Alexandre Delaigue

L’autre débat inutile : misère de la politique macroéconomique européenne

L’Europe est riche en débats qui ne mènent à rien. Les débats qui ne mènent à rien sont des discussions en général savantes, passionnées, dans lesquelles sont échangées des arguments plus ou moins justes et intelligents… Mais qui ne servent à rien, car ils passent totalement à côté de l’essentiel. Dans le genre, il y a le débat social (la France doit elle changer son modèle social pour devenir comme les allemands anglais hollandais irlandais les derniers en date sont les scandinaves) dont on avait parlé ici il y a quelques temps. Telos nous offre un autre débat de ce style : la politique macroéconomique, ou le choc des titans : la demande contre l’offre.

Ce qui est parfaitement déprimant à la lecture de ces articles se répondant de Xavier Timbeau et Charles Wyplosz, c’est à quel point ils parviennent à avoir raison et tort tous les deux, pour finalement conduire le débat à passer à côté de l’essentiel.

Commençons par Wyplosz : il a raison de dire que le chômage et la faible croissance en Europe sont dus en grande partie à des problèmes d’offre, à des règlementations inadaptées qui favorisent systématiquement les entreprises en place au détriment des nouvelles, les insiders par rapport aux outsiders; Et qu’une croissance plus forte en Europe à long terme nécessite de s’attaquer à ces obstacles.

Ces arguments sont valides; mais cela n’invalide pas pour autant l’analyse de Timbeau. Si l’on voulait expliquer ce qui s’est passé en termes de croissance dans les grands pays d’Europe continentale au cours des 5 dernières années, on peut le résumer de la façon suivante : – L’Allemagne, entrée dans l’euro avec une parité surrévaluée, a rétabli sa compétitivité en procédant à des « réformes » consistant surtout à tailler dans les coûts salariaux des entreprises. Résultat, une consommation intérieure atone, et un fort excédent commercial. En deux mots, la désinflation compétitive. – Dans le même temps, l’Italie a suivi exactement le chemin inverse : les coûts salariaux et de production y ont augmenté plus vite qu’ailleurs, et à cela s’est ajouté une spécialisation fortement soumise à la concurrence asiatique. L’Italie a donc subi une forte baisse de compétitivité, qui fait de ce pays le vrai homme malade de l’Europe, au point qu’on peut s’interroger sur sa capacité à rester dans l’Euro. – Entre ces deux extrêmes, nous trouvons des pays comme la France et l’Espagne, qui ont eu une conjoncture plutôt meilleure que le reste de l’Europe continentale, grâce à un soutien exercé sur la demande, à la mode américaine (en termes macroéconomiques, et aussi incroyable que cela puisse paraître, ces deux pays ont été les plus américains des pays européens au cours des 5 dernières années). Et cette demande a été soutenue un peu par des déficits publics, et surtout, une considérable hausse des cours de l’immobilier, comparable à ce qui a prévalu aux USA.

En d’autres termes, le keynésianisme hydraulique n’est pas mort, et détermine encore assez largement les conjonctures européennes. Allons même plus loin : sans le passage à la monnaie unique, l’Italie se porterait mieux, parce qu’elle aurait pu compenser sa perte de compétitivité-prix par une dévaluation; et l’Allemagne n’aurait eu aucun intérêt à rétablir la sienne en taillant dans ses coûts salariaux (puisque cet avantage péniblement acquis aurait pu être anéanti en une seconde de fluctuation des cours des devises). Wyplosz présente l’argumentation de Timbeau comme celle d’une défense de politiques de « relance par la demande » (ce en quoi il n’a pas entièrement tort, on va y revenir); mais le problème de fond est la perte de la flexibilité qu’a représenté la monnaie unique.

