Alexandre Delaigue

Fetichisme industriel

J’ai discuté aujourd’hui avec un journaliste de libé à propos d’un dossier à venir dans le journal sur la désindustrialisation de la France. Je ne sais pas trop ce qui sera retenu, mais voici un aspect du sujet dont on parle beaucoup trop peu : il faut se méfier du fétichisme industriel.

Comme le rappelait John Kay, l’un des postulats de base de la do-it-yourself économie est de considérer qu’il existe une hiérarchie des produits, au sommet de laquelle se trouvent l’agriculture et l’industrie (avec une prédilection particulière pour l’automobile et la production d’acier). Les activités de service, le commerce, la banque et l’assurance, la coiffure, ne bénéficient pas de la même aura. Le fétichisme agricole se porte bien ces jours-ci. Le fétichisme industriel, quant à lui, se porte toujours bien, entre un président qui l’exprime dans son style inimitable et le fait que la baisse de la part de l’industrie dans la production est unanimement considérée comme une catastrophe, sans jamais la moindre contestation. L’industrie est indispensable, nous dit-on : certes, mais les coiffeurs aussi. Ces derniers bénéficient pourtant de bien moins de mansuétude.

Mais ce fétichisme ne s’appuie pas sur grand chose de concret. Il y a 150 ans, 90% de la population active française travaillait dans l’agriculture et le textile. Aujourd’hui, ces deux activités occupent moins de personnel que l’éducation nationale, et la population française n’a jamais été aussi prospère (bon, ok, elle était plus prospère en 2007 avant la récession, mais c’est l’idée). L’enrichissement d’une société passe par le déplacement de la main d’oeuvre de secteurs à d’autres, sous l’effet des gains de productivité. Il est normal que l’industrie, dans laquelle la productivité augmente plus vite que la demande, subisse des baisses d’effectif, et que la part dans le PIB d’autres activités augmente au fur et à mesure que les gens s’enrichissent ou changent de priorités de consommation. C’est, pour une bonne part, très exactement ce qui explique la diminution des effectifs industriels en France.

Les arguments pour justifier le fétichisme industriel, au delà du pur irrationnel, sont les suivants. L’industrie est importante parce que les produits industriels s’exportent. L’industrie est importante parce que les conditions de travail et de rémunération y sont meilleures que dans les services. L’industrie est importante parce qu’elle génère beaucoup de progrès technologique et assure une grande part de la recherche-développement.

Ces arguments ont une part de validité, mais aucun d’entre eux ne justifie vraiment le degré de préférence dont bénéficie l’industrie. Certes, les produits industriels s’exportent, mais pas tous, loin de là; et de nombreux services s’exportent. Paris intramuros ne produit pas beaucoup de produits industriels, et est pourtant l’une des parties les plus prospères de France. Certes également, les grandes entreprises industrielles ont été le lieu d’apparition du salariat organisé, qui a pu bénéficier ainsi de meilleurs salaires. Il y a de quoi relativiser d’ailleurs cet avantage, pour constater qu’il ne semble guère attirer les jeunes d’aujourd’hui, majoritairement attirés par les activités de service; on peut noter également qu’historiquement, ces avantages ont été notoirement sexistes, l’industrie étant une activité très majoritairement masculine, les activités industrielles féminisées (comme la production textile) ont toujours conservé des conditions de travail éprouvantes. Certes aussi l’industrie génère beaucoup de gains de productivité et de progrès technologique, mais là encore, ce n’est pas cantonné à l’industrie. L’essentiel de la croissance américaine de la fin des années 90 est ainsi venue de la diffusion des technologies de l’information dans la distribution, toutes activités de services.

Une façon de montrer les limites de ces raisonnements est de constater qu’ils s’appliquent parfaitement à l’industrie pornographique. Voilà un secteur d’activité qui a eu un impact considérable sur l’adoption des technologies, accélérant la diffusion du magnétoscope VHS contre le bétamax, puis du blu-ray, aujourd’hui du cinema en trois dimensions, sans compter l’internet rapide, la télévision payante, et les services électroniques (Free est après tout née du minitel rose). Une industrie qui emploie de nombreux salariés qualifiés (cameramen, monteurs…) qui peuvent exercer leurs métiers dans d’autres secteurs; une industrie qui exporte une large part de sa production; par ailleurs, l’industrie du porno est victime de la concurrence déloyale, du dumping, de tous ces gens qui fournissent les mêmes services gratuitement. Elle mériterait donc amplement des subventions et un plan pour sauver ce secteur primordial. Mais je serai fort surpris (et très amusé) de voir un président français déclarer « le porno, c’est mon truc ».

L’intérêt économique d’une activité ne se mesure pas à l’aune d’une hiérarchie abstraite considérant certains biens comme plus nobles que d’autres mais par la capacité du producteur à fournir au consommateur quelque chose pour lequel il est prêt à payer. Le point commun de toutes les activités réclamant des aides parce qu’elles sont « importantes » est bien souvent l’incapacité à passer ce simple test. On pourrait ajouter aux entreprises industrielles aux états-majors garnis de ces élèves de grandes écoles au carnet d’adresse bien rempli que le monde entier nous envie les agriculteurs élaborant des produits médiocres et standardisés à un prix supérieur aux prix mondiaux; à ces cinéastes produisant des films que les spectateurs ont le mauvais goût de trouver assommants; ces inventeurs géniaux proposant des technologies tout aussi remarquables que dépourvues d’intérêt. Certes, le test du marché n’est pas forcément très convaincant; celui du marché politique est le plus souvent affligeant.

