Stéphane Ménia

La croissance, c’est moi (ou lui, ou personne)

La publication des chiffres de la croissance de 2017 a donné lieu à quelques commentaires surprenants, rhétoriques et politiques. Qu’il convient de corriger en toute simplicité.

Qui de Macron ou Hollande est responsable de la croissance du PIB de 1,9% pour 2017 ?

À ma gauche, mais pas trop : Hollande

Ce serait, avec un décalage de quelques années, la politique avisée mais ingrate de François Hollande qui porterait enfin ses fruits. Le CICE, le pacte de responsabilité, la politique d’offre du gouvernement précédent aurait remis l’économie française sur de bons rails. Ces politiques agissant en profondeur sur les structures mettraient plusieurs années à manifester leurs effets, le temps que les marges des entreprises se restaurent, que l’investissement soit à nouveau envisageable, dans un contexte où le choix du crédit était problématique.

Dites comme ceci, les choses sont à peu près incontestables.C’est néanmoins omettre deux points essentiels. Le premier est qu’en 2012, quand François Hollande prend ces décisions, le problème de l’économie est double : une faiblesse structurelle de l’offre  mais, surtout, une demande globale insuffisante. S’il y a un choix à effectuer (mais doit-on ?) la priorité était de soutenir la demande. Cela n’a pas été fait. La faute au pacte de stabilité et de croissance ? La faute aux marchés financiers vautours ? Peu importe, au fond. Ce qui devait être fait n’a pas été fait.

Les conséquences de ce genre d’inaction sont pour l’essentiel à classer dans le registre des « dégâts qu’on ne voit pas ». La logique d’une politique de stabilisation (de relance ici) est grosso modo de créer un environnement plus optimiste pour les agents économiques et de limiter les effets d’hystérèse. De ce point de vue, certains dégâts sont peut-être lisibles aujourd’hui dans les difficultés des entreprises à recruter. Avec un chômage de longue durée resté au delà de 40% pendant des années sur 3 millions de chômeurs et plus, peut-on être surpris de ces difficultés à trouver à coup sûr quelqu’un d’employable sur un poste donné ? Ce n’est pas la seule cause du phénomène, mais elle est assez peu discutable.

Bref, peut-on sérieusement remercier François Hollande d’avoir attendu en vain que la conjoncture mondiale tire celle de la France et « inverse la courbe du chômage » (oui, je sais, vous souriez encore en lisant cette expression) ?

À ma droite et, en même temps, à ma gauche, mais vraiment pas trop : Macron

Bruno Lemaire se félicite de l’action du gouvernement qui, à l’écouter, porte déjà ses fruits  :

« C’est le résultat du retour de la confiance des ménages et des entrepreneurs depuis l’élection du président de la République, des mesures de réformes mises en oeuvre par le gouvernement ainsi que d’un environnement international porteur, en particulier en zone euro »

Ce n’est pas ne surprise. Mais cela procède des petits arrangements avec la réalité, pas bien méchants, que le gouvernement s’octroie depuis le mois d’octobre. Un mois après la publication des ordonnances sur le  marché du travail, ses soutiens se réjouissaient déjà de voir dans les embauches en CDI un « record ». Sous-entendu : c’est l’effet de la politique du gouvernement. Peu importe si le record en question ne faisait qu’effacer le record du mois précédent qui, lui-même avait déjà fait oublier le record précédent. On oubliera même que la hausse des recrutements en CDI s’est tassée sur le troisième trimestre. Je ne vous apprends rien, c’est bel et bien un contexte favorable plus large qui a enfin contribué à redynamiser cette année l’activité en France. Que le gouvernement n’ait pas cassé cette dynamique sera évalué comme il se doit. Juste comme il se doit.

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