Alexandre Delaigue

Harry Potter, la protection sociale et la fiscalité

Puisque l’analyse économique d’Harry Potter a déjà été faite, il ne reste plus que la possibilité de s’intéresser à la carrière de l’auteur, J.K. Rowling, dont la carrière suscite deux types de commentaires.

Il est difficile de trouver histoire plus méritocratique que celle de la vie de J.K. Rowling, passée du statut de mère célibataire vivant d’allocations à celui de troisième fortune de Grande-Bretagne en moins de dix ans, simplement grâce à ses talents d’écriture. Une telle réussite est tellement rare qu’il peut sembler absurde d’y chercher des leçons présentant un quelconque caractère général. On peut pourtant en trouver.

Sur la protection sociale : Il faut noter que sans la protection sociale dont J.K. Rowling a bénéficié, cette série de livres n’aurait probablement jamais été écrite. Mais il faut aller plus loin : c’est une forme particulière de protection sociale qui lui a bénéficié, qui n’est pas celle vers laquelle on tend à évoluer. La mode actuelle en matière de protection sociale est en effet au workfare, aux droits « avec contrepartie », en somme, le travail est la situation naturelle de l’individu et les allocations qui lui sont versées doivent l’inciter à sortir de la pauvreté en s’insérant dans l’activité.

L’idée est alors que la pauvreté s’explique par le fait qu’à force d’être sans emploi, les individus sont devenus pratiquement inemployables; il faut donc trouver les moyens de les sortir de la « trappe à inactivité » créée par les allocations sociales (car un individu difficilement employable, s’il essaie de travailler, va en général toucher un salaire inférieur aux allocations qu’il touchait préalablement) en considérant que la sortie de l’inactivité permettra aux personnes, à terme, de se réinsérer et de pouvoir vivre totalement de leur travail. C’est ce principe qui dirige l’idée de Revenu de Solidarité Active, la réforme du welfare américain sous Clinton, et les réformes des allocations-chômage en Grande-Bretagne sous Blair. Dans tous les cas, il s’agit d’inciter au retour au travail, soit en supprimant les effets de seuil entre allocations et salaire, soit par des incitations directes parfois contraignantes.

Appliqué au cas de J.K. Rowling, tout cela constitue une très mauvaise idée. Si elle avait été contrainte à reprendre rapidement une activité, si les allocations avaient été versées de telle façon qu’il était attrayant pour elle de les cumuler avec un emploi, elle n’aurait sans doute pas bénéficié des conditions de vie (très modestes, mais avec du temps libre) lui permettant d’écrire. Elle aurait probablement pris un emploi peu rémunéré et peu qualifié, peut-être finalement repris son activité d’enseignante; sa motivation d’écriture, son temps disponible, n’auraient jamais été les mêmes. On peut imaginer la tête de l’employé des services sociaux chargé de déterminer si elle a fait suffisamment d’efforts pour avoir encore ses droits à allocations lorsqu’elle répondait « j’écris un livre pour enfants avec de la magie et des sorciers »…

A force de se focaliser sur le « retour à l’emploi » on oublie que celui-ci n’est pas forcément une fin en soi, et pose la question de l’utilité de la redistribution : doit-elle être un moyen de survie pour les gens, leur permettant de vivre comme bon leur semble avec ces faibles moyens? Cela implique qu’il y aura quelques J.K. Rowling, et des dizaines de milliers de personnes avachies devant leur télévision s’abreuvant à longueur de journée d’alcool à bon marché. Doit-elle pousser les gens vers l’emploi et « l’insertion », mot pudique qui signifie qu’ils doivent vivre selon un modèle déterminé par des fonctionnaires et des intellectuels qui n’ont jamais connu la pauvreté de leur vie? Dans ce cas, on aura beaucoup de gens se dirigeant vers des activités peu qualifiées, faisant un travail sans grand intérêt, d’autant plus que leurs employeurs n’auront pas trop à se fatiguer pour fournir des conditions de travail attrayantes, la générosité publique se chargeant de l’attrait financier de ces emplois.

La seconde solution n’est pas forcément mauvaise : les études sur la satisfaction des personnes montrent que, toutes choses égales par ailleurs, avoir un emploi rend plus heureux que de ne pas en avoir. L’adage de Coluche (les pauvres ne veulent pas de travail, de l’argent leur suffirait) n’est donc pas si vérifié. Par ailleurs, on constate effectivement qu’avoir un emploi, même non qualifié et tout en bas de l’échelle des salaires, accroît la probabilité d’avoir un emploi meilleur au cours des années suivantes. Mais il ne faut pas se leurrer sur cet effet, qui est très modeste : si la catégorie des gens sans emploi et sans qualifications est celle qui a le moins de chances d’avoir un emploi stable et correctement rémunéré dans l’avenir, la catégorie des personnes exerçant un emploi peu qualifié à tremps partiel n’est pas loin devant, et de quelques pourcentages de probabilité seulement.

Mais l’exemple de J.K. Rowling nous montre que ce n’est pas la seule solution. Qu’inciter les gens à reprendre un emploi rapidement est un choix, pas forcément mauvais, mais qu’il en existe d’autres. Que la logique actuelle des allocations et de la protection sociale tend à négliger la liberté individuelle en cherchant, par divers mécanismes incitatifs, à orienter les personnes dans des directions prédéfinies. Il est sain de se souvenir qu’il y a d’autres voies, et que « se réaliser » peut signifier autre chose que « prendre un emploi sous-payé à mi-temps en continuant de toucher une partie de ses anciennes allocations ».

