41 réflexions au sujet de « Grèce, c’est pas gagné »

  1. Merci pour cet eclairessissement, à quant une présentation de votre nouveau bouquin.

  2. Si les investisseurs achètent des titres de la dette grecque, les taux ne vont pas finir par baisser ?

    Réponse de Alexandre Delaigue
    A 4% d’intérêt, il n’y a pas assez d’acheteurs en l’état.

  3. A lire cet article, l’éclatement de la zone euro semble inéluctable. Est’il possible de revenir en arrière, de reformer des monnaies nationales sans catastrophe? je ne connais pas de précédent historique qui se soit résolu pacifiquement, mais il n’y a pas vraiment de précédent à l’euro.

  4. Merci pour cette synthèse et les différents articles.

    Je ne vois pas bien en quoi une déflation salariale peut se substituer à une dévaluation monétaire.

    Le premier scénario est plutôt celui où la Grèce génère un excédent commercial et budgétaire afin de rembourser sa dette extérieure, non? C’est très différent et bien plus difficile que de dévaluer sa monnaie nationale.

    Reste effectivement le deuxième scénario : le défaut partiel.

    C’est beaucoup plus plausible, et assez vertueux à mon avis. Ce serait un choc électrique pour les banques : créanciers, attention à qui vous prêtez! Caveat emptor! Et ce serait de plus l’amorce d’un dégonflement général de la bulle de dette publique européenne. Tout cela serait fort bienvenu.

    Mais les politiques préfèreront éviter ce scénario car il contraindrait à un redressement rapide des comptes publics. Le statu quo est beaucoup plus tentant. On continue sur la lancée actuelle en tirant sur le crédit bancaire pour financer le déficit public…

    …jusqu’à ce que la bulle éclate.

    P.S. La tirade de Piketty sur "l’arbitraire de certains prix, et notamment des rendements du capital" (sic)…

  5. Voilà une chronique qui a le mérite d’être simple à comprendre. Merci.

  6. J’ai lu le lien que vous donnez, mais je ne comprend pas trop bien l’origine des specifites grecques. Quel est le rapport entre l’apres guerre civile, l’armee, les fonctionnaires et les depenses publiques? Je connais pas trop (pas du tout) l’histoire grecque recente.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Le budget de l’état grec résulte de compromis sociaux après la dictature des colonels. Un budget de la défense très important, et une grande fonction publique pas très productive et pas très bien payée pour « compenser ». L’Etat a depuis longtemps acheté la paix sociale à coups de postes de fonctionnaires.

  7. Oui, mais si ce que vous dites est comme ça, alors le vrai probleme a regler, c’est leur democratie, leurs institutions, et de façon plus large, leur "technologie" pour faire des choix collectifs.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Oui : c’est pas gagné non plus…

  8. j’avoue que je suis franchement surpris du changement de ton de cette note par rapport à certaines que vous avez écrites il y a quelques temps, vis-à-vis des Cassandres dénonçant le niveau de la dette publique comme insoutenable alors que les états ont bien plus de moyen de rembourser une dette qu’un particulier et que celle-ci est bien inférieure à celle que nous souscrivons souvent à titre personnel pour un emprunt immobilier (*surtout* que vous terminez en disant que de nombreux pays européens ont le même problème, que ce n’est pas juste la Grèce).

    Réponse de Alexandre Delaigue
    When facts change, I change my mind. Don’t you?

  9. La question fondamentale ici est celle de savoir jusqu’où on ira pour protéger les banques et non la question de la dette de la Grèce.

    Se servant de la sécurité de la monnaie unique et de la garantie de l’Europe, des prêteurs ont fait des prêts sans avoir à se soucier des risques des projets et de la solvabilité de l’emprunteur! Raffinement ultime, dans ce contexte on pouvait en plus demander une prime de risque artificiel sous forme du spread.

    Beau, bon, pas cher… sauf qu’à moyen terme on ne peut continuer de distribuer de la richesse qui n’est pas créée et qu’à long terme la redistribution à aussi des limites. C’est ce que commencent à nous rappeler les Allemands.