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40 réflexions au sujet de « Fetichisme industriel »

  1. Que ça fait du bien de vous lire et sur ce sujet-là ! Merci ! :) Je n’ai pas lu vos nombreux liens (bien sûr, l’article de Krugman est extra) mais votre billet m’a fait penser à deux choses : la "maladie des coûts" attribuée à William Baumol et une citation de Milton Friedman.
    Pour la première, c’est bien que parce que les activités industrielles ont bénéficié depuis des décennies et des décennies d’énormes gains de productivité que cela a permis le développement que nous connaissons aujourd’hui en France de tant d’activités de services appréciées par nos concitoyens et sujettes, elles, à la maladie des coûts.
    Pour la seconde, votre dernier paragraphe m’a fait penser à ce passage d’un article de Friedman de 1961 (ma traduction) : "Ce à quoi la plupart des gens objectent vraiment lorsqu’ils font objection à un marché libre est qu’il est si difficile pour eux de le modeler à leur propre volonté. Le marché donne aux gens ce que les gens veulent plutôt que ce que d’autres gens pensent qu’ils devraient vouloir. Derrière beaucoup de critiques de l’économie de marché se trouve réellement le manque de foi en la liberté elle-même."

  2. Il y a 2 autres éléments:
    * le sexisme que vous signalez joue à l’envers: la situation défavorable des femmes se transforme en situation défavorable des hommes avec des qualifications d’ouvriers qui ont du mal à trouver du travail.
    * une certaine fierté de faire des ‘trucs’ tangibles. Donc une certaine utilité non monétaire. Les hommes politiques paraissent particulièrement friands de cela…

    Reste qu’en effet il est navrant d’entendre les mêmes politiques présenter la moindre consommation d’énergies fossiles comme la voie d’avenir et refuser absolument la fermeture de raffineries. Un peu de logique ne ferait pas de mal de temps en temps

  3. Excellent poste, j’ai beaucoup rigolé…

    Et j’ai aussi compris 2-3 trucs, c’est pas mal déjà! :)

  4. "Mais je serai fort surpris (et très amusé) de voir un président français déclarer "le porno, c’est mon truc"."

    Non, mais avec les mêmes raisonnements, on aurait pu dire, comme Jacques Chirac en son temps ou les gouvernements japonais de ces trente dernières années : "le jeu vidéo, c’est mon truc".

    Ou même, plus simplement "l’éducation, c’est mon truc".

  5. C’est marrant de voir à quel point les politiques restent implicitement bloqués sur les physiocrates et mercantilistes.

  6. Vraiment bien trouvé le parallèle avec le porno. On sent la pratique du prof d’eco qui trouve des moyens pédagogiques et mnemotechniques pour graver le message dans l’esprit des étudiants ;)

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Le parallèle est de Chris Dillow. Oui, il est bien trouvé…

  7. Question probablement naïve, mais ce n’est pas vraiment mon domaine.

    personnellement, j’ai toujours cru que l’industrie était nécessaire pour créer de la richesse qui pouvait ensuite être dépensé dans les services, et que donc une économie strictement basé sur les services ne pouvait fonctionner étant donner qu’il n’y avait pas richesse à y dépenser.

    Et j’expliquais le diminution de proportion de l’industrie et de l’agriculture dans le paysage économique par l’augmentation de la productivité.

    Donc, je trouvais logique d’aider l’industrie afin de relancer la création de richesse, ce qui permet ensuite de dépenser cette richesse dans le reste de l’économie.

    En quoi ce raisonnement est il biaisé ? (histoire que j’aille dormir moins bête :) )

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Il est biaisé parce que dans une économie moderne, tout dépend de tout; il n’y a pas un secteur dont dépendent tous les autres. Un pays entièrement constitué de coiffeurs ne pourrait pas fonctionner, un pays uniquement composé d’usines non plus. La richesse, c’est la capacité à fournir aux autres ce dont ils ont besoin, quoi que ce soit.

  8. Vous auriez pu ajouter que la définition de "l’industrie" a changé.

    Pourquoi faut il donc que je partage globalement votre point de vue, mais que je ne sois pas complètement convaincu?

    Peut être parce que j’ai du mal a imaginer comment une nation de coiffeurs et d’assistantes de vie pourrait s’acheter des tee-shirts Chinois, ou s’offrir des vacances en Thaïlande en avion Brésilien.

    Ne faut il pas un ensemble de marchés liquides en produits de toutes sortes ou l’on pourrait se ravitailler en ce que l’on ne produit pas, et ne faut il pas également avoir quelque chose a vendre que les autres voudraient bien acheter pour pouvoir avoir les moyens d’acheter ce que eux ils ont a vendre ?

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Bien sûr : mais premièrement « avoir quelque chose à vendre » est neutre, et n’implique pas de favoritisme pour les produits manufacturés. Deuxièmement pourquoi établir la limite aux frontières nationales? Paris intramuros se débrouille très bien, tout comme d’ailleurs le Luxembourg. Troisièmement ne pas sombrer dans le fétichisme industriel n’implique pas de souhaiter la disparition intégrale de l’industrie. C’est d’être un peu plus neutre.