Autre question, la fiscalité. Quel est l’impôt juste et efficace qui peut s’appliquer à un enrichissement comme celui de J.K. Rowling? En matière de justice sociale, une bonne partie des arguments légitimant une fiscalité lourde sur les grandes fortunes tombe dans son cas. Elle n’a pas fait fortune en bénéficiant d’un monopole, d’un héritage, en contraignant sa clientèle ou en étranglant ses fournisseurs : sa fortune personnelle est exactement proportionnelle à son utilité sociale. Personne n’est obligé d’y contribuer; les lecteurs de livres disposent de millions d’autres références, y compris dans le domaine de la magie et des sorciers à chapeau pointu; elle dépend en totalité de la bonne volonté de lecteurs disposés à dépenser quelques euros en espérant que ses livres leur permettront de passer des moments agréables. En plus du coût financier, s’ajoute l’effort demandé : les ouvrages sont longs, denses, et pour une fraction significative de la clientèle rédigés dans une langue différente de la langue maternelle. Quiconque achète et lit un Harry Potter sait à quoi il s’expose et le fait en pleine connaissance de cause (la facilité d’accès pour un disque est infiniment plus grande).

L’utilité sociale qu’elle apporte, J.K. Rowling n’en bénéficie qu’à hauteur de quelques pourcents, ceux de ses droits d’auteur. Sur quelle base de tels revenus devraient-ils être taxés? Comment légitimer un impôt progressif? On pourrait dire que ce n’est pas la motivation financière, surtout maintenant, qui pousse l’auteur à écrire. Certes, mais au delà de la part de ses revenus nécessaire à l’entretien des activités socialement utiles – comme les allocations qui lui ont été bien utiles au début de sa carrière – en vertu de quoi faudrait-il taxer ses revenus supplémentaires? Là encore, l’impôt optimal, juste et efficace, est plus forfaitaire que progressif. Un impôt tellement progressif qu’il dissuade d’écrire des livres supplémentaires génère une perte sociale infiniment plus grande que les revenus qu’il apporte à l’Etat (sans préjuger en plus de l’utilisation de ces revenus par l’Etat).

Finalement, une dernière remarque : le plus grand succès littéraire de tous les temps était imprévisible. Il n’a été produit par aucune politique culturelle; il ne satisfera pas les idéologues de quelque bord qu’ils soient, puisque son auteur est une mère divorcée qui a bénéficié d’allocations lui permettant de vivre sans travailler, et qu’elle est depuis devenue immensément riche; il comporte des histoires qui ne sont pas particulièrement nouvelles, pas particulièrement originales, mais qui sont l’heureuse combinaison de connaissances et d’idées accumulées dans diverses cultures en des siècles d’un processus aveugle de sélection; à une époque ou l’on pense qu’il suffit d’être volontariste pour apporter des solutions à tous les problèmes, de l’environnement à la pauvreté en passant par les maladies et les accidents de voiture, c’est une leçon qu’on devrait plus largement méditer.

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Alexandre Delaigue

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35 réflexions au sujet de « Harry Potter, la protection sociale et la fiscalité »

  1. Enfin, pour ton point deux, c’est tout de même le fait qu’elle ait pu être "subventionnée" par les allocs chômage qui lui ont permis d’écrire le livre. En ce sens, ses impôts représentent une juste contribution au système qui autorise, même fortuitement, ce genre de chose.

    Bien sûr; l’interrogation porte sur la forme de l’impôt et notamment sa progressivité, pas sur l’impôt lui-même.

  2. Jolie prise de balle au bond. De façon générale, bien que cela soit très bien documenté dans la littérature (même sans sorciers), on oublie souvent deux fonctions de la protection sociale, des allocations-chômage en particulier :
    – permettre une recherche d’emploi suffisamment longue pour permettre un meilleur appariement entre offres et demandes d’emploi ;
    - une incitation à entreprendre et créer en éliminant le côté quitte ou double de l’acte d’entreprise (qui conduit forcément à une prise de risque moyenne sous-optimale).
    En ce sens, au même titre que le système de santé est aussi un investissement en capital humain, les revenus de substitution sont un investissement. Ce qui ne règle pas les problèmes d’asymétrie d’information, mais ne doit pas être évacué d’un revers de main.

  3. Sur le premier point. Les dispositifs d’incitation au retour à l’emploi sont aussi et surtout destinés à éliminer les effets desincitatifs des mécanismes en place. Si la vente de 1000 exemplaires du premier tome des aventures de Harry potter avait fait perdre des allocations à JKR, peut être aurait elle renoncé à le publier. C’est la disparition de ces effets pervers qui est recherchée par les mécanismes type RSA ou impôt négatif. Je ne crois pas que leur objectif soit de rendre la vie des allocataires tellement intenable qu’ils soient obligés de prendre le job le plus pourri.

    SM a raison d’insister sur l’incitation à entreprendre. Les ASSEDIC sont le premier capital-risqueur de France et la plupart des entrepreneurs commencent "en sous-marin" dans leur garage. Il n’est pas pour autant illégitime que l’allocation soit limitée dans le temps à quelques années.

