En passant

Depuis début juillet, les autoroutes et voies rapides aux alentours de Marseille sont passées d’une vitesse maximale de 110 km/h à 90 km/h. Il s’agissait de s’aligner sur une injonction de L’Union européenne justifiée par des raisons environnementales. Globalement, cela complique un peu la circulation. La même UE envisage de modifier la périodicité du contrôle technique et de le généraliser aux deux et trois roues, incluant les cyclomoteurs. Sur le fond, ces mesures n’ont probablement rien de proprement scandaleux. Mais, dans la période actuelle, on touche aux limites des machines technocratiques. Alors qu’on ne sait même pas ce qu’il va advenir de l’euro et, même si le risque est moindre, de l’UE, mettre de telles choses en avant peut avoir un côté surréaliste pour le bas peuple que nous sommes sont des tas de gens que je croise au quotidien. Vous allez aimer l’Europe ?

Add : N’en jetez plus sur le poujadisme et le populisme, je me posais juste la question. Mais visiblement, 2005 n’a pas servi à grand chose.

75% ? Zlatan, ce n’est plus son problème…

Souvenez-vous : outre les attaques spéculatives, c’était la fin du championnat de Ligue 1 qui était annoncée avec l’arrivée de Hollande au pouvoir, du fait notamment d’une forte imposition des hauts revenus. Claude Onesta, dans un entretien pour Libération, avait souligné qu’il y aurait toujours des stars dans le foot, la note étant payée par leur employeur, à revenus nets inchangés : « une star négocie en net », disait-il. Je plussoyais, relevant que l’analyse économique d’Onesta forçait le respect. Avec les conditions financières annoncées pour l’arrivée de Zlatan Ibrahimovic au PSG, je crois qu’on peut encore le féliciter… Même si ce n’est pas la seule possibilité, l’article du Monde envisage bien la possibilité évoquée par Onesta : « le club peut aussi avoir garanti au joueur de lui payer tout ou partie de ses impôts. Il s’agirait d’accorder à Ibrahimovic un salaire brut tel qu’il lui assure le revenu net promis. ».

A relire aussi sur le sujet.

Tous les économistes devraient s’inquiéter de l’état de la macro

Petite discussion sur twitter avec Mathieu Perona, à partir de quelques articles, en particulier celui-ci, qui dénonce l’état de l’économie et l’irréalisme de ses modèles, mis à mal par la crise. Mathieu fait remarquer, à juste titre, que toutes les critiques subies par l’économie depuis la crise se concentrent sur ce qui n’en constitue qu’une petite partie : la macroéconomie et la question des politiques économiques.

Ce n’est pas la première fois que Mathieu s’énerve de la place disproportionnée de la macro et de l’économie politique dans le débat public, et de l’assimilation de toute l’économie à ces domaines. C’est un agacement entièrement partagé depuis longtemps. Il me semble néanmoins que le problème de la macro devrait concerner tous les économistes, y compris ceux qui ne se sentent pas visés parce que traitant des domaines et des techniques entièrement différents.

- La macro, c’est la vitrine de l’économie. Toutes les sciences ont leur vitrine, correspondant à leur utilité supposée dans l’esprit du public. Pour les astronomes, la recherche d’exoplanètes, la vie et l’eau dans d’autres mondes, constituent les sujets qui permettent aux autres astronomes, qui très nombreux n’étudient pas ces sujets sexy qui font la une des gazettes, de travailler tranquillement et de bénéficier de budgets de recherche, de laboratoires universitaires, peu contestés. Les physiciens sont champions pour cela, ce qui leur permet d’obtenir des budgets de milliards d’euros pour leurs recherches. Il serait intéressant d’analyser le processus par lequel une science se légitimise vis à vis du public : mais sa capacité à apporter des réponses concrètes dans un domaine réservé est extrêmement important. Les microprocesseurs, les armes atomiques, les centrales nucléaires, les avions, fonctionnent, et peu importe que cela soit grâce à une physique vieille d’au moins un siècle : cela permet de clouer le bec à n’importe quel détracteur qui se demanderait l’intérêt de consacrer 9 milliards d’euros à la découverte d’une particule ou à des modèles décrivant un univers à 9 dimensions.

