Brève de fin d’année

Je tombe sur cet article qui commente le classement des pays selon leur richesse. Après un résumé d’une « étude » du Centre for Economics and Business Research, on a droit à ce tableau (copie de celui de l’étude, sauf pour le titre, dont l’original est « Cebr World Economic League Table 2013″) :

La Chine est plus riche que le Japon. Le PIB serait donc l’indicateur de richesse d’un pays ? Et puis, la surtaxe (censurée) est la cause du déclin français. Si je n’avais pas vérifié mon calendrier, je penserais à un 1er avril. Alors, je range mes sarcasmes et je rappelle ce que vous savez tous : le PIB seul ne donne que le poids économique d’un pays, la taille de sa production annuelle. Ce n’est pas sans importance, évidemment. Mais dire qu’un pays est riche, c’est dire que ses habitants sont riches. Et, bien évidemment, pour un PIB donné, plus il y a d’habitants et moins chacun, en moyenne, est riche. Or, le PIB de la Chine a beau être grosso modo une fois et demie supérieur à celui du Japon, dans la mesure où le Japon est environ dix fois moins peuplé que la Chine, il n’est pas raisonnable de dire qu’un Chinois est plus riche qu’un Japonais.

Le CEBR précise pourtant la chose suivante dans son résumé :

« The World Economic League Table tracks the size of different economies across the globe »

Ce qui est différent d’un classement selon la richesse, que le PIB par habitant mesure plus heureusement.

Les mots ont une importance.

Message de service

J’ai remis en place le système de captcha. En théorie, il ne marche pas… En pratique, cela fait un moment (anormal) qu’aucun spam n’a été envoyé en commentaire. Je laisse donc les commentaires actifs tant que ça se prolonge. Mais j’ai peu espoir que cela dure. A part ça, je progresse, mais je suis lent. Désolé pour la gêne encore une fois et sachez que je suis le premier à souhaiter le retour des commentaires.

Désindustrialisation et balance commerciale en deux graphiques

Je l’ai emprunté à ce document Natixis rédigé par Patrick Artus. A lui seul, il en dit long sur la confusion d’une approche simpliste entre échanges extérieurs et désindustrialisation.

Oui, vous l’avez noté… la balance manufacturière française est à l’équilibre. Je cite Artus :

« Des excédents commerciaux peuvent venir non pas de la solidité de l’industrie, mais de la faiblesse de la demande intérieure de produits manufacturés, comme en Allemagne, au Japon et en Italie »

Le fétichisme industriel est ce qu’il est. Entre verser dedans et analyser la désindustrialisation et ses éventuels inconvénients (ça, on peut, on doit même…) il y a un pas important. Mais assimiler industrie et balance commerciale, c’est s’adonner à une perversion mercantiliste malsaine.

Quand j’essaie d’expliquer à des étudiants à quoi sert le commerce international, je sais – comme tous ceux qui essaient de la faire – qu’il faudra d’emblée casser l’idée que vendre plus à l’étranger est une bonne chose en soi. La rhétorique de la guerre économique étant l’une des notions (stupides) les mieux assimilées par les gens, on se heurte à l’incompréhension, à la suspicion, parfois à l’ironie. Dans ce cas, il ne reste plus qu’à dégainer l’argument historique franco-français le plus parlant. En 1993, la France a enregistré des excédents commerciaux historiquement exceptionnels (peut-être inédits pour le siècle passé). C’était aussi la première année où le PIB baissait (-1% de mémoire) en France depuis la seconde guerre mondiale (Add : en fait, il semble bien que c’est en 1975 que c’est arrivé pour la première fois depuis la guerre). En général, ça marche plutôt bien. On arrive alors à faire passer l’idée (au moins pour dix minutes) qu’accumuler de l’or ou des devises n’est pas forcément un signe de dynamisme économique et que, ni plus ni moins, comme le rappelle Artus, on épargne. Moralité, en faisant (un peu malignement) appel au fétichisme du PIB et de la croissance (même de court terme), on dézingue celui de la balance commerciale. Espérons qu’en matière d’industrie, cette ruse fonctionnera aussi, afin de pouvoir parler sérieusement de désindustrialisation…

Bonus : un second graphique (tiré d’une autre note d’Artus) qui nous explique un peu mieux pourquoi la balance commerciales (globale) est déficitaire.

Plus généralement, je vous conseille les deux articles, ne serait-ce que pour les graphiques.