  4. Après l’analyse économique du livre, de la carrière de l’auteur, il ne faut pas oublier l’analyse économique DANS Harry Potter ! Une veritable "Théorie générale" pour l’éventuel chef des f(u)mistes DSK (qui ferait mieux de relire la vraie… ou de la lire tout court). Pour preuve, certaines questions de ses sujets d’examens. Par exemple, celui de février 2007, question 6 :
    « Vers midi et demi, ils entendirent un chariot tintinnabuler dans le couloir du wagon et une jeune femme souriante fit glisser la porte du compartiment.
    – Vous désirez quelque chose, les enfants ? demanda-t-elle en montrant les marchandises disposées sur le chariot.
    Harry, qui n’avait pas pris de petit-déjeuner, se leva d’un bond. Ron, les oreilles à nouveau écarlates, marmonna qu’il avait apporté des sandwiches. Pour la première fois de sa vie, Harry avait les poches pleines d’argent et il était décidé à s’en servir pour s’acheter autant de barres de chocolat qu’il lui plairait. Mais en examinant les friandises que vendait la jeune femme, il s’aperçut qu’elles lui étaient totalement inconnues. Jamais il n’avait entendu parler des Dragées surprises de Bertie Crochue, des Ballongommes du Bullard, des Chocogrenouilles, des Patacitrouilles, des Fondants du Chaudron ou des Baguettes magiques au réglisse. Comme il ne voulait rien manquer, il acheta un peu de tout et donna à la jeune femme les onze Mornilles et sept Noises qu’elle lui demanda. »
    (Extrait de : J. K. Rowling, Harry Potter à l’école des sorciers, 1997.)
    La consommation de Harry est de onze Mornilles et sept Noises.

  5. Je ne suis pas sûr que la série des sept Harry Potter soit le meilleur exemple pour illustrer l’aspect désincitatif de l’impôt… Je vois mal JK Rowling dire à ses lecteurs "Ecoutez, vous êtes gentils, mais là je viens de passer à la tranche supérieure de l’impôt, alors j’ai pas le courage d’écrire le septième tome. Bon aller, je vous raconte : trucbidule meurt à la fin."

    Plus sérieusement, pour un auteur, encore plus que pour un innovateur, les droits de monopole que lui assurent les règles de la propriété intellectuelle et morale, sont censés être ce qui la compense du surplus social qu’elle n’engrange pas elle-même. Je me trompe peut-être, mais étant donné que l’effort est un coût fixe, la combinaison droit de monopole+impôt progressif permet de ne pas taxer si le livre ne marche pas, mais de ne pas désinciter s’il marche.

    Sur tout le reste, je trouve votre article excellent, surtout sur l’illustration de la philosophie du workfare. Ca m’a fait penser au débats autour du régime des intermittents, qui correspond exactement à l’idée que le "loisir" puisse être producteur de valeur.

  6. Encore une… en fevrier 2006 :

    « La boutique n’était pas très grande et les murs étaient entièrement recouverts de cages. Il y régnait un vacarme permanent, accompagné d’une forte odeur. Les créatures qui occupaient les cages passaient leur temps à piailler, couiner, caqueter, siffler. Derrière le comptoir, une
    sorcière donnait des conseils à un client sur les soins à prodiguer aux tritons à double queue.
    Pendant ce temps, Harry, Ron et Hermione examinèrent les créatures enfermées dans les cages.
    Deux énormes crapauds violets gobaient des cadavres de mouches à viande en émettant des bruits de succion. Une tortue géante à la carapace incrustée de pierres précieuses étincelait près de la vitrine. Des escargots venimeux de couleur orange rampaient lentement sur les
    parois de leur cage de verre et un gros lièvre blanc se métamorphosait sans cesse en chapeau haut de forme dans un bruit de pétard. Il y avait aussi des chats de toutes les couleurs, une cage pleine de corbeaux jacasseurs, un panier de petites créatures à fourrure qui chantonnaient bruyamment et, sur le comptoir, une grande cage remplie de rats noirs qui sautaient à la corde en se servant de leurs queues.
    Le client au triton sortit de la boutique et Ron s’approcha du comptoir.
    – J’ai des ennuis avec mon rat, dit-il à la sorcière. Il est un peu patraque depuis qu’on est allés en Egypte.
    – Mettez-le moi sur le comptoir, dit la sorcière en sortant une paire de grosses lunettes noires.
    Ron extirpa Croûtard de sa poche et le déposa à côté de la cage remplie de ses congénères qui cessèrent aussitôt leurs jeux et se précipitèrent sur les barreaux pour le regarder de plus près ».
    (Extrait de J. K. Rowling, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, 1999.)

    38. Le fait que la sorcière qui tient cette boutique utilise des cadavres de mouches à viande pour nourrir ses crapauds constitue une incitation économique à la multiplication des mouches à viande.

  7. @Merlin

    Il est peu probable que Rimbaud ait arreté sona ctivité première par manque de ‘subventions’. Je dirais même que je ne suis pas ûr que le fais d’être énormément rémunéré pour ce qu’il produisait l’aurait interressait énormément, puisque cela aurai été une forme d’enbourgeoisement incompatible avec sa vie de bohême. Et puis j’aime à croire qu’il ait arreté d’écrire par épuisement de son inspiration adolescente.