  9. @fx : "j’expliquais le diminution de proportion de l’industrie et de l’agriculture dans le paysage économique par l’augmentation de la productivité.
    Donc, je trouvais logique d’aider l’industrie afin de relancer la création de richesse"

    Ces deux phrases sont contradictoires; la première est juste : gains de productivité > hausse de la production = baisse de l’emploi du secteur concerné.
    Mais par définition, hausse de productivité = hausse de la richesse créée : on peut produire plus (de richesse) avec autant (ou moins).
    Donc si votre but est de "relancer la création de richesse", pas la peine d’aider des secteurs qui en créent déjà plus (la valeur ajoutée industrielle continue à augmenter en France).

    Et sinon, les services sont une richesse en eux-mêmes, ie. un produit (immatériel) qui permet de satisfaire un besoin (certes rarement vital, mais besoin quand même).
    L’erreur est d’assimiler la richesse aux seuls biens.

  10. Sarkozy : "On peut être parfaitement libéral et avoir une volonté politique industrielle".

    Pfff, j’vous dis, le libéralisme, c’est plus ce que c’était.
    Le jour où les gens auront fait la différence entre "libéralisme" et "clientélisme/électoralisme", on aura fait un grand pas.

  11. Qu’en est-il de l’impact de l’externalisation?

    Les sociétés industrielles ayant de plus en plus tendance à externaliser en tout ou partie les fonctions ne relevant pas directement de la production (informatique, logistique, RH, comptabilité, sécurité, nettoyage, R&D…). Est-ce que cela ne transforme pas mécaniquement et artificiellement une part de l’activité auparavant comptabilisé dans l’industrie en activité de service? Est-ce correctement compensé dans les statistiques?

  12. hmm, je n’y connais rien en eco mais j’ai une question sur ce point.
    On parle souvent de la balance commerciale.
    Je sais que cette dernière ne fait que traité les bien de consommation et oublie complètement la partie service et la partie investissement financier.

    Si on supprime le secteur industriel qui exporte ( Aeronautique, voiture,…),
    Il ne nous reste que l’investissement de capitaux francais à l’étranger et le service vendu à l’étranger pour apporter de l’argent en France.

    En effet, d’un point de vue global, si on somme l’ensemble de la richesse des pays. Chacun essaye de tirer la couette de son coté. La chine en vendant des produits manufacturé, les US en investissant dans des entreprises étrangère,…
    Je caricature bien sûr mais l’idée c’est de voir cela d’en haut.
    La France pour récupérer de la richesse ét compensé nos achats de pétrole à l’opep et de bien manufacturié en chine a besoin de vendre des produits/services dans d’autre pays ou d’investir dans des entreprises étrangères.

    Bref, je caricature beaucoup mais l’idée est de savoir comment on peut s’en sortir sans industrie export pour contrebalancer nos achats externes?

  13. AD: Pour parvenir à produire autre chose que des produits manufacturés, encore faut-il avoir 1) des idées, 2) la possibilité de les mettre en oeuvre légalement sur le territoire.

    Autrement dit, encore faut-il consentir à vivre dans une société libérale, curieuse, instruite, ouverte sur le monde, accueillante envers l’inconnu et la nouveauté.

    Et tel n’est pas le cas en France aujourd’hui et depuis bien longtemps, et pourtant, il faut faire avec.

    Personnellement, je crois plus réaliste de miser sur le pneu, l’acier, l’atome, la chimie, etc. : tous les trucs gros, moches et dangereux mais c’est pas grave, ya la sécu pour réparer les ouvriers abimés.

  14. Je vais dire des banalités mais je crois que l’idée que l’industrie (et l’agriculture) est la seule vraie productrice de richesse tient surtout à un matérialisme grossier (pardonnez l’expression qui est assez incorrecte) qui explique bien la réaction de Fx.

    Beaucoup de gens ont le sentiment que l’utilité ne peut être que dans des biens matériels qu’on peut toucher. Un exemple qui radicalise bien ça est l’industrie du jeu sur internet. Nombres de personnes ont beaucoup de mal à comprendre qu’on puisse "acheter" avec du "vrai" argent une armure qui vous donnera un bonus à wow (par exemple). Ils vous soutiendront que c’est du virtuel, qu’on achète rien. Par contre ils n’ont pas de problème à acheter une raquette de tennis. Dans le fond, même si dans les deux cas, ces deux biens vous servent à jouer, ils se sentent rassurer d’avoir acheter une raquette produite avec de vrais matériaux. Or la seule utilité de la raquette est dans le fait de pouvoir jouer, exactement comme mon armure virtuelle.

    L’exemple est radical dans ce cas, mais je crois que pour beaucoup de gens le raisonnement est plus ou moins similaire: il y a des gens qui travaillent vraiment parce qu’ils produisent des trucs qu’on peut toucher, et des parasites qui gravitent autour. Il n’est pas toujours facile de comprendre que les objets n’ont d’intérêt qu’au travers de leurs usages, et pas en tant qu’objet.

