Stéphane Ménia

Mélenchon, un démagogue de droite qui ne comprend rien au foot

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Vous avez tous entendu parler des tweets de Mélenchon sur l’élimination de l’Allemagne. Moi non plus, je n’ai pas pleuré pour cet évènement, puisque la dernière fois que j’ai pleuré pour du foot, c’était quand Harald Schumacher a défoncé Patrick Battiston en 1982 et qu’il n’y a même pas eu un coup-franc pour ça. J’étais petit. Néanmoins, cette semaine, je n’ai éprouvé aucune « joie pure » à la défaite des Allemands. Tout au plus, un sentiment positif de supporter, en me disant que cela ferait un adversaire conséquent de moins pour la France pour la suite.

Une chose vous a peut-être échappée lors de la dernière élection présidentielle, c’est que l’extrême gauche, qui présentait trois candidats était littéralement scindée en deux. D’un côté, deux candidats dans la pure tradition de la Gauche, au sens large : Philippe Poutou (NPA, trotskyste) et Nathalie Arthaud (LO, trotskyste). De l’autre, Jean-Luc Mélenchon (FI, ancien trotskyste devenu – presque, en net – une fois millionnaire grâce à une carrière de sénateur au PS). Les deux premiers, fidèles à une lutte anticapitaliste sans frontières, marxiste dans le texte, dans le sillage du « Prolétaires de tous pays, unissez-vous », posaient leur combat comme européen (voire mondial) et ont attaqué le second sur son obsession nationale, lui reprochant de s’en prendre aux prolétaires du reste de l’Europe pour faire campagne, alors que le problème est celui du Capital mondialisé qui oppresse les prolétaires de toutes les Nations. Les Marxistes n’ont jamais aimé le nationalisme, au moins dans les textes officiels. On adhère ou pas, mais c’est une constante.

Pendant ce temps, et depuis longtemps, Mélenchon a montré que les prolétaires des autres pays, il s’en battait les flancs avec allégresse. Une première fois en 2005 (l’affaire du RER et des Lituaniens), puis à plusieurs reprises depuis, je ne vous apprends rien.
Fraîchement élu député à Marseille, il s’est senti obligé de se soumettre à un des rites de la ville pour tout notable bourgeois qui se respecte : se montrer en tribune au Vélodrome, même quand on déteste le foot et n’y comprend rien. Oh, après tout, pourquoi pas ? S’il avait lu Albert Camus plutôt que Chavez, il aurait retenu que le premier, bien avant l’âge passablement avancé du député de la FI, avait écrit qu’il n’y a pas d’endroit où un homme est plus heureux que dans un stade, mais, surtout :

« Pour moi je n’ai connu que le sport d’équipe au temps de ma jeunesse, cette sensation puissante d’espoir et de solidarité qui accompagnent les longues journées d’entraînement jusqu’au jour du match victorieux ou perdu. Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »

Loin de moi l’idée de faire l’apologie crétine du foot, que je connais bien et qui fait clairement (et avec plaisir) partie de ma culture, compte tenu de la ville dans laquelle j’ai grandi, même si j’ai fait le choix de le garder à juste distance, compte tenu de tout un tas de choses. Mais, enfin, si un bonhomme comme Camus dit une chose pareille, s’y intéresser un minimum avant 50 ans semble évident. Bref, tout ceci nous amène à la feinte et subite passion de Mélenchon pour le foot et à la façon dont il la communique.

Quand l’Allemagne se fait éliminer de la coupe du monde 2018, voici donc ce que le leader de la France Insoumise trouve pertinent de tweeter :

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Beaucoup de gens se sont émus de ce nationalisme exacerbé, de cette germanophobie pathologique et de cette confusion entre les affaires du monde et ce qui, au final, pour n’importe quel individu normal, de gauche en particulier, ne devrait rester qu’un jeu. Ils ont raison. Notez que si Mélenchon ne se proclamait pas comme un footix assumé, cela pourrait passer pour de l’ironie. Mais non. Puisque son amour tardif pour le football est revendiqué, on doit comprendre que pour Jean-Luc, le football, c’est encore plus sérieux qu’une question de vie ou de mort (résumé d’une citation dont la véracité est discutée). Ainsi, il est permis de remarquer deux choses.