  8. Le cas de J.k. Rowling illustre aussi le fait que de plus en plus des produits consommés sont dans une logique de coût fixe assez élevé et de coût marginal faible, ce qui assure une très forte inégalité de résultat économique en fonction du succès du dit produit
    C’est valable pour Harry Potter, les logiciels de Microsoft et les matchs du Réal de Madrid, ce qui fait la richesse de la sus nommée mais aussi de Bill Gates ou Zinedien Zidane

  9. Ce papier me laisse un peu sur ma faim, sauf quant à sa conclusion. C’est toujours un rien périlleux d’illustrer un propos à l’aide d’un exemple.

    Il y a, me semble t’il, un préjugé : quels indices avons nous nous permettant d’établir que J.K. Rowling n’aurait pu écrire "avec la même énergie" si elle avait bénéficié d’un emploi ? Dans une phase initiale (eg avant le succès) sans doute un peu moins de temps disponible, mais est-ce vraiment le (un) facteur clef ?

    En complément, poser la question de la redistribution selon la simple équation du nombre de J.K. Rowling versus le nombre d’alcolos baffrant des chips en matant XXL me semble un peu biaisé. La littérature en particulier ou l’art en général n’ont pas attendu l’instauration des allocs pour exister : est ce vraiment le but ou l’utilité d’un système de redistribution ? De plus J.K. Rowling a t’elle la moindre "utilité sociale" ? C’est discutable sauf à admettre que par la magie de son écriture des millions de petits gnenfants ont accédé aux joies de la lecture … Enfin il me semble (et c’est le seul fruit de l’observation d’amis, pas plus "scientifique" que de poser J.K. Rowling en équation général, donc) que les gens qui tentent de produire de l’art ont des contraintes plus complexes à assumer lorsqu’ils n’ont pas par ailleurs un job ou l’autre. Ils vivent alors un déclassement social assez dépréciant (dont je ne sais si il peut jouer un rôle moteur ou non sur leur art, je doute) tout en n’ayant plus de (refusant tout) retour clair sur la qualité de leur production, car vivant de minimaux ( avec la facile justification de l’élitisme contre la masse et le marché, voir le papier de Hugues par exemple ;-) ).

    Tout ce verbiage pour revenir à mon point précédant : il ne m’est pas clair que la protection sociale permette la création, j’ai plutôt la vision de gens qui gâchent ainsi leurs talents dans une immobilité, un marasme dont ils peinent à sortir. Cela peut certes faire littérature, mais Angot a trusté le marché.

    La créativité, la valeur travail, la redistribution, la valeur oisiveté etc. me semblent avoir été un peu trop facilement mixé à la louche dans ce post ?

    La partie à laquelle vous vous référez s’interroge simplement sur la réinsertion et le workfare à partir d’un exemple. Vous regardez à mon avis trop l’exemple et pas assez le problème général, qui est qu’en voulant « aider » les gens en les poussant à prendre un travail rapidement, on génère des effets positifs surestimés et des effets négatifs mésestimés.

  10. Une chose que je n’ai jamais comprise c’est pourquoi on ne fait pas signer aux allocataires un papier s’engageant s’ils deviennent riches à contribuer significativement (payer plein d’impôts) ? De même pour les X ou les normaliens dont la formation coûte cher à l’Etat et dont les mauvaises langues disent que certains partent ensuite très heureux dans des entreprises où ils gagnent des sommes importantes sans avoir contrairement aux américains des grandes universités à rembourser des frais de scolarité importants ? [Je ne veux pas vraiment discuter la véracité de ce dernier élément ni la question de l'engagement décennal/pantoufle. Mais plutôt, en admettant que les méchants X ..., pourquoi ...]. Honnêtement, à 20 ans j’aurais signé sans sourciller et si j’étais au RMI j’aurais autant signé — après tout, rien à perdre.

  11. Ben parce que c’est déjà le cas et qu’on n’a pas le choix ! un ancien allocataire qui devient riche DOIT payer ses impôts (qu’il ait signé quoi que ce soit ou pas, le consentement à l’impôt – de "imposer" – n’est pas un phénomène individuel), avoir été au RMI ne vaut pas exemption fiscale à vie.
    Le problème est différent pour les X et normaliens : les premiers sont militaires et sont censés servir l’armée pendant leurs années d’étude, c’est en tant que tels qu’ils sont rémunérés (on trouve ça bien ou pas, mais c’est ainsi). Les seconds sont rémunérés en tant qu’élèves fonctionnaires et en contrepartie d’un "engagement décennal" à servir l’Etat (= à compenser ce salaire en travaillant pour le secteur public) ; et ceux d’entre eux qui partent en entreprise violent ce contrat et sont tenus de rembourser leur salaire. Après ils ne le font pas, mais c’est une autre histoire…
    La question se pose donc finalement pour ceux qui, ayant étudié en France (et il ne faut pas croire : il n’y a pas que les X ou normaliens qui coûtent cher à l’Etat), s’en vont ensuite à l’étranger et ne payent donc pas d’impôts (=ne remboursent pas, si vous voulez). On peut imaginer que ceux-ci aient à rembourser ce qu’a coûté leur scolarité. Un peu totalitaire, peut-être…