  15. Le sens de la dernière phrase m’échappe un peu. Les gens achètent un peu n’importe quoi mais en plus ils votent franchement pour des idiots ?

  16. Vos considérations sont purement théoriques. Je vois une autre raison de freiner la désindustrialisation : les industries rentables d’aujourd’hui ne sont pas celles de demain et réciproquement. La production industrielle ça ne s’apprend pas dans les livres, comme la finance. Le savoir-faire industriel est un savoir partagé depuis le bas jusqu’au haut de l’échelle sociale transmis de génération (d’ouvriers, de techniciens, d’ingénieurs…) en génération ; vous arrêtez la production quelques années et ce savoir faire est perdu. Voir notre incapacité à construire des centrales nucléaires après que la filière ait été abandonnée pendant 20 petites années.
    Je crois que pour ces considérations stratégiques, il faudrait maintenir une activité, certe ralentie, dans les domaines aujourd’hui considérés comme délocalisables (sidérurgie, raffinerie…).

  17. D’accord sur tout… sauf sur les films français… on entre ici dans un autre domaine qui n’est pas à mon sens représentatif d’un marche "de masse".
    Juger Avatar et les autres bouses du box-office en terme de rentabilité ok, mais pas de conclusions hâtives et qualitatives ;)

  18. @Nono, votre première phrase : Pourriez-vous, s’il vous plaît, développer un petit peu votre affirmation, si vous avez deux minutes ? D’avance, merci.

  19. Fréderic Bastiat faisait déjà la même remarque que vous en ce qui concerne les frontières nationales.

    La réponse est que c’est a l’intérieur de ce domaine que l’État peut vous forcer a payer les coiffeurs au minimum le SMIC et ne faire travailler les assistantes de vie 35h et d’une manière générale, égaliser leurs conditions de vie avec les emplois de l’industrie sans en avoir la productivité. C’est l’inverse en Chine.

    Ensuite il peut aussi vous taxer afin de renflouer les banques (qui sont nationales dans l’adversité) ces grandes exportatrices de "services". L’UK qui fut très fier de son avantage compétitif dans le domaine financier, se demande si finalement il a encore les moyens d’avoir un domaine aussi compétitif.

    On vit très bien dans Paris, et sur la Cote d’Azur ou il ne se produit rien, parce que on a fait sa pelote ailleurs (et/ou qu’on bosse au noir). Le Mali, les Philippines, etc. c’est pareil.

    Quand au Luxembourg, il vend du secret bancaire (la Cote d’Azur du soleil et des pans bagnats). Il s’agit peut être d’une industrie d’avenir?

    Mais je plaisante.

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Je le répète, c’est que votre point de référence n’a pas de sens. Baisse de l’emploi industriel et baisse de la part de l’industrie dans la VA ne signifie pas « disparition programmée de la production industrielle ». L’industrie française n’a jamais autant produit, simplement on fait autre chose, en plus. Comme l’agriculture. Sinon pour faire preuve de cynisme, un pays peut aisément fonctionner sans usines automobiles, pas sans banques.

  20. AD : "Un pays entièrement constitué de coiffeurs ne pourrait pas fonctionner"

    Faut voir ! C’était une référence plus ou moins consciente à
    en.wikipedia.org/wiki/The…

    ou est ce du pur hasard ;-)

    Réponse de Alexandre Delaigue
    La réponse à cette question est… 42.

  21. Thanks pour le billet. Et belle discussion en commentaires. Ca fait plaisir quand econoclaste revit :)

    J’ai une question corollaire. Je ne sais pas si quelqu’un a étudié précisément l’impact que l’externalisation massive, la séparation des fonctions auparavant assumées dans une même entreprise, ces 20 dernières années, a eu sur la répartition du PIB par secteur. Grosso modo : les boites se sont quand même délestées de fonction qui étaient auparavant inclues dans leur valeur ajoutée, et ont été transférées au secteur tertiaire. No effect ?

    J’avoue dire ça un peu pour troller, et pour chercher une réponse à une question qui me trotte depuis longtemps dans la tête, sans que je n’aie vraiment cherché sa réponse.

    C’est tellement bon, de voir econoclaste actif !

    Réponse de Alexandre Delaigue
    Cf rapport présenté dans le post de bouba-olga mis en lien. Cet effet a été quantifié. Et merci, on fait ce qu’on peut pour repartir :-)

  22. Pas très convaincant. Surtout, vos exemples sont à mon sens très mal choisis.

    Bien sûr que si on peut vivre sans coiffeurs (avec toute la sympathie que j’ai pour eux) : les gens se couperont eux-mêmes les cheveux, voilà tout. Certes le résultat ne sera pas folichon mais il sera sûrement sans conséquence pour le PIB, ou toute autre mesure que vous utiliserez pour (tenter de) quantifier le bien-être national.

    La comparaison avec le porno est tout aussi peu valable. Certes, comme vous l’expliquez bien, c’est un secteur "porteur", mais on peut s’en passer aisément. Essayer de vivre sans toutes les machines diverses et variées (tiens ! comme l’ordinateur à partir duquel vous rédigez votre blog par exemple) que produit l’industrie, on verra.

