La gauche épargne la recherche en sciences sociales…

Cet article de Philippe Askenazy est drôle.

J’aime bien le passage suivant, qui contient une grande part de vérité au delà de son côté caustique :

« Le « pire », pour certains chercheurs, se profilait avec une probable grande coalition (SPD-CDU) nécessairement plus conciliante vis-à-vis des anciennes cigales européennes. Les travaux des micro-économistes affairés à traquer les micro – et parfois les nano – dysfonctionnements des marchés pour en tirer d’audacieuses prescriptions « structurelles » auraient tout à coup eu moins d’utilité sociale. »

Il est indéniable que certaines sorties sur l’absolue-nécessité-de-réduire-les-rigidités-du-marché-du-travail comme impératif immédiat et incontournable aux difficultés actuelles ont un côté surréaliste. Pour le reste, Askenazy nous rappelle grosso modo que les politiciens mentent pendant les campagnes électorales. Mais avec le sourire.

Corrélation, corrélation

Vous avez sûrement eu vent de l’étude aussi facétieuse que sérieuse (ou revendiquée comme telle) qui faisait le lien entre la consommation de chocolat d’un pays et le nombre de prix Nobel obtenus.

Vous savez que nous aimons bien l’expression « corrélation n’est pas causalité » (même si j’ai émis quelques réserves sur son usage facile et excessif). Je trouve cette étude très intéressante. Elle pose une vraie question (certes pas fondamentale, mais peu d’études posent des questions absolument fondamentales) qui stimule l’esprit critique.

Je vous conseille de lire cet article, qui résume bien le problème et relaie une des critiques amusantes faite au travail de Messerli, selon laquelle, en appliquant la même méthodologie que Messerli, on trouve une superbe corrélation entre consommation de chocolat et nombre de tueurs en série dans un pays…

Je veux souligner deux choses ici. La première, c’est que sur le fond, il n’y a rien de scandaleux dans cette histoire. L’article de Messerli donne sa méthodologie et elle est critiquable et critiquée. Le point le plus visible est l’absence d’analyse économétrique. L’article se contente d’envisager des mécanismes causaux sans quantifier la démarche. En particulier, la question d’une possible variable cachée est rapidement éliminée. Le choix des variables peut également poser problème. L’article de Roberts et Winters donne quelques détails sur ces deux aspects. La seconde problématique porte sur la forme : ce genre de publication est utile pédagogiquement. Elle offre la possibilité de se pencher sans passion (vu le sujet…) sur des questions scientifiques. Quand on lit cette note en complément de l’article de Messerli, on comprend que le second degré doit être mobilisé :

« Dr. Messerli reports regular daily chocolate consumption, mostly but not exclusively in the form of Lindt’s dark varieties. Disclosure forms provided by the author are available with the full text of this article at NEJM.org »

Et le ton très sérieux de la réponse de Winters et Roberts ne doit probablement pas être surinterprété non plus. C’est en tout cas mon hypothèse. En définitive, on a affaire ici à des échanges qui peuvent aider de façon amusante à mieux comprendre d’autres sujets bien plus préoccupants (suivez mon regard…), mais relevant de la même problématique. Donc, merci messieurs.

PS 1 : Je donne un cours de stats qui aborde les questions élémentaires de corrélation et je n’ai pas résisté à la tentation de parler de l’étude de Messerli…
PS 2 : Désolé, les commentaires sont toujours fermés, je n’ai pas encore réglé le problème du captcha.

10 ou 12 mois ?

Samuel Laurent, dans un bon article (comme toujours) sur le temps de travail des enseignants, évoque la question de l’annualisation des salaires :

« Il existe en revanche un mythe qui a la vie dure, celui des enseignants qui seraient payés sur dix mois, étalés sur douze. Il remonterait à la fin des années 1940, est très difficile à prouver. Et la plupart des syndicats n’y accordent pas foi, et expliquent que le décret de 1948, qui fixe la rémunération des fonctionnaires, n’en fait aucunement mention. »

J’avoue que c’était un peu mon optique jusqu’à récemment. Comme toute légende urbaine, elle faisait sens dans une certaine mesure. Mais comme toute légende urbaine, les preuves évidentes de sa réalité manquaient. Néanmoins, par hasard, j’ai eu sous les yeux il y a deux ans le récapitulatif de rémunération annuelle d’un collègue en mi-temps annualisé (qui avait fait cours la moitié de l’année et était parti vers d’autres cieux le reste de l’année). Sa rémunération était établie sur la base de cinq mois de travail et non pas six. Ce qui laisse supposer qu’il y a bien une rémunération sur dix mois, étalée sur douze mois.

Visiblement, donc, aucun texte ne le mentionne. Mais si l’éducation nationale réalise ses calculs sur cette base, que penser ?

Notez au passage que cela n’arrangerait personne : ni les profs qui devraient reconnaître qu’ils ne sont pas si mal payés ; ni ceux qui considèrent qu’ils ne bossent pas assez, qui seraient bien obligés de constater que les enseignants sont soumis à deux mois de chômage technique annuellement que leurs critiques assimilent à des survacances…