Finalement, faut voir quand même…

Je mettais en doute la pertinence avérée de réduire les allocations chômage des cadres pour faire faire des économies à l’UNEDIC. J’ai probablement été vite en besogne, dans la mesure où, comme l’a rappelé depuis Olivier, l’analyse du comportement d’offre de travail des cadres montre des effets désincitatifs conséquents, dont la facture s’élèverait à 2,75 milliards d’euros par an. ce qui n’est pas négligeable. Montant qui devrait être comparée évidemment à ce que pourrait coûter une baisse des cotisations dont nous ne pouvons avoir aucune idée a priori, dans la mesure où elle serait le résultat d’une négociation dont l’issue est bien difficile à prédire à ce stade. Une chose me paraît acquise néanmoins : gardons nous bien de faire la chasse aux riches au chômage. Il me semble que dans un système encore largement financé par des cotisations, la philosophie du système ne peut s’affranchir totalement d’un principe de type assurantiel : cotisations élevées implique droits élevés.

L’obsession égalitaire frappe-t-elle encore ?

Le rapport de la cour des comptes sur l’assurance chômage pointe du doigt les cadres et les intermittents du spectacle. Concernant les intermittents, j’avoue avoir ri du fait que la moyenne des rémunérations annuelles ait pu être mise en avant comme une preuve de l’injustice du système. Elle n’a pas de signification, les inégalités de revenus étant importantes. Mais passons, il y a d’autres raisons d’en discuter. En ce qui concerne les cadres, il me semble que demander de réduire le taux de remplacement et la durée est risqué politiquement et inutile économiquement.

Hum. J’allais développer cet argument et voilà qu’en cherchant quelques chiffres, je tombe sur cet article, qui raconte à peu près ce que je voulais avancer. Je vous y renvoie donc pour l’essentiel.

En résumé, le taux de chômage est bien plus faible chez les cadres que dans les autres catégories. En gros, statistiquement, plus vous gagnez, moins vous êtes confronté au chômage. Ce qui signifie que le coût des cadres au chômage n’est pas exorbitant. En revanche, ils sont une source de cotisations productive. Est-il bien nécessaire de prendre le risque d’un rééquilibrage de leur contribution dans un système qui ne fonctionne finalement pas si mal, toutes choses égales par ailleurs ? La disposition à contribuer à l’impôt et au financement de la protection sociale (surtout chez les plus aisés) est suffisamment précaire dans notre pays pour éviter de malheureux excès de zèle égalitaires. Quant au benchmarking européen, comment vous dire ? Parfois, même si ce n’est pas systématique, cela n’a tout simplement aucun sens.

Système temporaire de commentaires

Puisque les problèmes de spams ne sont pas encore réglés, je mets en place un système temporaire pour les commentaires. A la fin de chaque billet vous trouverez un lien vers un fil de discussion sur le forum créé pour l’occasion. Vous devez créer un compte sur le forum pour pouvoir laisser des commentaires. La procédure est un peu plus lourde, c’est dommage. Mais au moins, les trolls de passage auront à subir un coût…

Ce système n’est actif que pour les billets publiés à compter d’aujourd’hui.

Le FMI n’a pas fait une erreur de calcul

Je lis explicitement ou presque explicitement depuis hier que le FMI se serait bêtement trompé en faisant tourner son modèle conjoncturel, concluant dans le passé qu’il fallait une cure d’austérité. Un peu comme si à la place d’un 1, il avait mis un 0,5 parce que l’économiste chargé de saisir les données le lundi matin avait un peu trop enfilé de tequilas pendant son week-end au Mexique, payé par Goldman Sachs.

Non, le problème n’est pas là. Le problème, c’est l’estimation d’un paramètre du modèle. Le multiplicateur budgétaire retenu était trop faible. Pourquoi ? Vous avez deux versions possibles. Soit parce que comme personne n’est unanime sur la valeur exacte du multiplicateur budgétaire, dont les estimations varient du simple au triple ou au quadruple, en leur âme et conscience, les économistes du FMI ont choisi une valeur basse (pas la plus basse, du reste). Soit parce qu’idéologiquement prédéterminé, le FMI a retenu ce qui l’arrangeait. Comme Xavier Timbeau le souligne dans cet article dont le titre et certains passages sont néanmoins dans la lignée de ce qui me surprend depuis hier, le FMI n’est pas un bloc parfaitement homogène. En d’autres termes, si vous lisez les publications sur les multiplicateurs budgétaires depuis quelques années, vous verrez que les valeurs plus élevées n’étaient pas ignorées des économistes du FMI, loin de là. Mais entre les publications qui relèvent de la recherche et les éléments qui servent finalement de support à la position officielle de l’institution, il y a quelques filtres…

De façon plus ou moins ironique, c’est Paul Krugman qui vient au secours du FMI, dans un passage d’abord largement ignoré des commentateurs français, mais peu à peu remarqué dans son billet d’hier (traduit en Français ici) :

« I’ve seen some reporting describing the paper as an admission from the I.M.F. that it doesn’t know what it’s doing. That misses the point; the fund was actually less enthusiastic about austerity than other major players. »

Quoi qu’il en soit, aveuglement idéologique ou simple prévision foireuse, il n’y a pas eu d’erreur de calcul, au sens ballot du terme. N’ajoutons pas de la confusion à la confusion.