    "Sinon pour faire preuve de cynisme, un pays peut aisément fonctionner sans usines automobiles, pas sans banques".
    Je demande à voir. Un pays où les gens ne peuvent plus se déplacer en voiture : courses, soins de santé à l’hôpital, aller au boulot tout simplement (eh oui, tout le monde n’habite pas dans des grandes villes : aller à son travail situé à 35 km, Vélib ne le permet pas encore).

    Je suis d’accord sur le fond du post, mais vos exemples, vraiment, ils tombent à côté.

  23. Moi mon sentiment sur l’évolution de l’emploi en France se résume à cela : tout ce qui peut être délocalisé l’est. Tout ce qui ne peut pas l’être reste en France. ;D ;D

    C’est tout simple, mais je suis sûr que la vérité est là.

    La majorité des gains de productivité actuels en France sont obtenus par des délocalisations cachées : tout ou partie de nos biens industriels sont produits à l’étranger, puis importés et assemblés en France.
    Ces biens industriels finissent donc avec le label "made in France", mais ils ne sont qu’à 10 ou 15% français. J’entends par là que le temps de travail total nécessaire à la production de ces biens a été réalisé au moins à 85% dans des pays étrangers.

    Le gain de productivité en France est ainsi très élevé, car avec de moins en moins d’employés on peut produire plus de voitures, puisqu’on ne fait plus que les assembler !

    Et la hausse de la production industrielle est due à des hausses de cadence et d’effectifs dans ces pays low-cost.

    Qu’est-ce qu’en conclu un bon économiste ? Ben, que tout va bien bien sur, les indicateurs sont parfaits : hausse de la production et baisse du temps de travail pour produire (baisse des emplois), donc tout économiste va faire sa division et va affirmer que la productivité augmente.

    Sauf que cette concurrence entre les employés français et étrangers a un effet direct : la diminution des salaires. Et ça c’est pas glop.

    Ce que j’entends par là c’est qu’en France, depuis au moins 10 ans les salaires augmentent moins vite que l’inflation.

    Là je vais me faire taper sur les doigts, car vous allez me dire que l’inflation a été en moyenne un peu en dessous de 2% depuis 10ans, tandis que les hausses de salaire ont été légèrement supérieures… sauf que le 1er poste de dépense des ménages est le logement, qui lui a pris 7% par an, que le pétrole (et donc le prix à la pompe) a pris plus de 200% en 10 ans, et qu’il est difficile de connaitre l’évolution réelle du panier de la ménagère, puisqu’il n’est contrôlé depuis seulement un ou 2 ans… mais étant des consommateurs, nous savons tous que le passage à l’euro a permis à de nombreux commerces d’augmenter leurs tarifs en arrondissant les prix à la hausse.

    Et on peut comprendre ces hausses de prix dans les commerces : avec l’augmentation de la valeur des logements, forcément beaucoup ont vu leurs frais de fonctionnement augmenter, d’où report de ces hausses sur leurs clients.

  24. pas lu les commentaires précédents, mais imagine qu’ils sont nombreux à commencer, à juste titre, par : super post, un peu osé la comparaison avec le porno mais efficace!
    A part ça, juste un petit truc à rajouter, à mon avis il faut plus se méfier des lobbies industriels et agricoles que du fétichisme.

  25. Juste pour ajouter un petit élément pour ceux qui pensent que tout fout le camp à l’étranger, et qu’on finira tous délocaliser en Chine, l’essentiel du déficit de la balance commerciale française est européen Si on prend les chiffres de 2008 seulement 33% du déficit de la BC concerne l’Asie, l’essentiel du déficit est européen (un peu plus de 50%)
    On a un déficit plus important avec la Belgique (9,7 milliards d’euros) et l’Allemagne (18,9 milliards) que l’Asie réunie(26,5 milliards). Tous ces chiffres viennent de l’INSEE (BC de 2008). Ce qui prouve qu’il ne faut pas s’appuyer sur "ses sentiments" au risque de raisonner un peu à vide… Pour info les Belges ont un taux de PO supérieur à la France et le coût du travail y est plus élevé.

  26. J’ai deux points de commentaires:
    Le premier concerne l’exemple parisien. Je me demande en quelles mesures il est pertinent puisque disposant du statut de capitale qui lui permet de bénéficier d’un maximum d’emploi public et d’un effet "centralisateur" des sièges sociaux d’entreprises.
    Ma deuxième remarque concerne les raisons de garder vaillante une industrie. Je pense que les barrières à l’entrée de ce secteur sont (parmi) les plus lourdes, et que par conséquent toute suppression se voit être irréversible… Du coup n’est il pas dangereux de supprimer ses capacités de production automobiles ou d’armement? Au delà de l’aspect stratégique n’est ce pas la fin de certain domaines de compétences?

  27. @Corto
    merci pour l’expression "barrières à l’entrée" qui je crois traduit ce que j’avais essayé de dire dans mon commentaire un peu plus haut. Peut-être qu’avec ce jargon vous aurez plus de succès que moi pour attirer l’attention sur un problème pour lequel j’aimerais bcp connaître l’avis des économistes.