Pour les économistes, la vitrine, que cela plaise ou non, c’est la politique macroéconomique. Ce n’est pas le seul domaine dans lequel les travaux des économistes ont des applications concrètes (au hasard, santé, fiscalité, éducation, concurrence, travail, organisation industrielle, enchères, développement): mais dans tous les autres, les économistes ont une concurrence sérieuse (juristes, sociologues, parfois même physiciens). C’est là dessus qu’on interroge les économistes, qu’ils sont attendus.La dernière fois que la macroéconomie s’est couverte d’urine, l’effet sur les budgets de recherche économique (et sur le prestige de la discipline) a été considérable (graphique tiré de ce bouquin) :

OK, il y a certainement d’autres raisons à cet effondrement à l’époque. Il n’empêche qu’en terme de prestige, l’économie a connu un point haut à la fin des années 60 et un effondrement dans les années 70.

- Il n’y a pas de vitrine de rechange. Lorsque les questions macroéconomiques conjoncturelles ont semblé réglées (l’époque ou Blanchard affirmait que l’état de la macro était bon…) et que les macroéconomistes croyaient pouvoir paisiblement chipoter avec leurs modèles DSGE dans leur coin, a été celle de la vulgarisation d’autres domaines de l’économie: l’âge freakonomics. Si celui-ci ne doit pas être limité à cet ouvrage et sa suite, il n’en reste pas moins que cela donne le sentiment qu’alors que la crise la plus grave depuis les années 30 se préparait, les économistes se préoccupaient de tricherie dans les matches de Sumo. Il n’est pas si facile que cela de construire une vitrine de rechange.

- Nous ne connaissons pas l’ampleur du désastre. Que la macro soit dans un état lamentable est une chose : mais au moins, nous le savons, parce qu’elle a subi l’épreuve du monde réel, et s’est avérée au mieux inutile, au pire nuisible: tout s’est passé comme si tout ce qui avait été fait en macro conjoncturelle depuis 40 ans était bon pour la corbeille. Mais au moins, il y a un état des lieux (sur lequel les spécialistes ne manqueront pas d’être en désaccord, mais c’est le but de ce billet, aussi…). Mais sur le plan méthodologique, le projet de la période récente a été de la rapprocher du reste, en la dotant de fondements micro. Comment se porte le reste, qui lui n’a pas eu à être sollicité par le monde réel comme l’a été la macro? Quelle est l’ampleur de la remise en cause nécessaire?

En bref, on ne peut pas faire comme si le discrédit qui touche la macro n’avait pas d’importance pour le reste de l’analyse économique.

PS : il y a autre chose dans le discrédit : l’accusation de corruption envers les économistes, comme par exemple dans le dernier livre de Laurent Mauduit. Ca sera pour une prochaine fois.

Edit (09/07) : la réponse de Mathieu sur son blog.

Les nuits sans lumière

L’hiver dernier, j’ai constaté à deux reprises, des jours différents (mais toujours un vendredi soir), alors que l’éclairage du port de Marseille était en panne, qu’une agitation sensible et inhabituelle régnait dans la rue. On pouvait constater des comportements plus expansifs, mais dans une optique qu’on pourrait qualifier de plus agressive. N’étant pas franchement sujet à la peur de l’obscurité citadine, j’ai réfléchi et ai éliminé l’hypothèse d’un biais personnel qui me ferait prendre des comportements habituels pour inédits. Je me suis donc demandé si l’absence d’éclairage pouvait expliquer ces attitudes atypiques. Je me suis bien gardé d’en conclure quoi que ce soit, tout un tas d’autres éléments que l’éclairage, et inconnus de moi, pouvant expliquer cela.

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