  12. @ anony;ous coward et Emmeline

    Si on considere que toute personne ayant beneficie d’aide au sens large doit payer des impots par la suite alors, ca se generalise assez vite a toute la population:
    Grosso modo, chacun est ce qu’il est en partie grace a differents biens publics fournis par diverses administrations: l’ecole (meme privee qui pour l’essentiel sous contrat, vit largement des subsides de l’Etat), les organismes de sante, defense, police et justice… etc…
    Je ne comprends pas bien pourquoi le fait que l’on percoive en nature (l’apprentissage de l’ecriture dans le cas de JK R) soit plus pertinent que le paiement d’allocations et de salaires…
    (pas sur par ex. que les annees d’apprentissage de 3 a 20 ans d’un futur normalien ne coutent pas au final plus cher que le salaire dont il beneficiera pendant 4 ans)

    A ce jeu la, tout le monde doit payer des impots…

  13. Quid alors d’une allocation unverselle, plutôt qu’un RMI ?

    Autre chose : Pourquoi n’y a-t-il pas de JK Rowling en France, puisqu’après tout la réforme en question n’a pas encore eu lieu en France…?

    La première question est très importante et très négligée : que veut-on faire pour les pauvres? Il y a dans l’idée « d’insertion » une forme de patronage, de paternalisme visant à leur ôter leur liberté pour qu’ils vivent selon un modèle défini par des gens qui font un travail agréable. QUe la redistribution permette aux gens de vivre, c’est une chose; qu’elle soit le prétexte à diriger leur vie, c’en est une autre.
    Pour la seconde question, il faut distinguer condition nécessaire ou facilitante, et condition suffisante.

  14. "(…)en vertu de quoi faudrait-il taxer ses revenus supplémentaires? Là encore, l’impôt optimal, juste et efficace, est plus forfaitaire que progressif. Un impôt tellement progressif qu’il dissuade d’écrire des livres supplémentaires génère une perte sociale infiniment plus grande que les revenus qu’il apporte à l’Etat (sans préjuger en plus de l’utilisation de ces revenus par l’Etat)."

    mouais, sur le critère d’efficacité, tu pars de l’hypothèse implicite que l’impôt progressif serait désincitatif. Est-ce que, si elle avait vendu dix fois moins de livres (et donc si son revenu avait été 10 fois moins élevé), elle aurait écrit moins de livres ou fait moins d’efforts pour les écrire ? Balzac a beaucoup moins bien gagné sa vie avec son écriture (même relativement), cela ne l’a pas dissuadé de continuer à écrire. Il est bien connu que beaucoup d’artistes n’ont jamais vraiment connu de succès économique. D’un strict point de vue des incitations financières, ils auraient probablement du changer de métier… Mais tu concèdes par avance cet argument ("On pourrait dire que ce n’est pas la motivation financière, surtout maintenant, qui pousse l’auteur à écrire."), pour mieux le contourner…

    L’effet revenu peut également être plus fort que l’effet substitution (pour parler comme un économiste): si Balzac avait gagné une fortune avec le Père Goriot, il n’aurait peut-être pas écrit Illusions perdues et toute la Comédie Humaine… Dans ce cas là, l’imposition peut même être incitative (Combien de fois n’a t’on pas entendu sur un plateau télé qu’une personne écrivait un livre / composait un disque / faisait une tournée … pour payer ses impôts ? Même si ce n’est généralement pas les meilleures oeuvres).

    L’impôt forfaitaire serait non seulement efficace mais juste. Selon quel critère de justice ? Pour compléter l’argument de Verel, l’édition comme le sport est un secteur où il existe de très forts effets d’agglomération : l’utilité liée à la lecture du livre augmente avec le nombre de lecteurs (parce qu’on peut en parler à la machine à café, commenter sur les blogs ; les références communes produisent du lien social…). Cela crée une économie de superstars où quelques personnes raflent la mise. Des petites différences initiales (voir même le hasard) peuvent générer d’énormes différences de revenus. Dans ce type d’économie, est-il juste de ne pas opérer de redistribution ? La NBA (où il ne peut être question de hasard, les différences initiales sont essentiellement des différences de talents) est fortement règlementée au niveau des salaires afin d’éviter que les superstars captent l’intégralité des revenus (au détriment des autres joueurs mais aussi des propriétaires) : les salaires sont plafonnés au niveau des équipes et il existe un salaire minimum relativement élevé. On peut dire que les joueurs NBA ont une attitude rawlsienne (que j’utilise de manière vulgaire) : ils savent qu’ils ont une chance de devenir une superstar et de rafler la mise mais ils préfèrent une distribution plus homogène. L’impôt peut alors être considéré comme une forme d’assurance (à l’envers) : ex-ante, en connaissant sa probabilité de gagner des milliards avec ses livres (qu’elle aurait probablement jugé très faible), Rowling aurait certainement opté pour un système à imposition élevée et redistribution vers les auteurs malchanceux…

  15. Arcop : "tout le monde doit payer des impôts" car tout le monde s’est construit grâce à l’Etat, je suis entièrement d’accord avec vous. D’ailleurs tout le monde paye des impôts !
    Je ne faisais que répondre à AC. (cela dit je n’ai pas compris le laius sur les "avantages en nature" de JK Rowling).