Lien vers l’article de Blanchard et Leigh.

Add : Cette histoire est en train de tourner au ridicule, les journaux en ligne (et France Culture) reprenant l’information les uns après les autres avec une moutonnerie qui inspire presque le respect. Sur le même sujet, je vous signale ce billet plus long du Captain Economics. Je crains hélas que même un super héros ne puisse pas grand chose pour ramener l’intelligence dans cette histoire… Alexandre tente également sa chance dans ce billet.

Les commentaires sont de nouveaux fermés, mais…

N’ayant pas réussi à mettre en place correctement des mesures de protection performantes pour éviter les spams en commentaire, je dois les fermer à nouveau. Néanmoins, je mets temporairement en place un système de substitution. Je vais utiliser le forum qui est sécurisé, lui, pour permettre les commentaires. Je vous en dis plus quand c’est fait.

On n’est pas plus avancé, mais on avance…

Cet article publié sur le site de The Economist se demande ce qu’est une dette trop élevée. Je n’utilise volontairement pas le terme « insoutenable » qui a une autre signification, à la fois plus précise et romantiquement indicible, pour les économistes.

Ce paragraphe résume bien le problème de ces dettes qu’on annonce trop hautes et qui, finalement, ne demandent encore qu’à grossir, si on s’en tient aux taux d’intérêt exigés par les investisseurs, mais qui laissent planer la menace qu’elles deviennent un jour trop importantes ; surtout que personne n’a une idée précise de quand il faut s’arrêter (je sais, c’est compliqué, mais relisez, vous verrez, ça se tient) :

« These governments can borrow cheaply for decades at a time. While it is certainly possible that the markets are wrong, policymakers should probably pay more attention to investors and less to the fear-mongers, especially since economists do not know how much government debt is too much. In fact, there is good reason to think that many countries with their own currencies could become far more indebted without risking trouble. One reason is that many private investors do not own enough sovereign bonds. »

Il y a quelque chose de très stimulant et de désespérant dans les analyses économiques de la dette publique qui foisonnent depuis quelques années. Quand je parle d’analyses économiques, mettons nous d’accord, je ne parle pas des prophètes de l’apocalypse ou des défenseurs-acharnés-et-permanents-de-toujours-plus-de-déficits-pour-relancer-la-croissance. Je parle des économistes qui bossent. Les rigolos ne me désespèrent même plus et vous devriez en faire autant, en oubliant surtout qu’ils existent. Ce sont les mêmes qui prédisaient la fin du monde avant les Mayas à propos du triple A ou veulent taxer les riches pour régler tous les problèmes sur Terre.

Non, ce qui est stimulant, ce sont les publications de qualité qui fleurissent sur le sujet. Parmi celles-ci, celle de Reinhart et Rogoff (je devrais dire celles, au pluriel, mais vous pouvez jeter un oeil à ce papier central chronologiquement dans leur analyse ou, plus simplement à celui-ci, plus court et également cité par l’article de The Economist) a eu un rôle particulier. Rapidement publiée (le livre This Time Is different date de 2009), elle a été saluée comme un exercice économétrique qu’il fallait faire. Avec le recul, on peut considérer qu’elle a été trop mise en avant, en dépit des limites qu’on lui connaissait dès le départ (et qui n’enlèvent rien à son intérêt). C’est un peu ce que signale l’article qui, bien que n’étant jamais dur à son égard, montre que quelques temps après sa diffusion, il ne nous éclaire pas beaucoup plus et a alimenté des commentaires parfois trop tranchés. Comme je l’écris plus haut, il y a eu des tas d’autres articles et études publiés sur le sujet qui sont loin de manquer d’intérêt. Mais, et c’est là l’aspect désespérant de l’histoire, le bilan est clair : « debt matters, but the precise way that it matters isn’t as clear-cut ».

Conclusion : on avance, mais pas vite.

François, j’étais pas là, mais t’as dit quelques trucs bien, on dirait

Bonne année François et bonne année à nos lecteurs.

Alors, je te l’avoue, quand tu as dit tes voeux à la télé, je n’étais pas devant la télé. Enfin, si, j’y étais, mais elle était éteinte. Enfin, non, elle n’était pas éteinte, on avait mis un concert de Garbage en fond pour l’apéro. Très classique l’apéro : foie gras bon marché et saumon bon marché, en quantité limitée. J’ai pas été augmenté depuis je sais plus quand, donc je la fais à l’économie. En plus, après, on avait fondue savoyarde (bon marché), donc pas la peine de se charger. Tu ne connais pas Garbage, peu importe. On a passé une bonne soirée, merci.

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