Est-ce forcément un problème? Pour beaucoup de gens, l’Euro avait précisément cet avantage de supprimer la possibilité de différer les réformes importantes en procédant à des dévaluations. On espérait que cela constituerait une incitation pour procéder à des réformes du fonctionnement du marché du travail, nécessaires par ailleurs pour lutter contre le chômage. L’euro allait donc agir comme contrainte vertueuse, en obligeant les gouvernements européens à s’attaquer enfin aux causes du chômage structurel dans leurs pays, plutôt que de se contenter de soutiens temporaires via la dépense publique et les fluctuations des devises nationales. Mais cela ne s’est pas produit, bien au contraire : aujourd’hui, les politiques de rétablissement de la compétitivité menées dans les différents pays sont des obstacles à la mise en place des vraies réformes utiles, celles qui permettraient d’élever la croissance en Europe.

Pourquoi? On peut en avoir une idée en lisant l’argumentation de Wyplosz. Sa présentation est bien connue : réduire les coûts accroît les bénéfices des entreprises, mais cet argent n’est pas perdu pour autant, il peut être réinvesti. De même, la réduction des coûts se répercute en partie dans les prix, ce qui réévalue les salaires en termes réels : on peut espérer que tout cela ne produira pas d’effet récessif. Wyplosz oublie un simple détail, qui est le fait que dans une économie mondialisée, les bénéfices réalisés sur un territoire peuvent être réinvestis ailleurs. Et c’est d’ailleurs largement le cas : il y a aujourd’hui dans tous les pays développés un décalage complet entre la performance des grandes entreprises nationales, qui sont de plus en plus mondialisées, et les conjonctures des pays d’origine de ces entreprises. Wyplosz nous explique que les réformes allemandes ont été bien modestes, et que les entreprises les plus performantes d’Europe réclament avidemment de nouvelles réformes; mais on peut comprendre que les salariés européens ne goûtent guère la potion réformatrice qui leur est concoctée.

Que les grandes entreprises mondialisées désirent des réformes qui réduiront leurs coûts salariaux et accroîtront leur compétitivité, c’est assez compréhensible : personne n’est contre un repas gratuit. De telles réformes signifient pour elles des profits accrus sans rien faire. Pour les salariés européens, ces réformes peuvent se traduire en anglais par « all pain, no gain » : beaucoup d’efforts supportés pour aucun avantage obtenu. Car les gains de compétitivité des entreprises obtenus par la baisse des coûts salariaux ne se retrouvent pas dans l’emploi et la croissance nationale à long terme. Il n’est donc pas très étonnant que de telles « réformes » suscitent l’hostilité générale, et se retrouvent soit rejetées, soit appliquées a minima pour au bout du compte ne produire que des effets mineurs.

Quelle est l’alternative? L’OFCE étant le temple national du keynésianisme hydraulique, Timbeau conclut son article en déplorant à cause de la mondialisation « la fin des instruments gouvernementaux de régulation de la croissance », et une croissance européenne « régulée et solide ». Au passage, et Wyplosz n’a pas tort de le noter, il ne fait qu’entretenir le fantasme national français d’une mondialisation vue comme phénomène monstrueux, contre lequel il faut se protéger pour revenir au bon vieux temps : le mythe de la forteresse Europe, tendance politique agricole commune.

Mais c’est oublier que pour l’essentiel, l’adaptation à la mondialisation n’est pas un problème européen mais un problème qui doit se régler au niveau national, et au niveau de la zone euro. Etant donné qu’il apparaît que les chocs asymétriques n’ont pas disparu de la zone, il serait bon de remplacer les mécanismes actuels du pacte de stabilité par un système coopératif, visant à soutenir les pays de la zone subissant de tels chocs. Mais surtout, la croissance doit s’obtenir par des politiques nationales favorisant la concurrence sur le marché des biens et sur les marchés financiers (au lieu de s’enferrer dans la réforme du marché du travail, qui est une impasse sans croissance forte) : permettre les entrées de main d’oeuvre en provenance des pays de l’Est; ouverture aux échanges extérieurs; politique de la concurrence efficace sur le territoire national, permettant de menacer les positions acquises (et protégées par d’épaisses réglementations et institutions) des entreprises existantes. Voilà des réformes vraiment utiles, susceptibles d’accroître la croissance des pays qui les méneraient, plutôt que le corporate welfare actuel, mélange de protectionnisme, de subventions aux entreprises, et de réductions salariales.