  16. «Cela implique qu’il y aura quelques J.K. Rowling, et des dizaines de milliers de personnes avachies devant leur télévision s’abreuvant à longueur de journée d’alcool à bon marché.»

    Monsieur DELAIGUE,
    Lecteur attentif de vos articles, je m’étonne de la présence parfaitement inutile de ce stéréotype facile et injurieux. Vous savez d’ordinaire présenter vos opinions sans caricature ni pathos.

    depuis le temps, vous devriez être habitué à ce genre de second degré :-)

  17. La réponse d’Emmeline est en gros celle de la réciprocité: les pauvres vont rembourser quand ils deviendront riches. Bien. Mais le problème est justement d’éliminer les contournements induits par la composante volontaire de la réciprocité: les normaliens qui se barrent au MIT, les Johnny qui partent en Suisse, etc. En réalité je sous-entendais que l’Etat pouvait même les raquetter en profitant qu’en général on est adversaire du risque, et ainsi remplir les caisses à peu de frais. Mais il y a un frein psychologique à raquetter les gens matériellement ou intellectuellement aisés à savoir qu’ils sont en général nos amis, nos pairs, etc. Tu vois Johnny se faire confisquer ses biens et interdire de territoire comme dans les bons vieux temps ? En revanche, tant qu’elle n’est pas riche J.K. Rowling ne bénéficie pas de l’effet d’accointance, on peut donc la raquetter en toute bonne conscience, tout en expliquant au peuple que c’est bien normal car elle a bénéficié des largesses de l’Etat, et en rassurant ses amis PDG du CAC40.

  18. Ahaaa… déjà, contente de voir que nous sommes d’accord pour la circonscription du problème (les vilains qui, n’aimant pas la France, la quittent).
    Ensuite, votre raisonnement tient, et c’est finalement celui du gouvernement Blair quand il a mis en place les frais d’inscription dans les universités britanniques, remboursables en fonction du salaire gagné plus tard.
    Le problème se trouve alors dans l’asymétrie infligée aux citoyens : étant polytechnicien (désolée pour l’exemple caricatural aux X égarés sur ce blog, en même temps est-ce si caricatural ?) fils de Bolloré, je bénéficie de l’effet d’accointance (y a t il une corrélation entre le séjour sur le yacht et l’époque où tous les petits prépas passent des concours ?), je ne signe pas. Etant polytechnicien boursier et sans piston dans la vie, je signe. Et l’ascenseur social est Gros-Jean comme devant !

  19. Belle analyse des allocations sociales.

    Mais nous ne voyons pas de raison d’appliquer à Rowling un barème spécifique d’impôt. Certes elle n’a pas volé son argent et elle ne doit son succès qu’à son talent, mais rappelons que si des millions de lecteurs peuvent acheter ses livres, c’est aussi parce qu’ils bénéficient d’allocations, et il serait donc juste qu’elle contribue comme tout le monde au système de solidarité (dont elle a par le passé bénéficié).

    De plus, écrire : "sa fortune personnelle est exactement proportionnelle à son utilité sociale" est plutôt gonflé. Si Harry Potter n’existait pas, l’humanité ne s’en porterait pas plus mal ; et selon le barème de l’"utilité sociale", les chercheurs en médecine ou les bénévoles des restos du coeur devraient être largement plus riches qu’elle, non ?

    C’est le problème classique de l’eau et des diamants que vous posez là! Premièrement, n’oubliez pas que « proportionnel à » ne signifie pas « égal à ». L’argument se limite à constater que chaque fois qu’elle vend un livre supplémentaire, l’utilité sociale de son travail augmente (un  consommateur de plus) et son revenu aussi. Et dans ce cas, il n’y a aucune contrainte exercée sur les lecteurs, même indirecte. Au passage, l’utilité sociale pour moi est nulle : je n’ai jamais lu aucun Harry Potter, ni vu aucun des films.

  20. Dans son billet, Alexandre Delaigue a écrit : "L’utilité sociale qu’elle apporte, J.K. Rowling n’en bénéficie qu’à hauteur de quelques pourcents, ceux de ses droits d’auteur."
    Ah bon ? Se serait-elle fait rackettée ?
    Je croyais que l’utilité sociale d’un travail égalait le montant de sa rémunération, corrigé des effets externes. J’ai du raté l’article d’Alexandre Delaigue démontrant l’inutilité sociale des éditeurs, imprimeurs, transporteurs et distributeurs de livres.

    D’autre part, la partie du billet traitant des contreparties aux allocations me paraît déraisonnable.
    Alexandre Delaigue émet l’hypothèse qu’il peut être profitable à la collectivité de subventionner des personnes sans emploi et n’en cherchant pas. Certains de ces chômeurs créeraient plus tard grâce à cette aide, à l’instar de J.K. Rowling, beaucoup de valeur et pairaient beaucoup d’impôt (tandis que d’autres créeraient moins de valeur et paieraient peut d’impôts). En l’absence d’externalité positive notable (comme c’est le cas de la diffusion des aventures de Harry Potter), je ne vois pas pourquoi l’Etat se lancerait dans ce type d’activités : des investisseurs aimant le risque pourraient fort bien miser eux-mêmes sur les chômeurs ne voulant pas s’"insérer" et susceptible de créer une valeur inhabituellement forte comme l’a fait J.K. Rowling.

