Stéphane Ménia

La fin de mon modèle

brit

Longtemps, la démocratie britannique a été un modèle pour moi. Au delà de l’image de Churchill (qui n’y était pas pour rien), je trouvais dans la façon dont les Grands Bretons conduisaient leur société une solidité qui en faisait, à mes yeux, l’archétype d’une société ouverte.

Au delà des conflits et des points noirs, il y avait cette idée qu’il y a des valeurs fondamentales avec lesquelles on ne transige pas et auxquelles on se réfère, y compris quand on est tenté de perdre son flegme (légendaire). Une espèce de mélange de conservatisme et d’ouverture qui devait assurer l’essentiel. On ne touchait surtout pas à la Reine, mais on acceptait que des femmes voilées travaillent dans des administrations publiques. On rappelait systématiquement la spécificité du Royaume-Uni, mais on finissait par avancer avec l’Union européenne. On laissait crever des grévistes de la faim Nord-Irlandais, mais on tentait au mieux de laisser sa police sans armes dans la rue. Les politiciens (de gouvernement) n’étaient pas moins arrivistes qu’ailleurs mais, à la fin, ils devaient défendre des valeurs nobles.

Vous allez dire que c’était une vision romantique. Certainement. Mais elle n’est même plus raisonnablement tenable. Une masse critique d’électeurs opte pour le repli sur soi, voire devient xénophobe. D’autres, totalement déboussolés, vous expliquent deux jours après un vote qu’ils le regrettent. Des politiciens sont capables d’opportunisme et de mensonges dans un moment clé pour leur nation, simplement pour prendre la main dans leur propre parti. Et la Grande Bretagne sort de l’UE. Au moment où on croirait qu’elle se distingue, elle s’est en fait normalisée, à mes yeux. Elle ressemble à la social-démocratie continentale. Mon archétype britannique a fait long feu. Il faut toujours se méfier des modèles. Même lorsqu’ils semblent immuables, ils peuvent s’effondrer.

Print Friendly
Stéphane Ménia

Stéphane Ménia

"Je suis l'absence totale d'optimalité de Jack." Pour en savoir plus sur moi, cliquez ici.

5 réflexions au sujet de « La fin de mon modèle »

  1. La création de l’Euro avait pour but évident de pousser à la convergence des différents modes de fonctionnement des différentes nations européennes, y compris non-membres de la zone Euro.

    Le plan se déroule sans accroc : tour à tour, chaque modèle de société existant en Europe perdra ses spécificités, souvent globalement meilleures que pires (les nations européennes étant parmi celles qui globalement fonctionnent le mieux). La France perdra son modèle social, le RU son modèle politique, etc..

    Il est donc tout à fait logique qu’au fur et à mesure que se construit l’Union Européenne, ce qui faisait de l’Europe une zone régionale attractive disparaisse : car c’est juste l’objectif de la construction européenne. Et, parait-il, c’est bien.

    • Bref. Vous voulez dire que vous n’aimez pas l’euro et l’UE. Soit. Il y a des raisons de ne pas en être satisfait. Je fais partie de ceux qui racontent des trucs sur ça.
      Le problème, là, c’est qu’on parle d’un pays qui ne faisait pas partie de la zone euro et qui s’assimile aux autres, précisément en sortant de l’UE. Vous êtes incohérent.

      • Chacun sait bien que la création de l’Euro aurait des conséquences jusque dans les pays qui ne l’adoptent pas. C’était même un effet recherché pour pousser à son adoption.

        Sans cela, pourquoi la Suisse signerait-elle les traités européens qui l’ennuient, allant jusqu’à financer certaines politiques européennes ? Idem pour les pays nordiques.

        Mon seul discours est que vous ne pouvez pas à la fois DESIRER l’harmonisation politique et économique de l’Europe et ensuite vous PLAINDRE de cette harmonisation. Car celle-ci IMPLIQUE la disparition de tout ce qui avait été créé par des décennies d’efforts par tous les pays concernés

  2. Comme vous le dites, le royaume uni est porteur de contradictions. Les exemples que vous donnez sont effectivement pertinents. Mais le vote pro-Brexit peut s’expliquer indépendamment (au moins en première approche) de ces paradoxes. En regardant la répartition des votes, on ne trouve rien de très spécifique : par exemple, les populations pauvres votent contre l’UE, les populations aisées. Je ne connais pas de pays dérogeant à cette règle. Ou bien ? Pour autant cela ne prouve en rien la disparition des contradictions !

    Là où je pense que vous devriez aller plus loin, c’est dans l’analyse de ces contradictions. Là où il y avait spécificité du Royaume-uni, c’était la co-existence d’un fond profondément différentialiste (par opposition à l’universalisme français), qui se traduisait par exemple par un des taux de mariages mixte les plus bas du monde, et d’une tradition ouvrière de longue date (sauf erreur, le pays fut le pionnier de l’industrialisation dans le monde) assez sensibles au concept d’intérêt de classe. Je pense que cette spécificité éclaire les contradictions que vous soulevez ainsi que le résultat du vote. Et cette spécificité perdure (à cause du différentialisme qui fige les groupes sociaux ?), malgré la désindustrialisation.

    Conclusion : je pense que vous n’avez pas de raison d’être inquiet pour les valeurs ancestrales du Royaume-Uni.

  3. Le role de la GB dans l’union m’a toujours fait penser au mot de Talleyrand : Le meilleur moyen de renverser un gouvernement, c’est d’en faire partie.
    Si je regrette amèrement que nos frères de GB, grâce à qui nous avons pu maintenir la démocratie en Europe au cours de XX siècle nous tournent le dos, leurs exigences de passager clandestin au sein de l’UE ont eu le dont de m’exaspérer.
    En ce qui concerne l’ouverture objective du pays, j’émettrai modestement l’hypothèse que c’est la conséquence d’une histoire impériale qui a démontré au plus grand nombre la supériorité de l’ouverture.
    J’espère que les britanniques recouvrerons leurs esprits et qu’ils d’engageront a nouveau dans le projet Européen, fut-ce de manière plus circonscrite.

Les commentaires sont fermés.