La première est que la « joie pure » de Mélenchon a pour symétrique la tristesse de millions de prolétaires allemands. Dans les classes aisées ou moyennes, la défaite d’une équipe de football supportée est un évènement sans grande importance. En revanche, dans les milieux populaires, c’est, en moyenne, bien plus un drame. Ce sont les classes populaires qui remplissent majoritairement les stades. Des smicards sont prêts à économiser des années pour supporter l’équipe de France en Russie en ce moment. Quand vous comparez le coût du séjour à leur revenu, vous savez que c’est un ratio imbattable. Je trouve cela, pour ma part, très con. Mais c’est comme ça et ils font ce qu’ils veulent de leur « pognon de dingue ». En résumé, Mélenchon se réjouit de la tristesse des prolos allemands. Ce n’est pas un hasard si Nathalie Arthaud qui, a priori, n’est pas une grande fan de foot, ni une admiratrice de la boîte à fric qu’est la FIFA, a déploré les propos tweetés par Jean-Luc Mélenchon. Mélenchon est un homme de droite, car aucun homme de gauche ne se réjouirait de la tristesse des prolétaires d’un autre pays, au nom de ses désaccords avec les gouvernants de ce pays. Sauf à considérer que les prolétaires allemands sont au pouvoir.

La deuxième remarque porte sur la nullité footballistique de Mélenchon. L’OM, que Mélenchon remercie pour lui avoir fait découvrir le foot, a toujours accueilli des joueurs de nationalités fort différentes. Et, parmi eux, quelques Allemands. Pas des moindres, du reste. Tous ont laissé un excellent souvenir à Marseille. Il s’agit de Karl Heinz Förster, Rudi Völler (vainqueur avec l’OM de la Ligue des champions), Andreas Köpke et Franz Beckenbauer (entraîneur en 1990, parti rapidement pour des raisons extra sportives), sans oublier Klaus Allofs. Eh ouai, Jean-Luc, la légende du club que tu fais semblant de supporter a été construite aussi par des Allemands. Et chaque Marseillais, même après leur départ, se réjouissait de leurs succès (pensez à Drogba, dont le maillot de Chelsea a probablement été plus vendu ici que celui de l’OM de disons Ben Arfa…), comme aujourd’hui les supporters marseillais se réjouissent de voir le Japon de Hiroki Sakai en 8ème de finale. C’est comme ça que ça marche. Et tu n’es certainement plus le bienvenu au Stade pour bon nombre de supporters qui, heureusement, peuvent être assez bornés, chauvins, crétins, Thauvin (eh, moi je le fais jouer au moins !), anti-parisiens, mais sûrement pas nationalistes.

Mélenchon, je sais que tu veux la Mairie (ou envoyer un mec au casse-pipe et récupérer les lauriers s’il gagne). Mais, franchement, table sur d’autres piliers de la vie locale que le foot. D’ailleurs, je vais te donner un tuyau : dans les gens qui t’ont élu dans le 5ème, tu vas trouver une proportion étonnante de gens qui « s’en tapent du foot ». Wé, désolé. Ceux qui aiment le foot ont trouvé ta sortie pathétique. Et ceux qui ne l’aiment pas, je ne t’en parle même pas… Jean-Luc, tu es de droite, tu ne comprends rien au ballon et tu en fais un instrument de démagogie. Tu es hors-jeu.

PS : saison estivale oblige, je ne vous promets des billets (d’économie) que si l’occasion fait le larron et que l’envie est insurmontable. Bonnes vacances à tous.

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2 réflexions au sujet de « Mélenchon, un démagogue de droite qui ne comprend rien au foot »

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