    A noter aussi en passant qu’il n’y a pas de formation d’une bulle sur des marchés dans le cas grec. Tout était parfaitement transparent comme mécanisme: les institutions (Europe et euro) annulent purement et simplement les risques des prêteurs sans aucune contrepartie réglementaire ou autre.

    Il reste maintenant à espérer qu’au travers des péripéties grecques, on acceptera que le retrait d’un pays de la zone euro n’est pas une calamité en regard du bénéfice provenant de l’autodiscipline et de la prudence des prêteurs confrontés alors à des risques de pertes substantielles.

    C’est une contrepartie minimale si l’on ne veut pas passer au stade de la réglementation. A signaler qu’à l’intervention possible du FMI, on oppose plus ou moins la solidarité européenne. Ceci ressemble étrangement à un encouragement au crime!

    Sinon l’Euro aura été un chapitre dans l’histoire des monnaies.

  10. Lors d’une débat sur ce sujet (C dans l’air sur France 5), l’un des intervenants, JP Gaillard n’était pas trop inquiet de cette situation dans la mesure où les les pays du sud de l’europe en difficulté, représentaient à peine 10% du PIB total de la zone euro. A t-il raison? Il ajoutait que cela avait par contre montré les failles de l’europe, qu’il fallait plus de règles que le pacte de stabilité, et ces règles doivent être tenues => quid du pays qui ne les respectent pas? Le pb de fond n’est il pas de considérer que le déficit public est une normalité, que chaque pays peut faire ce qu’il veut avec l’euro?

  11. En Grèce, la dette publique s’est emballée. La dette publique est devenue incontrôlable.

    Et en Irlande ?

    Où en sont les déficits et la dette publique ?

    Réponse : ça ne va pas s’arranger.

    Mardi 30 mars 2010 :

    L’Irlande nationalise la banque Allied Irish Banks. De plus, l’Etat va prendre 40 % du capital d’une deuxième banque, la Bank of Ireland.

    Lisez cette dépêche Reuters :

    fr.reuters.com/article/fr…

  12. En l’occurence, même une déflation salariale me semblerait impuissante à faire baisser les prix car :

    1) La plupart des produits de grande consommation sont importés et produits sans recours significatif à des frais de main d’oeuvre.

    2) En pratique, quiconque parvient à épargner trois sous anticipe la déflation depuis fort longtemps et cherche à se créer des revenus de substitution annexes pour s’en protéger (par exemple, par l’achat et la réhabilitation de biens immobiliers louables), ce qui rendrait un effort sur les salaires désespérement inéquitable.

    3) En dessus d’un certain seuil de salaire et sans possibilité de recours à l’immigration (puisque l’immigration est aussi gérée à niveau européen), l’intérêt de travailler disparaitra.

    En regard de tels obstacles, réduire de 25% les dépenses publiques semble être la seule issue. Mais au fait, les conditions initiales étaient-elles réellement différentes au Royaume-Uni lorsque Mme Thatcher accéda au pouvoir ?

  13. Et bien, ce n’est pas un discours très optimistes que vous tenez, même si globalement il paraît fondé.

    Je vous suis particulièrement sur « Mais le fait que les marchés soient "rassurés" n’est pas forcément très rassurant. » Les marchés financiers sont à la fois myopes et hypermétropes. Si on prend l’historique de la crise des subprimes, la première alerte, c’était en février 2007 avec un décrochage d’un peu plus de 10 % . En mars, c’était effacé et en juillet une partie des sicav monétaire « dynamique » était en défaut.

    Ce qui est embêtant dans le schéma que vous décrivez, c’est qu’il n’y a pas de solutions autres qu’un défaut de payement grec. Pour que les ratios de dettes sur PIB reviennent aux standards européens, c’est un défaut sur 40 % des encours de la dette et sensiblement plus si on prend en compte la méfiance des marchés qui – surtout après ce défaut – continueront à demander une prime de risque supérieure à la Grèce.

