Stéphane Ménia

Contre le tabagisme des jeunes, arrêtez de vivre dans un monde qui n’existe pas

nobrain

Dans mon précédent billet, j’ai essuyé des commentaires globalement méprisants, me reprochant – en façade – de manquer de rigueur. Je vais donc préciser le précédent billet et, ensuite, je ne parlerai plus jamais de tabac. Quand on est minoritaire, on ferme sa gueule.

Deux points m’ont été envoyés à la figure. Le premier, c’est que la loi anti-tabac dans les lieux publics serait efficace. Le second est que les fumeurs dans une cour occasionnent une nuisance objective.

L’impact de la circulaire écoles sans tabac

En novembre 2006, l’interdiction de fumer à l’intérieur des établissements est publiée. Depuis, voici l’évolution du tabagisme chez les jeunes (tiré de ceci).

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La proportion de jeunes expérimentant le tabac ne baisse pas.

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Le tabagisme des jeunes fumeurs s’intensifie.

En effet, on voit clairement que cette mesure a eu un impact absolument phénoménal sur la pratique du tabagisme chez les jeunes.
Ne me prenez pas pour un idiot, je connais vaguement un peu d’économétrie. Un phénomène, plusieurs causes, probablement difficiles à distinguer en termes d’impact. N’empêche… tout ce que n’importe qui d’un peu sensé dira, c’est que, si interdire de fumer dans les enceintes d’établissements scolaires est efficace, ça l’est de manière anecdotique. D’autres déterminants sont bien plus puissants dans le tabagisme des jeunes. Et si vous vous intéressiez à cela, à la place ?

En réalité, mettre une distance de quelques mètres ou dizaines de mètres entre les zones non fumeurs (les cours) et les zones fumeurs (la rue) est inefficace. Ce qu’il faut, c’est, a minima, interdire de fumer dans la rue. Toutes vos circonvolutions concernant les pratiques des lycéens qui économiseraient une minute de marche en ne fumant pas sont absurdes.

De même, pour revenir sur la question des attentats (qui n’est pas au coeur de ce billet), les remarques concernant les risques limités de concentration à la sortie de l’établissement prouvent que certains parlent de choses qu’ils ne connaissent pas. Si tant d’établissements se sont posés la question, c’est que c’est simplement la réalité (celle de mon établissement, notamment, mais pas que, loin de là…). Je ne vous parle même pas de ceux qui se cachent dans l’établissement. Ah, ben oui, y a pas assez de surveillants pour contrôler ça.

Les fameuses externalités négatives du tabac en plein air

Il semble que certaines personnes considèrent qu’un fumeur situé à disons 10 mètres de vous dans un espace totalement ouvert vous occasionne une externalité négative de consommation. Franchement, cette externalité est du même type que celle consécutive à la rencontre d’une araignée de 1cm de diamètre à la même distance. C’est vous qui avez un problème bien plus important : vous pensez que le monde est à vous et que quiconque y faisant quelque chose qui vous déplaît n’y a pas sa place ou devrait arrêter immédiatement. Il faut bien comprendre que si vous estimez que cette situation est une nuisance, nous allons devoir finir par internaliser un nombre assez phénoménal d’externalités, parmi lesquelles le simple fait de respirer pourra être considéré comme socialement néfaste. Je suis d’ailleurs assez étonné qu’on n’ait pas encore légiféré sur ceux qui ne se lavent pas beaucoup et prennent les transports en commun aux heures de pointe.

Or, c’est bel et bien ce cas de figure qui était envisagé pour aménager des espaces intérieurs : un carré de 15m² dans un recoin de cour, ouvert aux quatre vents.

L’ennemi du tabac, c’est le prix

Si vous voulez réduire la consommation de tabac de façon déterminante, augmentez les prix fortement et rapidement. C’est la seule méthode réellement efficace.

« Pour la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’augmentation du prix est la méthode la plus efficace pour faire baisser les ventes de tabac. Selon leur calcul, une hausse de 10 % du prix réellement payé par le fumeur réduit de 4 % les ventes dans les pays développés et de 8 % la consommation des jeunes. »

Les hausses graduelles, ça ne marche pas. La France a un prix du paquet à peine inférieur à celui de la Suède et le pourcentage de fumeur y est bien plus élevé. Or, de mémoire, le prix du paquet de cigarettes a fortement crû en Suède à une période donnée et stagne depuis. Assurez-vous aussi qu’il n’est pas possible de contourner la taxe en allant à l’étranger ou en s’alimentant auprès des circuits parallèles.

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Source : ici

Mais bon, apparemment, la nouvelle arme anti-tabac, c’est le « paquet neutre »…

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Stéphane Ménia

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