On fait ce qu’on peut (2)

En complément au fichier mis en lien dans le billet précédent, l’introduction de Nos phobies économiques revenait sur les analyses de Bruce Schneier concernant la sécurité dans les politiques publiques des pays démocratiques. Le propos avait d’autres visées, mais le contenu per se reste d’actualité.

On fait ce qu’on peut

Bon, j’arrive pas. Je vois l’intérêt. Je ne le vois plus. Je le revois. Je le revois plus. Qu’est-ce que vous en avez à foutre de mes pensées ? Wé, ok, j’étais pas loin de tout ce bordel. J’étais même au coeur, mais à distance. J’ai cavalé et ai été confiné. Tout près et bien loin. Mais les survivants, les blessés, les familles méritent que vous restiez plus longtemps sur leurs témoignages et que vous ne perdiez pas votre temps sur un texte tapé avec mes doigts. Ou simplement, que vous pensiez aux morts.

Par contre, puisque comprendre c’est mieux vivre, je me suis posé une question. Forcément. Et je crois que ça peut vous intéresser, ça. Alexandre et moi avons pondu une partie de chapitre de bouquin sur les kamikazes et leur niveau d’éducation. Et là, ça collait plus vraiment. Des petits délinquants de merde, peu éduqués, des crypto débiles, des candidats de TV réalité recalés, allaient tirer dans le tas, se faire sauter et réussissaient une opération massive. J’étais prêt à me dire que les faits changent et que je dois changer mon opinion. C’est peut-être encore le cas. Et puis, il y a des erreurs commises au milieu de ce carnage. Il y a ce fils de pute d’Abdeslam qui se barre. Ce trou du cul qui sort picoler en boîte et va tuer des gens au nom d’Allah. Il y a cette explosion des bombes au stade de France à un moment incompréhensible pour un terroriste digne de ce nom. Et maintenant, ce témoignage du patron de la BRI.

Se former au maniement d’une kalach et maîtriser les techniques de combat contre des civils désarmés (quitte à faire chier le RAID ou la BRI sans buter autree chose qu’un chien – RIP Diesel, j’aime pas trop les chats) est à la portée du premier trou du cul venu. S’en servir shooté au captagon comme le dernier des junkies occidentaux est une évidence. Dans ce désastre, nous avons une chance : ils ne sont pas aussi bons que ça. Compte tenu de la masse d’assassinats de vendredi dernier, je ne sais pas quoi en faire. Mais je crois que c’est plutôt une bonne chose pour la suite. Le fait que ces rats se soient faits loger alors qu’ils pensaient se payer la Défense ou Roissy va dans ce sens.

Je vous ai préparé un pdf avec le passage de notre bouquin sur le sujet (à ma connaissance, il ne se vend plus, je prends pas un rond dessus, c’est pas de la promo, c’est juste que je crois que ça peut vous intéresser ; il est même en téléchargement gratos – et illégal mais on s’en fout – chez bookzz.org).

Sur ce, je vais picoler. Je suis d’ailleurs en retard, excusez mon absence de relecture, c’est important de picoler à l’heure. C’est le beaujolais nouveau. Mais comme ce n’est pas un rendez-vous que j’honore particulièrement, je prendrai ce qui se présentera. En terrasse.

Prix Nobel d’Économie : un job d’enfonceur de portes ouvertes ?

onfray

L’attribution du Prix Nobel d’Économie (qui n’en est pas un, je sais) devient un moment de plus en plus fascinant chaque année, en ce qu’il permet de mesurer la pauvreté intellectuelle de notre joli pays, les commentateurs de divers horizons étant plus soucieux de maltraiter les mouches de se perdre en commentaires pavloviens prémâchés que de s’interroger sur les sujets que le prix met en avant. Le millésime 2015 n’y coupe pas, après une cuvée 2014 déjà très remarquable.

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Nobel économie 2015 : pronostics

C’est la saison, voici mon pronostic Nobel économie 2015.

David Card, pour l’application des expériences naturelles à l’analyse du fonctionnement du marché du travail.

Paul Romer, pour la théorie de la croissance endogène.

Avinash Dixit, William Baumol, pour La structure des marchés.