    Pour que ce truc soit pricès, il faut un écart de taux autours de 450 points contre 300 actuellement. Ce n’est pas le cas actuellement. D’une façon ou d’une autre, les acteurs imaginent que le système va tenir. En ordre de grandeur, c’est pour le moment, un sinistre à 60 milliards. Largement absorbable s’il n’y a pas de contagion espagnole ou portugaise.

  14. Autre facteur d’inquiétude : La BCE ne va pas laisser éternellement ses taux à 1%. Un futur relèvement va peser sur les taux d’emprunt de l’ensemble des états européens, Grèce comprise.

    Je me demande si la solution proposée par Alexandre Delaigue (prêt massif à un taux préférentiel par les autres pays et le FMI) n’est pas inéluctable, les gouvernements (notamment allemand) attendant que la Grèce soit au pied du mur, pour
    – S’assurer que la Grèce aura mis en œuvre tout ce qu’il était possible de faire pour s’en sortir
    – Pouvoir justifier ce sauvetage aux yeux de leur opinion publique

  15. @michel : je ne suis pas l’avocat de Delaigue, mais dans l’article que vous citez, le passage :

    "Mais surtout, présenter cette dette comme un montant à payer "par français" néglige le fait que l’essentiel de cette dette est contractée… auprès des français. C’est le cas de la totalité des engagements de pensions; et c’est le cas de la moitié de la dette publique proprement dite. Pour être rigoureux, il faudrait donc dire que les français, dans leur ensemble, doivent 31 000 euros, mais disposent dans le même temps d’une créance correspondant aux trois quarts de cette somme; la dette publique extérieure restante se monte finalement à environ 7500 euros par personne. Evidemment, c’est tout de suite moins impressionnant. Ajoutons, comme le rappelle Salanié, que pour calculer réellement une éventuelle dette extérieure, il faudrait comptabiliser l’endettement extérieur total (public et privé) et en déduire les créances détenues par les français sur l’étranger."

    s’applique à la France, pas à la grèce. Or, c’est un passage qui indique très clairement que, pour savoir si la dette publique constitue un problème important, il faut savoir quel est le poids de l’endettement extérieur. Il est relativement faible dans le cas de la France, difficilement soutenable dans celui de la Grèce. Normal, donc, que le discours ne soit pas le même pour les deux pays. Si deux patients demandent au même docteur s’ils peuvent continuer à manger de la charcuterie, la réponse sera différente si leur taux de cholestérol est différent.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Allons, allons. Pour certains, la dette est une question religieuse. Vous êtes « pour » ou vous êtes « contre », et c’est pour la vie. Pas pour rien que le post auquel il était fait référence s’appelle « l’hystérie ».

  16. Et moi qui voulait faire un post sur ce même article de Munchau…

    Finalement, je crois que le principal enseignement de la crise actuelle est que l’on a découvert grâce à elle la principale faiblesse de l’euro. Tout le monde (ou presque) insistait sur l’impossible coordination et optimalité des politiques macro dans une zone monétaire non optimale. Mais finalement, c’est bien les différentiels d’évolution entre niveaux de prix, et l’impossibilité de recourir à des dévaluations qui est le cœur du problème. Puisque, comme vous le rappelez, la seule solution pour la Grèce est désormais la déflation : et la crise de 1929 nous a appris ce que cela signifie.

    Le problème est, à des degrés divers, le même pour l’ensemble des "PIIGS".

  17. L’Allemagne ne semble pas comprendre qu’elle a dans ses mains de quoi amortir (même un peu) la récession grecque : cesser les subventions de ses exports soulagerait le déficit de la Grèce et de l’Espagne notamment, auquel cas leurs exports bénéficient de la demande étrangère, qui en a bien besoin.
    C’est là toute l’hypocrisie de l’Allemagne "faites comme nous ! Générez des excédents !" disent-ils tandis que ces voisins européens lui rétorquent "oui mais vous ne nous en donnez pas les moyens !".
    Ce serait déjà un très bon début.

