Economie politique de l’IUFM

Vent de panique et de précipitation oblige, il faut des profs. Vincent Peillon trouve opportune l’idée de rappeler des retraités de l’Education nationale pour encadrer les jeunes enseignants. Il est très clair, pas question de les employer en tant que remplaçants. Tu m’étonnes… Je te dis pas l’aléa moral ! N’empêche : interrogations, controverses, blablabla.

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La sangria, c’est traître

Alexandre rappelait hier sur Twitter un de ses vieux billets de 2008 où il était question de la solidité supposée des banques espagnoles. Aujourd’hui, celle-ci est, disons pour rester sobre, plus très visible à l’oeil nu.

Aujourd’hui, sans lien avec ce tweet, je relisais un passage du bouquin de Michel Aglietta, La crise. Et que lis-je à la page 24 ?

« Dans certains pays, comme l’Espagne, la réglementation financière imposait une réserve en capital équivalente au prêt, qu’il y ait ou non transfert de risque. C’est la raison pour laquelle les banques espagnoles sont aujourd’hui plus robustes et mieux armées que d’autres pour supporter le choc de la crise immobilière. »

On pourra dire que le message est assez relativiste (elles ne sont que « mieux armées que d’autres »), ça doit quand même inspirer un soupir de tristesse de relire ça aujourd’hui quand on l’a écrit. Loin de jeter la pierre à Aglietta (j’ai dit du bien du livre, ça reste vrai et il est à noter, si j’ai bien compris, qu’une version actualisée a été publiée j’avais mal compris… c’est un autre ouvrage), je me dis simplement que quand on est confronté à des évènements exceptionnels, y voir parfaitement clair n’est pas facile (ce qui n’a rien de très fulgurant, je vous le concède).

PS : pour la sangria, je vous suggère, si vous ne trouvez pas cela hérétique, d’ajouter pour 2,5 litres de sangria, 0,5 litre de boisson énergétique (type Redbull, mais je préfère le Burn pour ma part). C’est une variante intéressante qui, d’après mon expérience, plaît.

Quelques liens

The strong demand for charlatans. Chris Dillow (Stumbling and Mumbling). Sur la base d’un article d’économie expérimentale, Dillow rappelle que la prévision est un exercice qui tourne souvent à l’escroquerie. Mais, surtout, qu’il existe toujours des gens qui veulent se faire escroquer.

The Fairness Trap. James Surowiecki (The New Yorker). Considérer la justice comme le point central des négociations autour de la Grèce est une absurdité. La psychologie humaine est incapable de dealer correctement avec cette notion dans pareille situation. Cela rend tout accord impossible et personne n’y gagnera.

How to build a fiscal union to save the eurozone. Wolfgang Münchau (Financial Times). Le point de vue de Münchau sur le sujet.

Et si la Grèce choisissait l’option Monténégro ? Alexandre Delaigue (Libération). Ce n’est pas courant, quoique pas rarissime d’une manière ou d’une autre, mais un pays peut utiliser une monnaie sans avoir le droit de la battre (en Turquie, par exemple, vous pouvez retirer des lires turques, des euros ou des dollars aux distributeurs et payer avec ; au moins dans les coins touristiques). Le Monténégro utilise l’euro sans même être membre de l’UE. Pourquoi pas la Grèce ? Cette solution pour envisager un Grexit pourrait être moins brutale qu’un retour simple à la drachme.

Minimum Wages and Employment : a Review Of Evidence From The New Minimum Wage Research. David Neumark & William Wascher (NBER Working Paper, 2006). Apparemment la dernière étude (une revue de la littérature, en fait) très large sur le salaire minimum. Elle date de 2006. On pourra également lire le rapport 79 du CAE de Cahuc et Zylberberg de 2008. Je suis par ailleurs au regret de vous annoncer que les journalistes – je ne donnerai pas de noms – qui citent des chiffres sur l’impact du Smic ne savent visiblement pas de quand ils datent, parfois pas de qui ils émanent. Néanmoins, ils sortent des chiffres et prennent position avec vigueur. La question mérite, je pense, un peu plus de retenue.

