Alexandre Delaigue

Pour les lusophones

Voilà ce qu’il y a dans ma boule de cristal pour l’année qui commence.

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3 réflexions au sujet de « Pour les lusophones »

  1. L’existence du pacte de stabilité ne vous semble pas être en mesure de réduire le nombre d’hypothèses imaginables à institutions constantes ?

    En France, qui n’y a jamais adhéré sincèrement, la chose est certainement concevable, mais ailleurs ?

  2. bonjour,
    tu pourrais traduire ton article stp?
    Je suis intéressé mais ne comprends pas le portugais.

  3. Comme je suis curieux et non-lusophone, j’ai essayé avec Google. J’espère ne pas avoir commis trop de contresens.

    ————————————————

    L’Europe ne contrôle pas son destin

    En 2009, les pays européens vont enregistrer une croissance faible ou négative et une augmentation de l’endettement public. Les conséquences de long terme dépendront de facteurs extérieurs au contrôle de tout gouvernement.

    Il est toujours frustrant de demander à un économiste ce qui va se passer dans l’avenir. Dans la plupart des cas, en réponse, il se contente de décrire ce qui se passe dans le présent, et nous pensons que les tendances resteront les mêmes demain. Sinon il se fera un plaisir de décrire des événements passés comme s’ils allaient se répéter. Cet article ne renonce pas à la tradition, pour deux raisons. Tout d’abord, parce qu’il y a eu tant de crises économiques dans le passé qu’il serait étonnant que la crise actuelle ne présente pas de points de similitude avec au moins l’une d’elles. Deuxièmement, il y a moins de risque de tromper en décrivant le passé qu’en imaginant l’avenir. A quoi comparer la crise économique actuelle, à l’égard de l’Europe? On peut distinguer différents cas de figure:

    • La crise est semblable à d’autres récentes, telles que celles du début des années 90 ou début des années 2000. Dans cette version, les pays européens sont en récession, avec une croissance économique négative pour une année ou deux. Le chômage augmente partout. Les gouvernements s’efforcent de maintenir le niveau de l’activité économique par le biais de dépenses, le déficit et la dette publique augmentent. Les secteurs automobile, financier et de la construction sont ceux qui souffrent le plus. Mais ensuite, la crise recule et l’économie repart.

    • La deuxième option est la «décennie perdue», vécue par le Japon dans les années 90. Au lieu d’une récession, suivie par la reprise, la croissance de l’économie européenne est au niveau zéro pendant plusieurs années. Les institutions financières continuent de ne pas soutenir les gouvernements et à éviter l’inflation. Ces mêmes gouvernements tentent de réchauffer l’économie par la dépense publique – et de construire des ponts ou des routes à l’utilité douteuse. La dette publique explose.

    • Le troisième scénario est l’Europe des années 70. Il rappelle à certains égards le précédent. La crise économique se propage, la dette et les dépenses des gouvernements à augmentent. La différence est que la Banque centrale européenne desserre le contrôle de l’inflation, qui atteint 5% ou 6% par an dans la zone euro. L’inflation conduit à réduire le poids des dettes et à accroitre la consommation (j’achète maintenant parce que je sais que demain, les prix seront plus élevés): dans certaines circonstances, ce pourrait être un moindre mal. Dans ce scénario de forte inflation, la croissance, cependant, reste faible.

    • La quatrième et dernière étape est sans précédent. Dans cette version apocalyptique, certains gouvernements européens sont incapables d’obtenir les capitaux nécessaires pour relancer leurs économies et leurs banques. Ils font face à une situation de défaut de paiement. La seule issue est l’abandon de l’euro et le retour à l’ancienne monnaie, fortement dévaluée. Certains d’entre eux ont recours au FMI. L’Union européenne est déséquilibrée. Les barrières protectionnistes sont élevées. La situation économique rappelle dangereusement les années 30.

    Aucun de ces scénarios n’est encourageant. Nous n’échapperons pas à une crise si importante sans blessures. Certaines situations, cependant, sont plus inquiétantes que d’autres. Les gouvernements européens ont-ils les moyens d’adoucir ces scénarios ? Il y a des raisons de douter. Jusqu’à présent, ils ont agi comme si la crise actuelle serait le premier scénario: plans de secours temporaire, et souvent avec peu de mesures pour inciter la formation des prix. La Commission européenne cherche à réchauffer l’économie du continent par le biais des dépenses publiques de 1,5% de son PIB. L’examen de ces dépenses, cependant, permet de penser qu’elles n’auront pas d’effets notables. Le ministre allemand de l’Economie s’est même dit hostile à tout plan d’urgence local. C’est que l’Allemagne repose sur de fortes exportations et devrait bénéficier des plans de reprise de ses voisins sans avoir à bouger le petit doigt. Ce pays peut changer d’avis dans quelques mois – trop tard.

    Par-dessus tout, de nombreux facteurs essentiels sont indépendants de la volonté des gouvernements européens. En 2009, les Etats-Unis augmenteront beaucoup leur dette publique. Est-ce que les marchés financiers internationaux seront en mesure d’absorber tous ces titres de la dette publique à un prix raisonnable pour tous les Etats ? Personne ne le sait. En Europe, pour relancer l’économie par des dépenses publiques, il est nécessaire que ces dépenses soient coordonnées, étant donné le degré d’intégration entre les pays. Cette coordination est absente pour le moment et l’expérience montre qu’il est difficile de la réaliser sans avoir beaucoup de temps et beaucoup de négociation. Comme pour le scénario "inflationniste", il dépend de l’attitude de la Banque centrale, indépendante des gouvernements, et de son mandat exclusif pour maintenir la stabilité des prix. Par conséquent, le recours à l’inflation nécessiterait l’unanimité des Européens de nouveau difficile à atteindre.

    Pour le reste du monde, l’Europe n’est pas en mesure de d’être indépendante. Si les États-Unis entrent dans une violente récession, l’économie européenne sera affectée. Si les pays asiatiques, particulièrement la Chine, dévaluent leur monnaie pour accroître leurs exportations, l’effet des dépenses publiques sur la demande sera réduit, car elle se dirigera vers les produits importés.

    La reprise de l’activité économique en Europe dépend d’un changement d’attitude des entreprises et des institutions financières. La crise actuelle provient en grande partie de la leur réticence à prendre des risques, à investir ou à prêter. En attendant un changement d’attitude, les politiques publiques ne peuvent que limiter les conséquences négatives du tremblement de terre. Le problème est que les changements de comportement ne se font pas par décret.

    En résumé, les pays européens, en 2009, enregistreront une croissance faible ou négative, et une augmentation de la dette publique. Les conséquences à long terme des facteurs qui importent pour l’essentiel sont en dehors du contrôle de tout gouvernement. Les pays européens ne sont pas maîtres de leur destin.

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