On ne parle pas de ces questions lorsqu’on se limite à se demander si c’est la « demande » ou « l’offre » qui détermine la croissance européenne, comme dans les bons vieux débats macroéconomiques des années 70. Se limiter à ces questions actuellement, c’est au bout du compte pousser indirectement au protectionnisme, que ce soit en suggérant que celui-ci permettrait de revenir à la bonne vieille croissance d’antan, ou en présentant l’avenir économique européen sous la forme de baisses salariales pour rétablir la compétitivité des grandes entreprises européennes, ce qui peut faire rêver industriels et politiques, mais fort peu les populations qui ne manqueront pas de demander plus de protectionnisme ou de protection de l’emploi pour s’épargner ce genre d’avenir. C’est à dire, exactement l’inverse de ce qu’il faut faire. Plutôt que de crier « réformes, réformes, réformes », et se plaindre de ces peuples ingrats qui ne veulent pas avaler la potion qui leur est concoctée; plutôt que de réclamer une fantasmatique « gouvernance » qui ne résoudra rien, il serait peut-être temps de quitter les débats macroéconomiques pour s’attaquer aux véritables obstacles à la croissance en Europe.

Print Friendly
Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

Pour en savoir plus sur moi, cliquez ici.
Alexandre Delaigue

Derniers articles de Alexandre Delaigue (voir tous)

12 réflexions au sujet de « L’autre débat inutile : misère de la politique macroéconomique européenne »

  1. Clap, clap, clap. Quoique j’aurais tendance à être un peu plus optimiste sur les effets positifs d’une meilleure politique macroéconomique au niveau de la zone euro (cf le dernier rapport du CAE sur la question).

    Il serait intéressant d’envoyer ce texte à Zaki Laïdi, pour tester la théorie du commentaire digne d’être publié s’il est aussi bon que celui des mondialement reconnus contributeurs de Telos. ;-)

  2. Bon article. Mais au fond, tu n’as guère de mérite, si je puis dire. Sortir la boîte à outils complète de l’économiste, tu sais faire. Il suffit que des débateurs égarés en donne l’occasion…

    A quoi penses tu précisément quand tu écris : "Etant donné qu’il apparaît que les chocs asymétriques n’ont pas disparu de la zone, il serait bon de remplacer les mécanismes actuels du pacte de stabilité par un système coopératif, visant à soutenir les pays de la zone subissant de tels chocs."

    Je rappelle aussi l’existence d’un rapport récent du CAE sur la politique économique européenne :
    http://www.cae.gouv.fr/rapports/...

    Et j’en profite pour annoncer la sortie d’un rapport du CAE en mai sur la politique de la concurrence, écrit encore une fois par deux bons : Guesnerie, qu’on ne présente plus et Encaoua, de Paris I.
    Le résumé est ici :
    http://www.cae.gouv.fr/lettres/C...

  3. AD : « Mais surtout, la croissance doit s’obtenir par des politiques nationales favorisant la concurrence sur le marché des biens et sur les marchés financiers (au lieu de s’enferrer dans la réforme du marché du travail, qui est une impasse sans croissance forte) »

    Pas d’accord avec ce passage. Le développement de la concurrence concerne la croissance à moyen terme, voire à long terme, c’est à dire, même si vous récusez ce terme, l’offre. (ma classification personnelle : croissance CT => augmentation de la demande, croissance MT => augmentation de l’offre, LT => augmentation du taux de croissance de l’offre, et éventuellement TLT => augmentation du taux de croissance de l’offre à l’état régulier). Or, au risque de surprendre, la croissance à moyen-long terme n’a, selon moi, aucun impact sur l’emploi. Un marché du travail qui ne permet qu’à 90% de la population active de travailler n’est pas incompatible avec une forte croissance de la productivité de ces 90% de travailleurs, donc avec une croissance forte. De façon corollaire, on peut parfaitement imaginer un pays sans croissance, voire avec croissance négative, et dans lequel 97% de la population active travaille.
    Chômage et croissance ne dépendent l’un de l’autre que dans le court terme, et encore, le sens de la relation n’est pas évident. Un choc positif de la demande a un impact positif sur l’emploi, certes, mais d’un autre côté, une politique axée sur les incitations à l’emploi entraînera de la croissance.
    Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas aussi s’intéresser aux politiques de croissance à moyen-long terme que vous évoquez, mais ce sont deux problèmes différents, et il me semble inopportun de vouloir discréditer les unes au bénéfice des autres.