  18. Une chose que je ne comprends toujours pas: pourquoi l’europe ne veut pas preter a la Grece a des taux preferentiels ? Un manque de volonte politique ? Apres tout, les montants ont l’air bien plus faibles que ce que l’on a prete aux banques en 2008-2009, et un defausement de la Grece, avec le risque de contagion aux autres pays, peut potentiellement avoir de graves consequences pour toute l’europe, non ?

    Les problematiques d’alea moral me semblent naivement similaires – mais chaque pays sauvait ses banques, alors qu’ici il s’agit de sauver son voisin. Est-ce la raison principale ?

  19. Ce billet synthétise bien les raisons pour lesquelles la restructuration de la dette demeure une fin de l’histoire crédible.

    Je pense que les marchés en ont conscience et on devrait assister à une repentification de la courbe des spreads obligataires vis-à-vis de la dette allemande (la mesure de la BCE devrait aider sur les maturités courtes). En bref, pour emprunter long, le gouvernement grec va continuer à payer cher…

  20. Il me semble qu’il y a deux petites failles dans le raisonnement des relaxés de la dette.

    Le premier c’est qu’ils semblent penser que puisque la dette publique est vaguement égale a l’épargne privée, il y a une relation "biunivoque" entre les deux alors qu’il se peut très bien que les Français prudents investissent en dette Suisse ou Allemande pendant que les méchants hedge funds Anglo & Saxons se gorgent de dette Française (ou achètent des CDS a taux discount pour le moment).

    Le deuxième c’est que ce qui compte ce n’est pas qui est le créancier, mais quel est le taux de l’intérêt qui multiplié par la masse de la créance sera un drain pour le budget de l’État et l’obligera a faire des choix drastiques.

    A moins de penser que l’age du monde ouvert est derrière nous (et que nous sortions de l’Euro), que le temps du contrôle des changes et de la répression financière est de retour il est difficile de penser qu’une dette élevée ne soit pas un frein considérable a la croissance et ne se termine un jour ou l’autre par un défaut de paiement. Et ce quelque soit l’heureux possesseur de la créance.

    Il me semble qu’il y a des pages la dessus dans le Rogoff/Reinhard.

    Heureusement nous allons voir ce que nous allons voir avec la reforme des retraites.

  21. Alexandre soius 10:
    "When facts change, I change my mind. Don’t you?"

    I certainly do. Mais comme je suis assez ignare en économie, je n’arrive pas vraiment à voir quelle est la différence qui vous amène à des conclusions radicalement opposées. Pourriez-vous expliciter ?

  22. Merci pour ce billet. Juste une question béotienne et théorique (et oui il y a encore des nuls qui vous lisent): en quoi une balance commerciale excédentaire (dévaluation réelle ou monétaire) baisse-t-elle la dette de l’Etat? Les grecs voient alors leurs dettes sur l’étranger diminuer, mais pourquoi la dette de l’Etat baisse-t-elle? Bien cordialement.

  23. Bonne synthèse qui permet de retrouver la plupart des données du problème rapidement. Les articles de Münchau et de baselinescenario sont très bien de ce point de vue. D’ailleurs, si on suit le dernier article, il faudrait que la dette grecque soit à un taux à la japonaise (2% à 10ans) pour être supportable. Je ne vois pas très bien qui peut prêter 200G€ sur 10 ans à l’état grec à de telles conditions!

    Mais pendant ce temps-là, si l’état grec doit payer 6% sur sa dette, c’est à cause des spéculateurs entend-on… Aucun risque réel de cessation de paiements!

    Une note finale: certes, il y a une certaine vision religieuse de la dette mauvaise. Mais il faut bien voir que les problèmes de dette, pour un état, sont principalement dus au poids des intérêts dans le budget. L’état a diverses missions, il me semble que payer 1/3 ou même 1/4 des revenus (les impôts) en intérêts est insupportable… On en déduit que plus la dette est élevée, plus le risque pris est important puisque l’effet d’une hausse des taux est amplifiée. Savoir qui touche cet argent est inutile: si on taxe de façon punitive les investisseurs nationaux, ceux-ci disparaissent, pas la dette.