Contrôle des loyers : retour au Moyen-Âge économique. Pascal Emmanuel Gobry (Atlantico). Une piqûre de rappel musclée sur l’économie des loyers. L’article a le mérite de souligner avec force que cette question n’est pas un sujet d’économie pure mais d’économie politique. Renoncer à ce genre de raisonnements conduit à s’aliéner une partie considérable de l’électorat et des clients divers. Les mesures de contrôle de l’immobilier qui sont injustifiées d’un point de vue économique, et souvent d’un point de vue de critères de justice pourtant admis de presque tous, ne sont pas prêtes de disparaître. En tout cas, le sujet avait déjà énervé Alexandre.

Econ Chuck Norris Fact du jour – 28/05/2012

Quand Chuck Norris adopte une cible d’inflation, la masse monétaire la respecte.

Redécouvrez avec gravité et respect tous les Econ Chuck Norris Facts.

Les Econ Chuck Norris Facts vont faire une pause, jusqu’à la publication du prochain billet normal, histoire d’arrêter de saturer le blog avec ça. Mais ne vous en faites pas, j’en ai encore un paquet en stock ;-)

Econ Chuck Norris Fact du jour – 27/05/2012

Si Chuck Norris était ministre du redressement productif, on produirait tellement qu’il faudrait garder la semaine de 4 jours d’école pour que les enfants français aient le temps de fabriquer les jouets des petits Chinois.

Redécouvrez avec gravité et respect tous les Econ Chuck Norris Facts.

Si la Grece sort de l’euro, l’euro est mort.

John Kay l’exprime très clairement.

Une monnaie n’est rien d’autre que la confiance que ses utilisateurs lui accordent. Un dollar californien vaut autant qu’un dollar texan, et personne n’imagine même qu’il puisse y avoir une différence entre les deux. Ils sont les mêmes. Ils ne l’ont pas toujours été. En 1933, le système interbancaire américain s’est effondré, et les dollars auraient eu des valeurs différentes selon les états sans la création rapide d’un système fédéral de garantie des dépôts.

L’euro est une monnaie unique parce que les euros déposés dans une banque allemande valent autant que les euros déposés dans une banque française, ou italienne, ou espagnole. Ou grecque.

Si la Grèce sort de l’euro cette règle n’existera plus. Le producteur de pétrole, qui attend d’être payé en euros, sera peut-être payé en drachmes, en euros, ou en partie l’une ou l’autre. Le détenteur d’euros dans une banque grecque se retrouvera avec des drachmes. Le grec détenteur d’euros dans sa caisse enregistreuse sera détenteur d’euros. Le créancier de l’état grec sera payé en drachmes. Ou en euros. Des années de procès en perspective pour répondre à la question : combien valait, en réalité, un euro dans une banque grecque?

Cela conduira à se demander : combien vaut réellement un euro dans une banque espagnole, ou portugaise, ou irlandaise, ou italienne? Et la réponse sera, plutôt moins qu’un euro dans une banque allemande. L’euro cessera d’être une monnaie unique pour être simplement un système de parité fixe entre monnaies différences. Et les systèmes de parités fixes ne tiennent que dans la mesure ou les économies qui s’y soumettent veulent accepter les disciplines que cela impose. Pour les pays globalement débiteurs, le risque de déflation; pour les pays créditeurs, la détention potentiellement illimitée des dettes des pays débiteurs. L’expérience montre que les systèmes monétaires de parités fixes ne tiennent jamais face à ces contraintes.

Donc si la Grèce sort de l’euro, l’euro est mort. On peut trouver de très bons arguments pour dire que ce serait une catastrophe, de très bons arguments pour dire que ce ne serait pas un drame.

Mais ne nous voilons pas la face devant l’évidence.

Quelques liens des semaines passées

À qui profitent les dépenses éducatives ? Pierre Merle. (La vie des idées)

Why China Won’t Rule. Robert Skidelsky (Project Syndicate). La Chine ne mangera pas le monde.

Réindustrialiser autrement. (Le reste du monde)

Les délocalisations, c’est fini ? (Le reste du monde)

How Economics Explains The Rising Support for Gay Marriage. Justin Wolfers (Freakonomics). Quand la fonction de production qui sous tend le mariage change, les couples homosexuels deviennent des couples comme les autres. Sur le sujet, Becker et Posner échangent aussi.