  28. Vous avez tout à fait raison : il faut se méfier du fétichisme Industriel… comme, d’ailleurs, de tous fétichismes. Lorsque que certaines personnes vouent une vénération superstitieuse et morbide à un objet, il est prudent d’aiguiser sa vigilance. Je souhaite à cette occasion vous faire part de mes inquiétudes et vous alerter concernant un fétichisme bien plus prégnant dans notre société : le fétichisme du libre échange et du marché autorégulé. J’espère que j’aurai prochainement le plaisir de vous lire sur ce sujet. Votre verve garantira, j’en suis sûr, la mise à mal de ce fétiche.
    Pour en revenir à votre texte, vous faites bien de nous mettre en garde car les fétichistes avancent bien souvent masqués. Vous m’ouvrez les yeux car j’avais toujours eu le sentiment que l’industrie était, depuis maintenant 25 ans, dénigrée par nos gouvernants. Accepter une concurrence industrielle complètement déloyale avec des pays à très bas coûts salariaux était pour moi un indicateur de ce dénigrement. N’étant pas économiste, je croyais également – assez naïvement je l’admets – que certains secteurs d’activité présentaient des intérêts stratégiques pour un pays comme la France. Mais vous avez raison, après tout, le véritable étalon doit être la capacité du producteur à fournir au consommateur quelque chose pour lequel il est prêt à payer. Le reste n’a pas d’importance, un sous est un sous. Je n’avais pas réalisé non plus l’inégalé niveau de prospérité auquel nous sommes arrivés ! Ma cécité vient surement du fait que je suis professionnellement quotidiennement en contact avec des salariés licenciés. Bon nombre sont peu instruits et non pas conscience de cette prospérité. En tout cas, demain, je saurai quoi leur dire : Tout d’abord je leur dirai que la baisse des effectifs dans l’industrie est très exactement expliquée par les gains de productivité. Il faut bien qu’ils comprennent que l’explication par les délocalisations ou la localisation directe dans des pays à bas coûts n’est qu’une fadaise. De plus, je pense également qu’ils ne réalisent pas que « L’enrichissement d’une société passe par le déplacement de la main d’oeuvre de secteurs à d’autres ». Ils n’ont qu’à se réorienter vers d’autres secteurs…ce n’est quand même pas sorcier ! Par contre, pourriez-vous m’aider et me préciser ce que sont les autres secteurs afin que je le leur communique.
    Autre petit point sur lequel vous pourriez m’éclairer, vous dites qu’il est normal que l’industrie, dans laquelle la productivité augmente plus vite que la demande, subisse des baisses d’effectif. Le chômage de masse n’aurait il pas tendance à faire baisser la demande ? ceci entraine un nouveau décalage productivité/ demande et donc de nouvelles baisses d’effectifs…et ainsi de suite…Mais je ne suis pas économiste et cela doit être très bête.
    Vous remerciant pour cette salutaire prise de conscience et dans l’attente de prochains papiers sur d’autres types de fétichisme, je vous prie d’agréer mes respectueuses salutations.

  29. Ayant beaucoup de temps à perdre et trouvant le texte de l’auteur de ce blog très bien rédiger je vais essayer de vous répondre. Tout d’abord j’aimerais rappeler quelques points (que de toute évidence vous sembler oublier) :

    -L’ESSENTIEL du DEFICIT COMMERCIAL français concerne l’Europe et non pas les pays à bas salaire, ce qui par définition met à mal votre argumentation sur la "concurrence déloyale" sauf a considérer que les Allemands et les Belges sont des pays à bas salaires.

    -Si il a des délocalisations, il y aussi beaucoup d’implantations d’entreprises étrangères en France.

    -L’Allemagne, qui à des conditions similaires à la France, arrive a avoir une balance commerciale largement excédentaire en particulier sur les produits industriels, sans pour autant mener une politique industrielle particulière.

    Le problème de votre raisonnement est qu’il est uniquement situé à votre échelle, vous ne voyez que les effets négatifs. l’ouverture internationale, c’est aussi l’ouverture vers d’autres consommateurs, ce qui genere de l’emploi en France, le problème du libre échange c’est que ses effets destructeurs sont beaucoup plus visible que ses effets bénéfiques. La plupart des études s’accordent sur une destruction d’emplois peu qualifiés modéré de l’ouverture internationale, mais un gain global pour l’économie, en particulier le consommateur. La baisse du prix pour le consommateur dégage un revenu pour d’autres consommations qui génère des emplois dans d’autres secteurs. Il y a nécessité d’accompagner les "perdants" de l’ouverture internationale, ce qui n’est pas toujours le cas, et justifie les critiques récurrentes du libre échange.
    Ce qui est intéressant c’est de voir le coût des politiques protectionnistes plusieurs études montrent ainsi qu’il varie de 50 000 à 150 000$ par emploi sauvegardé. Le problème d’une telle politique est qu’elle nuit à long terme à l’emploi, en diminuant la croissance potentielle, elle nuit au consommateur pour qui le surplus disponible est moindre, enfin elle nuit aux pays en développement (ce qui est discutable, mais rappelons que 300 millions de chinois sont passés au dessus du seuil de pauvreté en partie grâce au libre échange) même si elle peut avoir un effet bénéfique à court terme.
    Par ailleurs la politique industrielle en France existe depuis longtemps, elle s’est maintenu malgré la législation européenne, elle ne porte simplement pas le nom de politique industrielle… quand on regarde la manière dont l’Etat fait tout pour satisfaire les industriels au niveau local et sauvegarder l’emploi (avec l’aide plus ou moins direct à toutes les formes d’industries, réductions de charges, d’impôts, l’exemple le plus caricatural étant la taxe carbone)
    Au lieu de soutenir les entreprises qui créeront l’emploi demain et investissent dans la recherche et le développement, on a préféré sauvegarder l’emploi coute que coute dans des industries de toute façon vouer à disparaitre (type textile..) ce qui ne fait de plus en général que retarder l’échéance. Cela fait seulement quelques années qu’on essaye de changer de politique, avec la création des pôles de compétitivité etc. Pour finir sur la définition "stratégique". Pour moi une industrie est stratégique uniquement si elle n’est pas facilement "copiable" par d’autres pays (ce qui prouve qu’il n’y a plus de "patrimoine" ou spécificité à cette industrie) Par définition aucune de ces industries n’est vouée à disparaitre.