Le premier commence à arriver à point; le second pourrait être accompagné de co-auteurs, comme Barro, Lucas (pour un second Nobel, peu probable) ou Aghion (dans ce cas, vous n’auriez pas fini de voir ce dernier à la télé). Le troisième est un mélange de « Baumol avant qu’il ne casse sa pipe » et de « Dixit parce qu’il a bossé avec plein de gens qui ont eu des Nobel avant lui ». Notez que Dixit pourrait être avec Romer dans un ticket « rendements croissants ».

DISCLAIMER: LE PRIX NOBEL D’ECONOMIE C’EST PAS UN VRAI NOBEL D’ECONOMIE, TOUT LE MONDE LE SAIT MAINTENANT, DONC CEUX QUI SE CROIENT INTELLIGENTS EN LE RAPPELANT AVEC UN AIR INSPIRE SONT SURTOUT DE GROTESQUES PEDANTS.

Emmanuel Macron ne sert à rien

brazil

Macron n’en finit plus de répéter le même schéma de communication, se résumant à peu de choses près à une séquence invariable :
1. Envoyer une petite phrase plus ou moins en marge d’une intervention officielle.
2. Choisir des propos aussi banals que sujets à double interprétation pour ceux qui guettent l’ogre libéral.
3. Obtenir le soutien de ceux qui guettent l’ogre libéral (pas les mêmes qu’au point 2, évidemment).
4. Démentir, dédramatiser, relativiser, faire appel au bon sens, à la modernité et à la nécessité de débattre et faire évoluer une société bloquée.

Ça marche. Sur les 35 heures. Le statut des fonctionnaires. Les jeunes et l’argent. Les illettrés. Les autocars. Buzz assuré. Sorties de secours disponibles. Parfait. Certains saluent le courage de celui qui n’a pas peur de poser certaines questions, d’initier les débats qui fâchent. D’autres s’agacent, s’insurgent. Ils sont renvoyés dans les cordes et, en fait, sont ravis de trouver une occasion de dire leur effroi devant des propos aussi peu à gauche, tenus par le ministre d’un gouvernement de gauche.

La question est de savoir si ces sorties apportent quoi que ce soit. Non. Rien. Ce n’est pas leur vocation. Au mieux, on est face à des galops d’essai. L’une des dernières petites phrases de Macron porte sur les jeunes, l’entrepreneuriat et la fonction publique :

« Les jeunes générations veulent devenir entrepreneurs, pas fonctionnaires ou politiciens »

Comprenez : les Jeunes de ce pays sont dynamiques, pas fainéants et veulent gagner du fric. Je me réjouis de ce penchant moderne. Sous-entendu : avant, c’était différent.

Le souci, c’est que Macron fait implicitement du choix privilégié de la fonction publique par les jeunes générations une sorte de caractéristique historique française. Une anomalie devant prouver le soviétisme latent de notre population. Ce qui est une monumentale absurdité. Au mieux, elle a été une parenthèse entre 1993 et les années récentes. Éric Maurin l’avait bien montré dans son ouvrage La peur du déclassement. Une parenthèse désormais révolue, comme le montrent les difficultés de recrutement dans l’enseignement, par exemple.

Les jeunes générations ont toujours voulu aller vers la carrière offrant une combinaison rémunération – prestige – sécurité équilibrée. Avant les années 1990, la fonction publique n’offrait pas, pour une majorité de jeunes, la combinaison optimale. Ce fut le cas ensuite et ça ne l’est plus. Dans le même temps, l’évolution du statut de salarié du privé n’est pas forcément très excitante non plus. Être son propre patron peut séduire. Voilà esquissée une (grossière) interprétation qui n’a plus rien à voir avec les sous-entendus de Macron. Des sous-entendus que le principal intéressé s’empresserait de démentir. Mais le problème n’est même pas là. Se réjouir positivement d’une situation qui n’a aucun fondement autre que l’intérêt bien compris des gens, cela ne sert guère le débat.

Emmanuel Macron ne sert à rien dans le débat public.