  4. Alexandre Delaigue: "Dans le même temps, l’Italie a suivi exactement le chemin inverse : les coûts salariaux et de production y ont augmenté plus vite qu’ailleurs, et à cela s’est ajouté une spécialisation fortement soumise à la concurrence asiatique. L’Italie a donc subi une forte baisse de compétitivité, qui fait de ce pays le vrai homme malade de l’Europe"

    D’un côté on nous dit que le libre-échange fait toujours gagner et que le coup du management martial c’est du pipeau, de l’autre que la concurrence étrangère peut nous niquer… J’y comprends rien, qu’est-ce qui m’échappe?

  5. Pas tout à fait d’accord sur votre critique, notamment sur l’article de Timbeau. Ce que ce dernier critique, ce ne sont pas les politiques d’offre en général, mais la stratégie de compétitivité coût s’appuyant sur une compression des salaires. Je le cite : "La réduction des coûts s’est faite par la compression des salaires et, contrairement à des gains de productivité issus d’innovations, cette stratégie a comprimé la demande intérieure".
    Pour invalider son raisonnement, Wyplosz a beau jeu de le taxer de keynésien (donc d’archaïque, bien sûr) sans aller au fond du raisonnement. Au risque peut-être de trahir Timbeau, je crois que son objectif est de critiquer une forme de politique (désinflation compétitive), d’autres existent, sans tomber dans le keynésianisme à papa :
    * stratégie de coût qui passe par des gains de productivité plus que par une compression des salaires (investissement en K, H, évolution des pratiques manageriales, …)
    * stratégie hors coût, avec par exemple des politiques d’innovation dignes de ce nom (cf ce qui se dit sur les pôles de compétivité par exemple, même si je suis assez critique, mais pour d’autres raisons, cf mon ouvrage à paraître :-) ).

    en passant, vous ne mentionnez absolument pas ca dans vos alternatives : vous vous contentez d’appeler plus de concurrence (sur le marché des biens, sur le marché financier, etc…). Ce qui pourrait être discuter, notamment sur les marchés financiers, s’il s’agit de nous "vendre" une gouvernance à l’anglo-saxonne, alpha et omega du capitalisme du XXIème siècle…

    personnellement, je trouve la réponse de Wyplosz beaucoup plus caricaturale et archaïque que celle de Timbeau, surtout quand il loue "la Grande-Bretagne blairo-thatchérienne : il y a une quinzaine d’années, son taux de chômage dépassait le nôtre, aujourd’hui il en fait à peine la moitié". Argument choc s’il en est… Quand il finit sur "Réformes, réformes, réformes SVP", il faudrait quand même lui signaler que des réformes, il en existe de différents types, et que le choix précis des réformes peut quand même faire débat, non?

  6. @Emmanuel : pas encore lu le rapport du CAE. Mais je pense qu’avant de se demander ce que pourrait apporter une meilleure politique macroéconomique, il faudrait se demander ce qu’il est loisible d’espérer comme politique macroéconomique dans la zone euro. A mon avis, pas gras.

    @SM : Je ne sais pas exactement. Dans l’idéal, un mécanisme redistributif qui réserve des fonds pour les zones victimes de chocs asymétriques : une sorte de cagnotte servant d’assurance en cas d’un tel choc. Pas facile à mettre en place, mais utile.

