La société des bonimenteurs

En lisant ce billet (merci @freakonometrics) sur l’étude concernant les OGM (oui, celle dont personne n’a parlé récemment…), qui souligne les dégâts durables que cette polémique pourrait produire dans le débat sur les OGM, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre cette affaire et mes remarques passées sur les politiciens bonimenteurs. Une fois de plus, on distille des choses plus ou moins crédibles, voire pas crédibles du tout, et il en restera ce qu’il en restera. Là où ça devient chaud, c’est que dans mes billets, j’opposais les académiques (gentils) et les politiciens (méchants). Ici, même les scientifiques sont des bonimenteurs. Bref, un pas de plus vers le Moyen Age, alors que tout est normalement en place pour s’en éloigner. Amis spécialistes de sciences sociales ou de la communication, je pense qu’il y a un truc à creuser.

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Add : un lecteur me signale que mon propos ne précise pas qui est le bonimenteur dans l’histoire et qu’il peut y avoir confusion. Je parlais de l’étude de Séralini.

90% plus pauvres ?

Soit une population constituée de 20 personnes. Sur ces 20 personnes, 18 gagnent 1000 euros par mois, et 2 gagnent 5000 euros par mois. Le revenu médian de cette population est donc de 1000 euros, le revenu des 10% les plus riches est de 5000/mois, le revenu des 90% les moins riches est de 1000/mois. Le revenu moyen est de 1400 euros par mois (et personne ne le touche).

Les revenus de cette population changent. Parmi les 18 qui étaient auparavant à 1000, désormais, 9 personnes touchent 900 euros par mois, et 9 touchent 1050 euros/mois. L’un des 2 qui gagnaient 5000 gagne désormais 2000, l’autre gagne 10 000 euros par mois. Dans cette population, le revenu moyen des 90% les plus pauvres est désormais de 975 €/mois. Le revenu moyen des 10% les plus riches est passé à 6000€/mois. Le revenu moyen est désormais de 1477,5€/mois.

On peut porter différentes analyses sur cette évolution. Mais il y en a une qui est complètement fausse : celle qui consiste à dire que les 90% les plus pauvres se sont appauvris au profit des 10% les plus riches.

Parce que la moitié de la population s’est enrichie, l’autre moitié appauvrie; que même parmi les 10% les plus riches, les évolutions sont divergentes. On ne connaît même pas l’origine de ces changements, qui peut provenir d’effets de composition. Bref, avant de tirer des conclusions hâtives des données, il convient de les examiner.

Ceci est un rappel pour les gens qui vont commenter aujourd’hui les nouvelles données de l’INSEE sur les revenus en 2010. Beaucoup manquent de la plus élémentaire prudence.

Le songe d’une nuit d’été s’en est allé avec la rentrée

La rentrée est arrivée. La vie reprend donc son cours normal. Comme le souligne Samuel Laurent sur Twitter, les 75% s’annoncent bien symboliques, citant deux articles (ici et ). Taux effectif inférieur, base fiscale réduite au minimum. Le duo gagnant d’une rustine discrète. Faut-il être surpris ? Non. Il apparaissait assez clairement que 75% d’imposition marginale, même pour de très hauts revenus, était un chiffre excessif. Excessif compte tenu de ce qui se passe dans des pays à impôt réellement progressif (qui dépassent rarement les 55%). Excessif aussi, parce qu’en dépit de pleurnicheries pathétiques dans leurs rangs, les très riches restent des citoyens comme les autres et, dans une démocratie qui se respecte, on évite de taper trop fort sur la tête des gens. Évidemment, vous me direz qu’ils ont été bien épargnés auparavant. Mais, d’une part, on ne corrige pas une bêtise par une autre bêtise. D’autre part, les riches d’hier ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui (enfin, pour certains…). Excessif enfin, parce que prompt à déclencher tous les lobbying possibles et imaginables, compte tenu de l’enjeu non négligeable. Sans oublier que ceux qui sont directement concernés pouvaient être épaulés par d’autres, comme je le suggérais ici.

Ainsi donc, le gouvernement fait le triple choix de la raison (c’était dur), du symbolique (on a dit 75%, on s’y tient… vaguement) et du statu quo fiscal. Parce qu’en vérité, comme le montrent les bidouillages autour du plafonnement de la surtaxe, envisager cette taxation sans remettre à plat le système fiscal dans son ensemble est complexe. On savait déjà depuis un moment que l’équipe de Hollande n’avait pas l’intention de s’atteler à une réforme plus en profondeur, dont la fusion impôt sur le revenu-CSG aurait été le signal. Peut-être plus tard, qu’en sait-on ? A vrai dire, on le sait : c’est pas demain la veille…