    L’utilité sociale d’un travail est égale à ce que les gens sont disposés à payer pour en bénéficier. Dans le cas de l’écriture d’un livre, les droits d’auteur correspondent donc à un pourcentage (dérisoire) de ladite utilité sociale. Cela ne change rien à l’utilité de l’éditeur et autres circuits de distribution. Cela indique simplement que l’auteur ne touche qu’un faible pourcentage de ce qu’il apporte aux autres.

    Par ailleurs vous vous placez dans une perspective bien curieuse pour votre analyse. Vous présentez les aides aux chômeurs comme un « investissement public » pour toucher plus de revenus fiscaux ensuite. Outre que c’est une absurdité, ce n’est absolument pas la question ici. Il s’agit simplement de s’interroger sur des mécanismes de réinsertion fondés sur l’incitation au retour au travail rapide des chômeurs. Présentés comme relevant du bon sens et de la raison, ces mécanismes ont en fait des conséquences imprévues. Par ailleurs, je sais que ces remarques sont impolies sur internet, et m’en excuse, mais de grâce, révisez votre usage du participe passé et de l’infinitif.

  21. "Au passage, l’utilité sociale pour moi est nulle : je n’ai jamais lu aucun Harry Potter, ni vu aucun des films.".

    Dommage, c’est franchement pas mal ! cela dit, la VO est nettement meilleure que la traduction française : à quand un billet sur la désutilité sociale du traducteur (qui en plus désincite à apprendre l’anglais) ?

  22. Concernant l’intérêt du traducteur, il me semble bien que concernant un ouvrage destiné à des enfants, la traduction est absolument indispensable.
    (pour moi aussi, mais c’est un autre problème :) )

  23. Emmeline, la question initiale était quand même celle de l’impôt qu’il est possible d’appliquer à Rowling et ma réponse en quelque sorte le truisme "on peut facilement imposer à hauteur de ce que l’autre accepte de se faire ôter".

    Quand j’étais en DEA, un A/L en thèse m’a un jour déconseillé d’en faire une car c’était une arnaque : non seulement on est moins payé que lorsqu’on était élève mais en plus, on ne cotise même pas pour la retraite. Eh bien moi j’ai été heureux de me faire arnaquer. Je suppose qu’après plusieurs générations dans le milieu on doit se dire que si l’Etat se montre généreux c’est parce que je le vaux bien.

    Je comprends bien qu’on n’ait pas très envie d’organiser un système ouvertement basé sur la dissymétrie (réelle pourtant) entre les citoyens. Mais je ne vois pas pourquoi ça gripperait l’ascenseur social.

  24. J’ai l’impression qu’il y a pas mal de confusions sur la notion d’utilité sociale. Elle correspond à la somme des propensions à payer des individus et des externalités c’est-à-dire des effets qui ne peuvent pas passer par un système de prix. La propension à payer, cela a une traduction monétaire simple : si on se plaçait dans un monde où chaque personne déclarait la somme à laquelle il serait indifférent entre acheter Harry Potter et garder cet argent, le total ainsi extorqué donnerait l’utilité totale privée. Et quand on voit les gens faire la queue devant une librairie à une heure du matin, je pense que cela signifie bien qu’ils seraient prêts à débourser bien plus que les 40 euros (je crois) que cela coute. Et après, il faudrait encore ajouter les effets externes, qui sont très grands, contrairement à ce que disent certains commentateurs. D’abord il est clair que pour un livre acheté il y aura deux ou trois lecteurs voire plus. Ensuite, le nombre de discussions, de commentaires, de fanfics, l’imagination et l’apprentissage de l’Anglais que ce bouquin engendre… sont des choses qui ne sont pas directement dans cette propension à payer (parce qu’on achète pas HP pour ça) mais sont intégrées dans l’utilité sociale. Et même vous (et moi) qui ne l’avez peut-être pas lu, mais qui, j’en suis sur, avez une soeur, un ami, un fils qui vous a fait profiter de ses grandes théories sur Voldemort de manière plaisante (dans mon cas c’est la soeur). Bref, il me semble que vue ainsi, on pourra difficilement dire que l’utilité sociale est nulle, quand bien même on serait le pire des élitistes.

  25. C’est la première fois que je vous vois raisonner comme un non économiste. Que concluez-vous ? Qu’il faut un système « généreux » d’aide sociale ET moins d’impôt. Pourtant, c’est chez vous que j’ai lu que la question centrale de l’économie était l’allocation de ressources rares.

    Sur le système d’aide sociale, les questions que vous posez ont leurs pertinences. Elles ont leur pertinence, à partir du moment où on considère qu’il existe une somme d’argent fixe à distribuer aux « nécessiteux ». A partir de là, on peut considérer comme inique d’imposer des critères pour la distribution de cet argent.

    Mais ce n’est pas le cas, cette somme d’argent est prise à d’autres acteurs. Ces acteurs (la société pour faire court) ont le droit de se poser des questions sur le montant des sommes distribuées et sur les critères de distribution retenus.

    Quand vous écrivez : « Il y a dans l’idée "d’insertion" une forme de patronage, de paternalisme visant à leur ôter leur liberté pour qu’ils vivent selon un modèle défini par des gens qui font un travail agréable. ».