    @AB : je ne récuse pas l’offre, je pense qu’il y a effectivement besoin de réformes : mais je pense que les réformes du fonctionnement du marché du travail (tout ce qui tourne en gros autour des systèmes sociaux) subira toujours tellement d’oppositions que cela garantira soit des réformes avortées, soit des réformes qui ne résolvent rien. Dans une société d’insiders et d’outsiders sans croissance, la seule façon de s’enrichir est de devenir un insider. Résultat : les insiders sont contre les réformes (normal) mais les outsiders aussi (parce qu’ils veulent devenir insiders).
    Dans une société d’insiders et d’outsiders avec croissance, on peut espérer que ce problème se pose avec moins d’acuité, qu’il soit donc possible 1-de lutter contre le chômage avec des moyens (parce que des choses comme la baisse des cotisations sur les bas salaires, ça coûte cher pour être efficace) et 2-obtenir plus facilement un équilibre politique favorable à des réformes favorables aux outsiders.
    Donc ce qu’il faut réformer d’abord, ce sont les marchés des biens et services. Parce que c’est plus facile à faire, et que cela heurte moins d’intérêts constitués : et parce que c’est plus efficace pour la croissance à long terme que des réformes a minima du marché du travail. Donc pour résumer : d’un point de vue technique nous sommes d’accord, mais pour moi le problème central, c’est l’acceptabilité politique des réformes en Europe continentale.

    @Vulgos : ce n’est pas une question de concurrence étrangère "qui nous nique". C’est un problème de triangle d’incompatibilité : si vous êtes en régime de changes fixes, avec mouvements de capitaux à court terme ouverts, en cas de choc asymétrique (c’est à dire quelque chose qui n’arrive que chez vous) ce sont les marchés du travail qui s’ajustent. En changes flexibles, il y a aussi ajustement, mais par la dévaluation, qui est moins désagréable à court terme. C’est une question distincte de celle des gains de l’ouverture, qui élève votre revenu national et la croissance à long terme.

    @Olivier : ce que je reproche à Timbeau, ce n’est pas sa critique de la désinflation compétitive que je partage entièrement; c’est le fait qu’il ne présente comme alternative que la "gouvernance européenne" pour une "croissance régulée et solide". Soyons sérieux : c’est du flan. S’il avait parlé de ces autres possibilités, les questions d’innovations/clusters, les gains de productivité (sur ce sujet, je pense cependant qu’ils ne tomberont que d’une concurrence accrue) je n’aurais rien à redire : mais ce n’est pas dans son article. Je trouve cela dommage, parce qu’il tend la perche pour se faire battre.
    concernant les marchés des capitaux et leur réforme, je ne pensais pas tant à des questions de gouvernance qu’à ce dont parlait Tirole ici (cité par Salanié) :
    http://www.lexpansion.com/art/6….
    Il existe une version capitalistique du "patriotisme économique" consistant à interdire le contrôle des entreprises par des étrangers. Ce n’est pas bon pour importer de meilleures pratiques managériales par exemple. C’est une des dimensions de l’idéologie de la "compétitivité" dont la désinflation compétitive est un élément.

  7. AD : Je comprends votre point de vue. Mais ça semble un peu utopique de se dire "créons de la croissance, et nous n’aurons pas de mal à utiliser les fruits de cette croissance pour financer des réformes du marché du travail afin qu’elles ne fassent pas de perdants". La France est en sous-emploi chronique depuis 30 ans, alors que la croissance a été presque ininterrompue pendant tout ce temps. Croissance ou pas croissance, s’il faut consacrer une part importante du PIB à des réformes, c’est toujours douloureux quelque part.