    Quant à espérer un système de prévention des problèmes dans la zone euro, il ne faut pas rêver. Le meilleur moyen d’empêcher d’emprunter, c’est de mettre des taux élevés, et de plus en plus à mesure que la dette s’accumule, donc de faire payer ceux qui sont déjà endettés (de façon arbitraire certes). Il faut alors faire 2 remarques: 1/ le critère du ratio dette publique/PIB a été le moins respecté lors du passage à l’euro; 2/ l’eurogroupe n’a jamais réussi à imposer une quelconque amende aux contrevenants du "pacte de stabilité". Il me semble donc que la situation actuelle est stable: c’est la seule sur laquelle on ait réussi à trouver un accord.

  24. comme jmdesp, com 10 et JF com 26, je suis tres surpris de la tonalité de cette article.

    Et surtout, je trouve la réponse, "quand les faits changent, je change mes idées, pas vous", extrêmement légère.

    Surtout que, bien qu’ignare en économie, et n’ayant pas écrit de livre sur le sujet, je ne vois absolument pas quels faits ont changé.

    L’endettement de la Grèce ? et en prolongeant celui de la France ? Connu depuis tellement longtemps ! la cosmétique habituelle ne faisant même plus effet, les grecques ont préféré carrément truquer leurs chiffres, au sus de tous, pour adhérer à l’EUR.

    Le fait qu’un jour ou l’autre, une crise éclate ? Tous les 10 ans maxi, voire tous les 5 ans, entre les crise pétrolière, ou monétaire, les bulles spéculatives immobilière, internet ou subprime, il y en a une qui parcoure le monde.

    Le fait que les marchés essaient de maximiser leur marge y compris en éreintant toute une populations ?

    Le fait, que dans l’endettement (des ménages, des entreprises ou des pays,), il y a un point de non retour au-delà duquel les efforts fournis servent à enrichir les créanciers qui font la loi chez vous à leur entier profit en pillant ce qui restent à piller

    Vous vous êtes souvent moqués de ceux qui mettaient garde contre un augmentation excessive sur le long terme de l’endettement/PIB du pays, (notamment dans votre bêtisier, votre commentaires acerbe aux déclarations de T. Breton), et maintenant vous nous faites, sur un ton toujours aussi docte, une jolie description de la chausse-trappe dans laquelle s’est engluée la Grèce.

    Vraiment
    Il y en a qui contestent
    Qui revendiquent et qui protestent
    Moi je ne fais qu’un seul geste
    Je retourne ma veste, je retourne ma veste
    Toujours du bon côté

  25. Proteos: dans le cadre inter-gouvernemental qu’est Maastricht, les engagements pris par chaque état membre s’apprécient dans leur droit national faute de tout autre cadre qu’on a soigneusement évité de définir.

    Ce qui fait, en France, qu’en théorie, le pacte de stabilité est théoriquement une contrainte constitutionnelle. Contrainte qu’on sait soigneusement ignorée avec une remarquable constance depuis sa signature sans que la chorale pourtant réactive des juristes appointés à la dénonciation de si graves atteintes au pacte social que les atteintes constitutionnelles ne s’éveille pour autant.

    Mais du point de vue parfois naïf de l’investisseur, il reste d’usage de bien vouloir imaginer que les états honorent leurs signatures, même la France, sans même pour autant subir la paternelle contrainte d’une énième institution.

  26. NOS PHOBIES ECONOMIQUES dans ma boite aux lettres ce matin !

  27. une question d’un mekeskidi comme on dit chez Eolas: mais que se passeras-t-il si les Grecs refusent ou ne peuvent plus payer la dette? Est-ce vraiment grave?

  28. C’est vraiment mon avis, mais vous l’avez rendu merveilleusement bien et sans doute mieux que moi…

    Bon billet, comme d’hab.