Le tabac revient

Alors, maintenant, c’est la cour des comptes qui ravive la flamme du zippo… Pour commencer, il faut se garder de l’accabler. Le compte-rendu de son rapport d’évaluation des politiques de lutte contre le tabagisme fait par certains journalistes (pas dans l’article mis en lien) est un poil orienté. Alors qu’elle reste dans une démarche de coûts et bénéfices des politiques publiques, on a subtilement le sentiment que l’hygiénisme lui a servi de fil conducteur. Ce n’est pas le cas.

(Lire la suite…)

Prendre les sexistes par les sentiments ?

Cette année, c’est la chasse aux catalogues de Noël sexistes. Il y a même une certaine Rachel Duriez qui envoie systématiquement des mails aux boîtes qui ont des catalogues sexistes pour leur dire d’arrêter. Certains appelleront cette activité une « cause », d’autres une « obsession ». Moi, je m’en fous, elle fait ce qu’elle veut de son temps. Ce qui m’intéresse, c’est qu’elle veut qu’on arrête de présenter des jouets ménagers en disant « Fais comme ta maman« .

(Lire la suite…)

On est des gros nuls

Je viens d’appendre aujourd’hui la mort de Mark Blaug. Oh, non, ce n’est pas un scoop, puisque c’est arrivé il y a plus d’un an. J’ai un peu honte. Non, c’est presqu’un scandale, en fait. C’est par le biais d’un tweet de Diane Coyle que j’ai compris. C’était pas compliqué, il donnait un lien vers un article intitulé “Twenty Five Methodological Issues in Memory of Mark Blaug” (qui a l’air pas mal du tout, d’ailleurs). On est des gros nuls.

Car Mark Blaug, c’est énorme. Spécialiste d’histoire de la pensée économique et de méthodologie économique, Blaug était probablement l’un des économistes les plus respectés et l’un des moins connus aussi. Respecté parce que reconnu pour son travail impressionnant d’intelligence et d’érudition, parce que discret comme y sont contraints les historiens de la pensée (par la force des choses) et, j’imagine aussi, parce que grand pédagogue.

Pour ce que j’en sais (les spécialistes pourront me corriger le cas échéant ; ah, non, ils ne pourront pas… les commentaires sont désactivés, n’hésitez pas à envoyer un mail, je publierai), la contribution fondamentale de Blaug a été de créer un pont entre l’économie d’hier et celle d’aujourd’hui en réinterprétant autant que possible les théories des anciens avec les perspectives méthodologiques des modernes. Un travail fondamentalement ingrat quand il s’agit de briller en société, mais ô combien vénérable quand on se place dans une perspective méthodologique. Ainsi, nombreux ont dû être les étudiants qui, ouvrant son classique « La pensée économique » ont dû croire que ce type était fou. Que penser d’autre quand on lit « A mon fils, David Ricardo » (qui appellerait son fils David Ricardo ?) ? Je n’ai jamais cru cela, ayant eu la chance avant d’ouvrir son ouvrage, de tomber sur un prof qui nous expliquât à l’époque que le fils de Mark Blaug ne s’appelait pas David Ricardo, mais que la dédicace de l’ouvrage (dont le titre original est Economic Theory in Retrospect, bravo les traducteurs…) était un concentré d’humour résumant la philosophie du bouquin.
Blaug, c’est un apport énorme à la méthodologie économique, une synthèse des lectures qu’on peut faire de l’économie à l’aune de la philosophie des sciences. Un incontournable pour ceux qui veulent prendre du recul sur le sujet. Le tout étant d’une limpidité qui force le respect quand on sait qu’on ne lit pas ce genre de choses comme une BD (je crois que j’ai compris, c’est pour vous dire…).

Avec un an de retard, l’économiste en moi est triste et voit une page se tourner car Blaug a vraiment été ma lecture complémentaire indispensable durant mes années d’études. Mais les écrits restent et même s’ils datent un peu maintenant, lire La méthodologie économique ou La pensée économique vous rendra plus intelligent. Je vous y incite donc.

Célibataire, tu seras chômeur !

Le Parisien était tout fier de vous annoncer récemment une « Bonne nouvelle pour les partisans de la famille : il est désormais scientifiquement établi que pour éviter d’être au chômage, il vaut mieux vivre en couple qu’être célibataire. Alors que le nombre d’inscrits à Pôle emploi continue à grimper en flèche, c’est l’une des conclusions du « portrait social » de la France publié hier par l’Insee. ». Ou pas.

(Lire la suite…)