Emmanuel Macron ne sert à rien

brazil

Macron n’en finit plus de répéter le même schéma de communication, se résumant à peu de choses près à une séquence invariable :
1. Envoyer une petite phrase plus ou moins en marge d’une intervention officielle.
2. Choisir des propos aussi banals que sujets à double interprétation pour ceux qui guettent l’ogre libéral.
3. Obtenir le soutien de ceux qui guettent l’ogre libéral (pas les mêmes qu’au point 2, évidemment).
4. Démentir, dédramatiser, relativiser, faire appel au bon sens, à la modernité et à la nécessité de débattre et faire évoluer une société bloquée.

Ça marche. Sur les 35 heures. Le statut des fonctionnaires. Les jeunes et l’argent. Les illettrés. Les autocars. Buzz assuré. Sorties de secours disponibles. Parfait. Certains saluent le courage de celui qui n’a pas peur de poser certaines questions, d’initier les débats qui fâchent. D’autres s’agacent, s’insurgent. Ils sont renvoyés dans les cordes et, en fait, sont ravis de trouver une occasion de dire leur effroi devant des propos aussi peu à gauche, tenus par le ministre d’un gouvernement de gauche.

La question est de savoir si ces sorties apportent quoi que ce soit. Non. Rien. Ce n’est pas leur vocation. Au mieux, on est face à des galops d’essai. L’une des dernières petites phrases de Macron porte sur les jeunes, l’entrepreneuriat et la fonction publique :

« Les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires ou politiciens »

Comprenez : les Jeunes de ce pays sont dynamiques, pas fainéants et veulent gagner du fric. Je me réjouis de ce penchant moderne. Sous-entendu : avant, c’était différent.

Le souci, c’est que Macron fait implicitement du choix privilégié de la fonction publique par les jeunes générations une sorte de caractéristique historique française. Une anomalie devant prouver le soviétisme latent de notre population. Ce qui est une monumentale absurdité. Au mieux, elle a été une parenthèse entre 1993 et les années récentes. Éric Maurin l’avait bien montré dans son ouvrage La peur du déclassement. Une parenthèse désormais révolue, comme le montrent les difficultés de recrutement dans l’enseignement, par exemple.

Les jeunes générations ont toujours voulu aller vers la carrière offrant une combinaison rémunération – prestige – sécurité équilibrée. Avant les années 1990, la fonction publique n’offrait pas, pour une majorité de jeunes, la combinaison optimale. Ce fut le cas ensuite et ça ne l’est plus. Dans le même temps, l’évolution du statut de salarié du privé n’est pas forcément très excitante non plus. Être son propre patron peut séduire. Voilà esquissée une (grossière) interprétation qui n’a plus rien à voir avec les sous-entendus de Macron. Des sous-entendus que le principal intéressé s’empresserait de démentir. Mais le problème n’est même pas là. Se réjouir positivement d’une situation qui n’a aucun fondement autre que l’intérêt bien compris des gens, cela ne sert guère le débat.

Emmanuel Macron ne sert à rien dans le débat public.

Le numérique à l’École est décevant : première approche

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Le rapport de PISA (que je n’ai pas encore eu le temps de lire) concernant l’usage du numérique à l’école semble soulever des questions très intéressantes. Il va, à coup sûr, provoquer un certain nombre de réactions aussi radicales que stupides, alors que son contenu dicte visiblement, si je me fie à cet article de Rue89, une approche prudente.

Si je n’ai pas lu le rapport (publié aujourd’hui…), pourquoi déjà en parler ? Rassurez-vous, j’ai bien l’intention de me pencher dessus et d’y revenir. Mais, j’ai déjà une intuition tout à fait normale pour quelqu’un qui fait de l’économie. En résumé, la voici : dans la fonction de production éducative, les ordinateurs et moyens numériques sont du capital. Ceux qui les utilisent et les enseignent sont du travail (et du capital humain). Le tout opère dans un système organisationnel, qui s’apparente à une technologie, et qui doit produire de la connaissance (un niveau d’éducation et des capacités à la prolonger). Si vous n’avez pas un minimum de complémentarité entre ces différents éléments, ça ne marche pas.

Ce qui amène à une piste évidente : serait-on en présence d’un « paradoxe de Solow » appliqué à l’éducation ? A vue de nez, ça peut y ressembler. On en reparle. En attendant, n’écoutez pas les radicaux.