  29. J’ai relu l’ancien article, il était plus nuancé que dans mon souvenir. Mais s’il y a une hystérie anti-dette qui est ridicule, on ne pouvait pas vraiment défendre que la dette des états était majoritairement une dette saine, investie uniquement dans des dépenses rationnelles et efficaces.
    Les chiffres n’était que légèrement meilleurs en 2006. La différence était une situation économique qui aurait pu permettre de reprendre un peu de marge de manœuvre bien utile aujourd’hui.
    Aujourd’hui payer les intérêts occupe 15% du budget français. Le problème est que les taux sont bas, très bas. S’ils montaient à 10% … le taux d’intérêt légal était à 10% en 93 !
    On a toujours une raison de penser qu’on ne va pas suffisamment bien pour prendre le risque de limiter la croissance en améliorant le budget. On regrette quand il est trop tard.

    Un autre sujet complètement différent mais intéressant :
    kristinmaschka.wordpress….
    Elizabeth Warren, de Harvard, recrutée par Obama pour surveiller les conditions du sauvetage des banques, a calculé qu’en 30 ans les dépenses contraintes des foyers américains, logement, santé, éducation, sont passée de 50% à 75%, bien qu’entre temps, le double salaire soit devenu la norme.

  30. La Grèce a été en défaut de paiement 50% du temps depuis 1832.

    Si elle refuse de payer sa dette (300M€), les banques Françaises(75M), Suisses(75M) et Allemandes (50M), boivent le bouillon et doivent (?) se faire renflouer par leurs contribuables respectifs.

    Il est assez certain que la Grèce fera défaut (comme d’hab). Tout le problème est de savoir si les États Européens lui fileront un chèque et cela dépend de l’exposition de leur système financier au risque Grec.

    L’attitude cooperative de la France et non coopérative de l’Allemagne s’expliquent en grande partie par ces hautes considérations philosophiques.

  31. Vous oubliez un détail. Si la Grèce fait défaut l’ensemble des banques Grecs font également faire faillite, puisqu’elle ne pourront plus se refinancer auprès de la BCE. Donc implosion du système bancaire et par ricochet de toute l’économie grecque…

  32. Mardi 6 avril 2010 :

    A 18H00, le taux de l’obligation d’Etat grecque à 10 ans était à 6,976 %, contre 6,529 % jeudi soir. Il est passé au-dessus des 7 % en cours de séance. Le différentiel entre l’emprunt grec et le Bund 10 ans, l’emprunt allemand qui est la référence sur le marché obligataire européen, a atteint 391 points de base, soit un plus haut depuis fin janvier.

    http://www.romandie.com/infos/Ne...

    Lundi 29 mars : l’obligation grecque à 10 ans était à 6,289 %.
    Mardi 30 mars : l’obligation grecque à 10 ans était à 6,434 %.
    Mercredi 31 mars : l’obligation grecque à 10 ans était à 6,522 %.
    Jeudi 1er avril : l’obligation grecque à 10 ans était à 6,529 %.
    Mardi 6 avril : l’obligation grecque à 10 ans était à 6,976 %.

  33. Merci pour cet article très intéressant!
    Rien ne semble de bon augure plus le temps passe…
    Vers où allons nous?
    A la lecture des dernières news, je sombre dans le pessimisme…
    La Grèce même aidée ne s’en sortira pas. Et l’Europe? elle est loin d’être sortie grandie de la situation…
    Pour ceux dont le cœur n’est pas totalement retourné…jetez un coup d’œil à cet article sur le site de MoneyWeek : "Pourquoi la Grèce n’a aucune chance de s’en sortir"
    http://www.moneyweek.fr/20100428...

    Bon am à tous!
    Et en espérant (si l’espoir est encore permis), de meilleures nouvelles ou du moins les moins catastrophiques possibles…)

  34. La Grèce à besoin d’un vrai contrôle budgétaire et d’être aidée financièrement. Mais ce ne sera pas suffisant. N’est-il pas possible de les aider aussi militairement, domaine où ils dépensent des sommes folles pour faire face à la Turquie. Mais aussi et surtout en leur sous traitant une multitude de fabrications. Je préférerais que l’on aide la Grèce en leur envoyant du travail qui part je sais où aujourd’hui.L’Europe doit se construire et apprendre à défendre ses intérêts .

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