Stéphane Ménia

Attentats, terroristes, mort, chaos, confusion, savon

FROIDMes sentiments intimes (et sans intérêt pour vous) éprouvés cette semaine restent miens. Mais, voici quelques réflexions aussi froides et calculatrices que possible. Vous êtes sur éconoclaste, site dédié à la science lugubre.

Le risque de mourir dans un attentat a-t-il augmenté ?

Oui. Mais beaucoup ? Ben, ça dépend. Pour toi, là, qui me lis, pas trop. Attend, je t’explique… Franchement, en admettant qu’il y ait un attentat tous les jours dans les 365 jours qui viennent, quelle est la probabilité que tu sois à l’endroit d’un attentat un de ces jours là ? Tu vois ce que je veux dire. Bien sûr, si tu es juif et que tu fréquentes des lieux où vont les Juifs, c’est un peu plus tendu. Mais, il y a plein de synagogues dans ce pays, plein d’épiceries casher, plein de mariages juifs chaque année, etc. Donc, si ça craint un peu plus pour toi que pour un goy, ça reste limité. Allez, reste ici avec nous, chuis pas sûr qu’Israël soit plus sure pour toi (même si je peux comprendre pourquoi tu veux te tirer, malgré ça). Je vais même te dire mieux : si tu habites dans un patelin au milieu de nulle part, genre Dammartin-en-Goële, tu risques pas grand chose. Pardon, désolé, mauvais exemple… Disons, qu’en général, habiter loin d’une grande ville est une bonne idée pour éviter les attentats. Après, y a des cygnes noirs, on n’y peut rien. Bon, ok, si, en plus, tu es flic, dessinateur ou carrément noir de chez noir (pas noir noir, pas chanceux)…Je pourrais te faire la liste de tous les éléments subjectifs qui peuvent accroître la probabilité d’être au mauvais endroit au mauvais moment (là, j’ai juste retenu des trucs d’actualité). Néanmoins, à part de passer ta vie dans les transports en commun d’une grande ville pour te rendre d’un journal satirique à une synagogue ou un commissariat, si elle a augmenté depuis disons un an, elle reste assez faible. En revanche, si tu es inquiet pour ton prochain, alors tu as raison. Car si la probabilité que toi en particulier sois victime d’un attentat n’a pas énormément augmenté, celle que quelqu’un en France en soit victime a bel et bien crû. C’est un risque systémique, en quelque sorte. C’est déjà désagréable, mais ça ne doit pas te faire flipper pour ta vie quand tu descends acheter tes chips. Oui, je sais, dis comme ça, mais voilà quoi…

Ces jeunes, c’est parce qu’ils ont connu l’échec scolaire qu’ils sont devenus ce qu’ils sont ?

Ben, honnêtement, je sais pas. De toute façon, si j’ai un seul point commun avec Charb, c’est que je n’aime pas les gens. Plus rien ne me surprend et je serai mort depuis longtemps qu’on n’aura pas encore tranché dans le débat qui veut savoir si la nature humaine est bonne ou mauvaise. Donc, que des trous du cul aillent dégommer à tout-va, comment dire ? Néanmoins, sur le lien entre éducation et terrorisme, je ne vous le cache pas, il n’y a pas lieu de se réjouir. En fait, dans un monde peuplé de bac + 5, il n’est pas impossible qu’il y ait encore des attentats, voire plus qu’avant. C’est un sujet qui a été étudié par des sociologues et des économistes. Dans cet excellent ouvrage (chapitre 3), dont on aimerait parfois qu’il soit dépassé, deux brillants professeurs d’économie rendaient compte des travaux d’économistes sur ce thème. Je vous la fais courte : il n’y a pas de lien inverse entre niveau d’études et propension à réaliser des actes terroristes. Les faits le prouvent assez bien. Quant aux interprétations, si on se limite aux économistes et à leur modèle pourri de rationalité, ben… ils ont des choses à dire, pas si stupides (même s’ils ne sont pas seuls et que leurs analyses enrichissent et s’enrichissent de celles d’autres disciplines). Après, il faut le reconnaître, aller buter des gens au nom d’un type dont on ne sait même pas s’il existe et y prendre un certain plaisir, cela implique sans aucun doute un penchant marqué pour la Peste (qui est en chacun de nous, mais faut pas déconner, quand même…). En d’autres termes, vu le temps que toutes ces bonnes pensées (peut-être pas si naïves) mettront à être concrétisées, les envolées lyriques des éducateurs qui citent Voltaire toutes les trois phrases me laissent sceptiques. Peu importe si, puisqu’il faut être un Homme, je suis finalement leurs prescriptions.

Mais, finalement, ces terroristes, sont-ils si différents de nous ?

Bon, elle est un peu provoc la question. C’est parce que j’ai vu que vous alliez décrocher, donc je capture à nouveau votre attention. Justement, c’est d’attention dont je voulais parler. Vous avez remarqué que notre société individualiste nous pousse à célébrer un quart d’heure Warholien. On a tout ce qu’il faut maintenant. Télévision, Internet, selfies, gopro, serveurs ftp, etc. Pour certains, c’est facile. Ils ont accès à des réseaux sociaux (pas seulement numériques), ils ont grandi dans des milieux culturellement favorables à l’épanouissement de la célébrité, ils ont un talent réel ou supposé et, pour beaucoup d’entre eux, ils bossent dur pour obtenir cet objectif. Et puis, vous avez les autres… Les pas doués, les socialement relégués, les feignasses, etc. Alors, dans cette économie de l’attention, dans laquelle le seul produit à vendre est soi-même, investir sa vie (et sa mort) est facile pour tout le monde. Après avoir essayé le rap, après avoir échoué aux castings de télé réalité, il lui reste quoi au jeune, hein ? Ben, tuer des gens. T’es comme un con en Normandie, tu te fais chier, ta vie n’a pas de relief ? Tu prends un billet pour la Syrie, tu reviens et tu dégommes des gens. Objectif atteint : tu es célèbre. Les djihadistes sont des putain de sur-occidentaux, en un sens. Mais du genre occidentaux ratés.
Alors, que faire ? Éduquer ? Bah, il y aura toujours des recalés de la télé-réalité, il y aura toujours des évincés des carrières visibles, il y aura toujours… bref, ce qui est intéressant, c’est que sur ce point aussi, leur haine des démocraties libérales se transforment en une victoire de celles-ci. Alors, on pourra toujours me dire qu’il faut arrêter avec Warhol. Ok, pourquoi pas ? Mais bon, dans l’ensemble, entre les vidéos de chat sur Youtube, les scènes pathétiques de TV réalité ou les photos des gosses sur Facebook, à chaque fois qu’ils font un truc sans intérêt notable (sans parler des types avec des blogs d’économie), ils ne sont pas bien méchants ces fous de célébrité. D’ailleurs, j’ai cru comprendre que depuis qu’on peut se défouler sur Twitter ou dans un jeu vidéo, on tue moins de gens en vrai. Hélas, ceux qui persistent le font en publiant leur vidéo en ligne (aidés par BFM TV).

Print Friendly
Stéphane Ménia

Stéphane Ménia

"Je suis l'absence totale d'optimalité de Jack." Pour en savoir plus sur moi, cliquez ici.