  30. @passant
    Je suis tout à fait d’accord avec vous et j’ai, dans mon commentaire salué la verve et les qualités rédactionnelles de l’auteur de ce Blog. Par contre il ne vous aura pas échappé que j’ai quelques réticences face à l’idéologie sous-jacente. Pour ma part, la courtoisie de votre introduction ne m’a pas échappé et je suis bien conscient qu’il faut que vous ayez « beaucoup de temps à perdre » pour daigner répondre au manant que je suis.
    Sans ironie et rapidement, pour ne pas abuser de votre temps, et parce qu’il est de toute façon peu probable que nous tombions d’accord :
    L’essentiel du déficit commercial français concerne l’Asie (Chine en tête) et l’Allemagne. Vous semblez dire que l’exemple allemand décrédibilise mon discours. J’ai plutôt l’impression que cet exemple illustre parfaitement la politique non coopérative de l’Allemagne. Elle a depuis quelques années transféré une bonne partie de ses coûts de protection sociale des entreprises vers les travailleurs. Elle a ainsi réduit la demande intérieure et fait baisser ses coûts de production de 10%. L’évolution des excédents commerciaux allemands s’est donc faite au détriment des partenaires européens (qui n’ont plus l’arme de la dévaluation). Je maintiens donc la dimension déloyale de l’échange. Je ne pense pas non plus que la demande intérieure chinoise soit de nature à équilibrer nos échanges. Je ne prône pas l’autarcie mais l’équilibre des échanges.
    Vous évoquez ensuite la localisation en France d’entreprises étrangères censées contrebalancer les délocalisations. Je doute que le balancier tombe de notre côté (surtout si le comparatif se fait en terme de volume d’emploi) .
    Vous dites également que les effets destructeurs du libre-échange sont beaucoup plus visibles que les effets bénéfiques. Si l’on exclue notre classe dirigeante aveugle, je suis globalement d’accord avec vous mais pense, contrairement à vous, que ce n’est pas une simple illusion optique mais une réalité.
    Je me pose la question des solutions permettant de sortir du chômage de masse véritable cancer de notre société (5 millions de personnes en France si l’on vient bien ne pas avoir la malhonnêteté intellectuelle de ne s’en tenir qu’aux statistiques des demandeurs d’emploi catg.A de Pôle emploi). je ne suis pas là pour défendre, des activités ne répondant plus à une demande ou des modes de production dépassés mais je prétends que la viabilité en France de nombreuses fabrications serait assurée par une juste et loyale concurrence, elle même dépendante de l’indispensable rééquilibrage des distorsions monétaires, salariales, sociales, normatives et environnementales. Enfin, je suis en désaccord avec vous lorsque vous mettez en exergue le déficit d’accompagnement des perdants comme le problème justifiant la critique du libre-échange. Les chômeurs ne cherche pas prioritairement de l’accompagnement mais de l’activité.
    Bon, j’ai déjà abusé de votre temps, je vais aller voter…

