Stéphane Ménia

Le système éducatif français en phase avec l’avenir (troll à méditer)

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Je finis de lire le livre de Tyler Cowen Average is over. Je pense en faire une note de lecture dans pas longtemps. L’idée centrale de son ouvrage est que l’évolution technologique va totalement polariser le monde du travail entre des travailleurs hyper complémentaires aux machines intelligentes et très bien rémunérés et une masse informe d’individus peu compatibles et clairement laissés sur le bas côté. C’est une extrapolation des thèses de Brynjolfsson et McAfee (je n’ai pas encore lu leur bouquin suivant The Second Machine Age et évite de lire les commentaires sur le livre, histoire de l’aborder neutrement).

Le bouquin de Cowen est d’un cynisme d’économiste remarquable, tant il ne s’épanche pas sur le sort des uns ou des autres et tant il élimine tous les aspects compatissants. Contagieux. J’en suis venu à me dire que, finalement, le système scolaire français actuel, si peu adapté à l’air du temps encore en vigueur, était parfaitement profilé pour le futur qu’envisage Cowen. Un des éléments clés dans la discrimination à venir est, pour Cowen, la capacité à s’auto-motiver pour se former à exploiter les machines.

Or, notre système scolaire, bien plus élitiste que la moyenne, est une forme institutionnelle probablement performante pour trier sur ces bases, lui qui, comme le montrent les évaluations PISA, se caractérise par une distribution des niveaux mêlant beaucoup de mauvais et beaucoup de très bons. A vrai dire, Cowen ne met pas du tout ce genre de mécanisme au centre du processus, arguant même que la démocratisation croissante de la formation (toujours par le biais des NTIC) donnera accès aux connaissances non seulement à ceux qui peuvent entrer dans une grande université, mais également à ceux qui, par le biais de formations moins onéreuses (type MOOC), sauront se discipliner pour acquérir les compétences rares valorisées par le marché du travail ou de l’innovation. Néanmoins, on peut envisager une autre voie. Et j’ai la joie de vous annoncer que la France est en pole position.

Oubliez les stupidités concernant la fin des grandes écoles, la fin des notes et autres idées bientôt d’un autre temps. Glorifiez la compétition scolaire. Elle est la clé de l’avenir, puisque, en définitive, les places seront chères et peu y accéderont quel que soit le système. Le système français donne les moyens de favoriser l’émergence de l’élite techno-compatible. Au moins, un genre de soutien public sera apporté à tous. Même si on peut se demander pourquoi mobiliser autant d’argent pour éduquer de futurs perdants (des tas d’arguments peuvent néanmoins le justifier, comme le droit à la culture et à l’éducation per se, par exemple). Qui l’aurait cru ?

Oui, je ris en écrivant ceci. Oui, la dimension trollesque de l’affaire est évidente et le propos peu étayé. Mais, jusqu’à quel point ?

Note : ce n’est pas un poisson d’avril.

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Stéphane Ménia

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