  8. C’est une condition nécessaire, non suffisante. Si peu a changé en France en matière de chômage au cours des 30 dernières années, c’est que l’équilibre politique national est favorable à cette situation. Quand les trois quarts des jeunes rêvent d’être fonctionnaires (les autres se voyant dans l’humanitaire équitable sympa), cela fait beaucoup de monde pour le statu quo. La question n’est pas tant d’utilisation de la croissance pour "adoucir" des réformes que de modification d’un équilibre politique qui laisse beaucoup d’outsiders sur le carreau. Tant que j’y pense, un éditorial intéressant : http://www.johnkay.com/political/438

  9. econoclaste-alexandre :
    "C’est un problème de triangle d’incompatibilité"

    Voyons si j’ai compris cette fois, en le répétant avec mes mots simples: sur un marché concurrentiel, si un autre vend moins cher, vous êtes forcés de vendre moins cher (soit en baissant les salaires, soit en dévaluant la monnaie). Sinon quoi? Pas d’élévation du revenu national?

    "C’est une question distincte de celle des gains de l’ouverture, qui élève votre revenu national et la croissance à long terme."

    C’est là que je ne vois pas pourquoi c’est une question distincte, l’ouverture ne force-t-elle pas à accepter le risque de ce que vous appellez "triangle d’incompatibilité"? Autrement dit, à devenir compétitif vis-à-vis des autres nations? Comment l’ouverture pourrait-elle élever le revenu national si on n’est compétitif en rien par rapport aux autres et donc qu’on ne vend rien?

  10. Je commence par la seconde question, c’est la plus facile : Si vous ne vendez rien, vous n’achéterez rien non plus. Les étrangers ne sont pas bêtes au point de vous donner des choses contre rien. Et s’ils se décidaient à le faire, ce serait franchement agréable. Les gains (statiques) de l’ouverture, c’est précisément de pouvoir acheter des choses moins chères a l’extérieur contre des choses qui ne sont pas chères chez nous (mais chères à l’extérieur). C’est le principe de l’avantage comparatif, sur lequel on reviendra dans un prochain post. De la même façon que vous avez intérêt à vendre le fruit de votre travail et à acheter ce dont vous avez besoin à d’autres, plutôt que de tout faire vous-même, un pays a intérêt à acheter et vendre.

    Maintenant, quand on achète et qu’on vend, il se peut qu’on ai un problème : on achète beaucoup plus qu’on ne vend. Ce n’est pas forcément un problème si on peut emprunter, mais cela le devient si l’écart devient vraiment trop grand, ou que plus personne ne veut vous prêter. Dans ce cas, il faudra soit vendre plus, soit acheter moins, ce qui est forcément désagréable. Sinon quoi? Ben, sinon rien, vous n’avez pas le choix : pour acheter, il faut payer, un point c’est tout. La dévaluation ou la baisse des salaires ne sont que deux façons différentes de répartir l’effort.
    Est-ce un problème? De la même façon que lorsqu’on ne vit pas en autarcie, on dépend des autres, du prix auquel ils vendent ce qu’ils produisent et achètent ce qu’on vend. Mais quand on vit en autarcie, on est surtout extrêmement pauvre.

  11. "Si vous ne vendez rien, vous n’achéterez rien non plus."

    Dis comme ça, ok, je passe pour un con. :)
    Ok pour le reste, je crois avoir saisi le truc cette fois.

    "Mais quand on vit en autarcie, on est surtout extrêmement pauvre."

    Là, je coince encore un peu. Imaginons qu’on soit vraiment dans un monde mondialisé, avec la liberté de circulation des biens et des personnes qu’on connait à l’intérieur d’une nation comme la France, on s’appauvrirait globalement? Parce qu’après tout, l’économie mondiale sera en autarcie, non? (à moins de voir débarquer des extra-terrestres avec lesquels commercer).

  12. @ Vulgos :
    Le feriez-vous exprès ?
    Parler de gains statiques du libre-échange, c’est simplement comparer deux situations.Le "monde mondialisé" est moins autarcique que le monde des patriotes économiques : le fait de se référer à une entité plus grande (Monde plutôt que nation) n’est qu’une illusion, puisque ce qui compte, c’est l’intensité des échanges. Mais il l’est plus qu’en cas de commerce interplanétaire.

    ("Produisons français en France pour les Français", Carl Lang).

Les commentaires sont fermés.