Le numérique à l’École est décevant : première approche

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Le rapport de PISA (que je n’ai pas encore eu le temps de lire) concernant l’usage du numérique à l’école semble soulever des questions très intéressantes. Il va, à coup sûr, provoquer un certain nombre de réactions aussi radicales que stupides, alors que son contenu dicte visiblement, si je me fie à cet article de Rue89, une approche prudente.

Si je n’ai pas lu le rapport (publié aujourd’hui…), pourquoi déjà en parler ? Rassurez-vous, j’ai bien l’intention de me pencher dessus et d’y revenir. Mais, j’ai déjà une intuition tout à fait normale pour quelqu’un qui fait de l’économie. En résumé, la voici : dans la fonction de production éducative, les ordinateurs et moyens numériques sont du capital. Ceux qui les utilisent et les enseignent sont du travail (et du capital humain). Le tout opère dans un système organisationnel, qui s’apparente à une technologie, et qui doit produire de la connaissance (un niveau d’éducation et des capacités à la prolonger). Si vous n’avez pas un minimum de complémentarité entre ces différents éléments, ça ne marche pas.

Ce qui amène à une piste évidente : serait-on en présence d’un « paradoxe de Solow » appliqué à l’éducation ? A vue de nez, ça peut y ressembler. On en reparle. En attendant, n’écoutez pas les radicaux.

Quelques commentaires sur la publication numérique chez Amazon

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Comme je l’avais précisé à la publication de Trois débats économiques, ce projet était en partie mû par la curiosité de voir comment fonctionnait l’édition numérique. Il est bien trop tôt pour donner un avis sur l’aspect ventes, communication, etc. En revanche, pour la partie rédaction et publication, je peux faire quelques remarques, qui pourraient être utiles à ceux que cela tente. (Lire la suite…)

Ça y est, « Trois débats économiques » est disponible !

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Vous ne dormiez plus depuis plusieurs jours ? Certains d’entre vous ont fait la queue la nuit dernière devant la boutique Kindle d’Amazon pour être parmi les premiers à le lire. Votre attente est finie.Trois débats économiques. Chômage, désindustrialisation, dettes publiques est officiellement disponible à la vente sur Amazon. Plus d’infos sur le livre ici.

Sortie de « Trois débats économiques » sous 48 heures

couve3DE

J’ai terminé le processus de publication de Trois débats économiques. Chômage, désindustrialisation, dettes publiques. Il devrait donc être disponible sur Amazon d’ici samedi 4 juillet (ou vendredi soir).

Je suis évidemment heureux que ce soit terminé. La mise en page finale compatible avec tous les supports de lecture classiques a été bien plus compliquée que prévu. Les graphiques ressortaient très mal initialement sur les tablettes Android (sous Kindle et Ipad, c’était nickel tout de suite). J’ai un peu sué mais, normalement, tout ira bien désormais, quel que soit votre support de lecture (en cas de problème, je pourrai encore essayer d’arranger les choses, c’est l’avantage du numérique).

En revanche, même si j’aurais dû m’en soucier plus tôt dans le détail, je suis un peu contrarié par le système de droits d’auteurs d’Amazon. Pour atteindre une rémunération décente sur chaque exemplaire, sans faire exploser le prix de vente, j’ai dû l’augmenter d’un euro par rapport au prix prévu (le minimum pour satisfaire diverses contraintes imposées par Amazon et garder le sentiment que mon travail est rémunéré a minima). Pour vous donner une piste, les droits sont calculés sur un prix HT et hors coûts de livraison numérique estimés à 0,69€. J’avoue que je n’avais pas prévu ça, même si cela a un sens. J’en suis vraiment désolé et réellement déçu, je pensais que pour 1,99€ tout le monde serait comblé. Mais j’ose croire qu’à 2,99€ TTC, vous serez encore heureux de votre achat.

Apparemment, le livre sera bien disponible sur tous les sites Amazon dans le monde.

Contre le chômage, on n’avait pas tout essayé : tentons la valorisation du licenciement abusif

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Le gouvernement a annoncé hier une modification des règles d’indemnisation aux Prud’hommes. Il s’agit de plafonner les indemnités de licenciement abusif (sans « cause réelle et sérieuse »). Et c’est très bizarre, comme approche du problème de l’emploi.

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