  31. @passant
    Je suis tout à fait d’accord avec vous et j’ai, dans mon commentaire salué la verve et les qualités rédactionnelles de l’auteur de ce Blog. Par contre il ne vous aura pas échappé que j’ai quelques réticences face à l’idéologie sous-jacente. Pour ma part, la courtoisie de votre introduction ne m’a pas échappé et je suis bien conscient qu’il faut que vous ayez « beaucoup de temps à perdre » pour daigner répondre au manant que je suis.
    Sans ironie et rapidement, pour ne pas abuser de votre temps, et parce qu’il est de toute façon peu probable que nous tombions d’accord :
    L’essentiel du déficit commercial français concerne l’Asie (Chine en tête) et l’Allemagne. Vous semblez dire que l’exemple allemand décrédibilise mon discours. J’ai plutôt l’impression que cet exemple illustre parfaitement la politique non coopérative de l’Allemagne. Elle a, depuis quelques années, transféré une bonne partie de ses coûts de protection sociale des entreprises vers les travailleurs. Elle a ainsi réduit la demande intérieure et fait baisser ses coûts de production de 10%. L’évolution des excédents commerciaux allemands s’est donc faite au détriment des partenaires européens (qui n’ont plus l’arme de la dévaluation). Je maintiens donc la dimension déloyale de l’échange. Je ne pense pas non plus que la demande intérieure chinoise soit de nature à équilibrer nos échanges. Je ne prône pas l’autarcie mais l’équilibre des échanges.
    Vous évoquez ensuite la localisation en France d’entreprises étrangères censées contrebalancer les délocalisations. Je doute que le balancier tombe de notre côté (surtout si le comparatif se fait en terme de volume d’emploi) .
    Vous dites également que les effets destructeurs du libre-échange sont beaucoup plus visibles que les effets bénéfiques. Si l’on exclue notre classe dirigeante aveugle, je suis globalement d’accord avec vous mais pense, contrairement à vous, que ce n’est pas une simple illusion d’optique mais une réalité.
    Je me pose la question des solutions permettant de sortir du chômage de masse véritable cancer de notre société (5 millions de personnes en France si l’on vient bien ne pas avoir la malhonnêteté intellectuelle de ne s’en tenir qu’aux statistiques des demandeurs d’emploi catg.A de Pôle emploi). je ne suis pas là pour défendre, des activités ne répondant plus à une demande ou des modes de production dépassés mais je prétends que la viabilité en France de nombreuses fabrications serait assurée par une juste et loyale concurrence, elle même dépendante de l’indispensable rééquilibrage des distorsions monétaires, salariales, sociales, normatives et environnementales. Enfin, je suis en désaccord avec vous lorsque vous mettez en exergue le déficit d’accompagnement des perdants comme le problème justifiant la critique du libre-échange. Les chômeurs ne cherchent pas prioritairement de l’accompagnement mais de l’activité.
    Bon, j’ai déjà abusé de votre temps, je vais aller voter…

  32. Comme Merlin, j’ai été envahit par la question "Pourquoi faut il donc que je partage globalement votre point de vue, mais que je ne sois pas complètement convaincu?"

    C’est votre remarque sur Paris sans doute qui m’a mis sur la voie de ce malaise "Paris intramuros ne produit pas beaucoup de produits industriels, et est pourtant l’une des parties les plus prospères de France".

    J’ai eu une image du moyen âge, ou d’ancien régime … "Le chateau au milieu du plat pays ne produisait rien mais il était la partie la plus prospère"

    Il est là ce malaise. La violence institutionnalisée, fait qu’il n’y a plus de discours économique possible … l’économie ce sont les rapports d’individus libres.

    Dénoncer le "fétichisme industriel" est dans cette perspective complètement vain : il n’y a plus de choix "économique" dans une "économie" ou plus de 50% des volontés et des efforts sont confisqués par "ceux qui savent mieux que les incultes du plat pays, quoi en faire".

    Qu’aurait été l’évolution productive de la France sans cette spoliation … plus personne en fait ne peut en parler en économiste.

    Oui le château, lui, se porte bien.

  33. Vous pouvez vous passer de manger? Je pense que cela suffit à faire tomber la comparaison. A partir du moment où vous tenez un pays par sa nourriture, vous lui faite faire ce que vous voulez.
    Des émeutes pour la faim, c’est courant. Des émeutes pour l’absence de porno, pour le manque de voiture… Il y a bien eu des émeutes pour le prix de l’essence dans certains pays, mais les émeutes de la faim sont quand même les plus courantes…

  34. Impossible de délocaliser un coiffeur ou bien un restaurant (quoique la nourriture peut être importée).

    La défense de l’industrie ne relèvent pas forcément du fétichisme mais aussi de la balance commerciale et de l’équilibre de notre système de prestations sociales. Est-ce qu’il vaut mieux payer des gens aux RMI (avec nos impots) à ne rien faire ou bien les payer au smic avec notre consommation de produits français construits sur place ?

  35. Il me semble que votre billet met de côté deux aspects qui me paraissent être les principaux arguments d’une nécessaire réindustrialisation. A savoir, le pic de production du pétrole et la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.
    Relocaliser la production, c’est limiter l’énergie nécessaire à sa mise à disposition du consommateur.
    C’est l’anecdote du jean d’une célèbre marque dont les différents éléments ont parcouru plusieurs dizaines de milliers de kilomètres avant d’arriver dans le rayon de votre revendeur favori.

  36. Peut-on envisager qu’il y ait aussi une vague arrière-pensée militaire derrière la préférence industrielle : difficile de soutenir une guerre d’envergure et de durée supérieure à un mois sans disposer de l’industrie capable de renouveler le matériel ; et ce n’est pas après la déclaration de guerre qu’il faut se soucier de creuser les mines et d’ouvrir des fonderies.
    On objectera bien naturellement que la guerre moderne ne se fait plus avec des chars, des canons et des obus en quantité astronomique mais avec des instruments précis en nombre limité. Je me permets d’en douter, on n’occupe pas un pays avec des satellites espions…

  37. Désolé, que dis-je navré, je suis confus de vous contredire, vous qui êtes un puits de sciences, un gourou économique, une sommité dans votre domaine:
    sans paysans vous ne mangeriez pas, même si il faut quelques tracteurs…

    Réponse de Stéphane Ménia
    En général, quand on veut discuter avec les gens, on évite de les prendre pour des cons. Et encore, mon pote, t’as du bol que je te publie. Et, surtout, surtout, relis le texte avant de raconter des conneries et de détourner les propos des gens (C’est Stéphane qui signe, pas Alexandre).

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