    C’est vrai. Mais si cette idée est insupportable à la personne qui reçoit l’aide sociale. Et bien qu’elle s’en passe et fasse en sorte d’obtenir les ressources nécessaires à sa subsistances par d’autres moyens.

  26. @ AC : Je ne suis pas sûre d’avoir compris votre dernier commentaire (ni surtout ce que vient y faire l’allocation de thèse). Quoi qu’il en soit, je bondis sur la phrase "on peut imposer à hauteur de ce que l’autre accepte de se faire ôter" : cela veut-il dire que les gens qui souhaitent plus d’Etat, donc plus d’impôt (les gens "de gauche", en très très gros) doivent payer plus que les "libéraux" qui souhaitent un Etat strictement régalien, sachant que les deux bénéficieront des mêmes services ? outre l’injustice flagrante, ça me paraît aller contre le principe constitutionnel d’égalité devant la loi/l’impôt !

  27. Markss > Ensuite, le nombre de discussions, de commentaires, de fanfics, l’imagination et l’apprentissage de l’Anglais que ce bouquin engendre…

    A nous les petites Anglaises? ;-)

    s/Anglais/anglais/

  28. @ Emmeline: L’allocation était un exemple de "service" que l’un est disposé à payer beaucoup plus cher que l’autre. Je prétendais établir un exemple plus simple que l’impôt (et me moquer un peu des normaliens puisque les X ont déjà pris).

    D’après le peu que j’ai cru comprendre du "yield management" on y vend des produits équivalents à des prix différents en fonction de ce que les clients sont prêts à payer. Dans un certain sens ma question initiale était "pourquoi personne n’a songé à faire de même avec l’impôt" et une bonne dose de mauvaise foi basée sur un argument fallacieux de "contrepartie aux aides précédemment perçues".

    Depuis le début tous mes commentaires sont passablement cyniques. Je suis surpris que tu ne t’en plaignes que maintenant. Il ne faut pas non plus les prendre trop sérieusement, je ne fais que remarquer qu’on pourrait facilement en racketter certains. Pas qu’il faut le faire.

  29. @ AC : toutes mes excuses. C’est dire le niveau de désespoir où je suis tombée : autant j’avais vu l’ironie dans vos précédents commentaires, autant effectivement j’ai pris cette phrase-là au premier degré… car je l’ai entendue maintes fois proférée avec le plus grand sérieux par des gens au demeurant pas si primaires (médecin, cadre supissime, …) quand j’expliquais pourquoi le paquet fiscal ça creusait le déficit (ah que visiblement c’est pas évident pour tout le monde, ah que on dépense pas de l’argent inutilement donc pas gaspillage (=pas déficit – si si), ah que on le laisse aux gens qui l’ont honnêtement gagné ah la sueur que leur front…). Désolée donc.

    Mais quelque part ma sainte indignation répond un peu à l’idée du yield management : on ne peut pas faire plus que ce qu’on fait déjà (l’impôt étant – un peu – progressif, on ne fait pas payer 50 000 euros par an à un smicard, c’est un début) parce que ce que je suis prête à payer dépend de ce que les autres "clients" sont prêts à payer !

    Et pis bon, allez donc designer un truthtelling contract mechanism de l’imposition, et après on voit si on peut facilement s’en servir pour racketter. Remarquez, ça ferait une super idée d’article !

  30. @Emmeline : Tu as raison de souligner que le yield management suppose une information asymétrique – qu’il convient d’organiser tout en continuant de ne jurer que par la transparence. Mais en général ça se vérouille assez bien : le système éducatif a réputation d’être un exemple type de système à information désequilibrée (les catégories éduquées en profitent mieux en raison de la connaissance qu’ils en ont) alors que toutes les informations sont en théorie publiques.

    Mais dans le yield management classique on maximise le profit tout en évitant que le client parte chez les concurrents (d’ordinaire j’appelle ça trouver l’injuste prix). Ici, l’Etat a des moyens de coercision tout à fait sympathiques pour empêcher les citoyens de partir à l’étranger. Donc avec un bon mélange de répression, de propagande et de cloisonnement de l’information on devrait y parvenir sans trop de mal.

    Enfin, ma petite, me vouvoyer alors que je te tutoie c’est me donner un avantage rhétorique dont je ne me priverai pas.

  31. @ Anonymous Coward : il me semble que les exemples que vous donnez plus haut vont exactement à l’encontre de ce que vous dites : c’est précisément sur les individus qu’il voudrait le plus pouvoir rester que l’État a le moins de levier pour les empêcher de partir (parce qu’il se trouvera un autre pays prêt à leur faire de meilleures conditions).

  32. Je n’ai jamais aimé être grande (d’ailleurs je ne le suis pas), et je vouvoie tout le monde sur les blogs (web 2.0 n’est pas web de gardage de cochons) sauf accord explicite et non sollicité de mon honorable allié/contradicteur…

    Bon, cette fois (et avec explicitation du recours à la violence légale) je suis pratiquement d’accord, mais comme je ne peux pas l’être tout à fait, je rétorquerai qu’ici c’est précisément aux catégories les plus éduquées (ça se recoupe pas mal avec "les plus riches", quand même – certes avec la regrettable exception des doctorants et docteurs) qu’on voudrait faire suer leurs bas de laine ; et que mon objection "je paie si les autres paient" n’est toujours pas résolue (et toc !).

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