Define ‘Welfare State,’ Please. Nancy Folbre (Economix). Une question de frontières.

The Death of Inflation Targeting. Jeffrey Frankel (Project Syndicate). La fin d’une époque pour la politique monétaire.

The Eurozone crisis: Fiscal fragility, external imbalances, or both ? Pietro Alessandrini et alii (VoxEu). Ce sont les déséquilibres extérieurs qui sont à l’origine de la crise de la zone euro (mais vous le saviez déjà).

What to expect from François Hollande. Philippe Aghion (Financial Times). François Hollande est formidable.

Emploi : « Hollande ne rompt pas avec les vieilles recettes inefficaces » Entretien avec Philippe Askenazy (Rue89). François Hollande n’est pas formidable.

An equality multiplier ? Chris Dillow (Stumbling and Mumbling). L’égalité, une mécanisme autoentretenu.

L’euro est en train de tuer le sud de l’Europe. Matthew Yglesias (Slate). Espagnols, Portugais et Grecs sont des Argentins comme les autres.

Robert Shiller on Human Traits Essential to Capitalism. Entretien avec Robert Shiller (The Browser). Son top 5 de lectures pour comprendre le capitalisme.

UTILISEZ LE TERME D’EURO-OBLIGATION AU LIEU D’EUROBONDS

Nous avons reçu cette injonction du ministère de la Culture (tel quel, j’ai copié collé le titre du mail). Eh ben, moi j’aime pas qu’on me donne des ordres avec un mail-spam au titre écrit en majuscules (qui, pour ceux qui l’ignoreraient, signifie sur Internet que l’on hurle). Tout ça pour ça :

Dans les négociations liées à la mise en place du pacte budgétaire européen, revient de façon insistante le projet d’émettre des obligations communes aux États membres de la zone euro, appelées en anglais eurobonds. Pour désigner en français ces obligations dont la création a pour objectif d’éviter la spéculation sur les dettes des États les plus en difficulté par une mutualisation des dettes des pays de la zone euro, le terme euro-obligation vient d’être officiellement recommandé par la Commission générale de terminologie et de néologie »

Eh ben, je m’en moque, je continuerai à dire eurobonds. Parce que c’est moins pénible (deux o qui se suivent, c’est lourdingue). Parce que même si les puristes auraient pu trouver cela inconvenant (pour de sombres histoires de maturité différentes des bons et obligations dans la pratique actuelle, pour ce que j’en sais), « eurobons » aurait été très bien. Et parce que j’aime pô qu’on m’interpelle de la sorte. Et tant que j’y suis, je continuerai à dire credit crunch, what the fuck et cluster.

A la fin, du mail, y avait : « Pour ne plus recevoir d’information, cliquez ici ». Voilà, c’est fait. Non mais oh…

Un mystère qui commence à sérieusement s’éclaircir

Quand Jean-Claude Trichet était gouverneur de la Banque de France ou de la BCE, j’ai toujours été très réticent vis-à-vis de ceux qui l’alignaient sans aucune réserve. Parfois, c’était drôle de commenter la communication d’un gouverneur de banque centrale. Parfois, un peu moins (attention, ce texte date de 2001).

Alexandre a donc eu une très bonne idée de s’intéresser dans sa chronique sur liberation.fr à la vie de Trichet après la BCE. Il résume bien le sujet, en s’appuyant sur les prises de position de Trichet depuis qu’il n’est plus en poste à la BCE :

« banquier central est un métier difficile, que l’on peut y commettre des erreurs, et dans lequel la parole n’est jamais libre. En 1992, dire la vérité aurait probablement conduit à une attaque spéculative contre le franc. En 2011, la BCE était prise en étau entre ceux qui lui reprochaient de ne pas en faire suffisamment pour soutenir les pays européens, et ceux qui lui reprochaient d’en faire déjà beaucoup trop.

Sa liberté de parole recouvrée depuis sa retraite, néanmoins, laisse croire que ces propos anciens étaient parfaitement sincères et dénués d’arrières-pensées. (…) au bout de tant d’années, Jean-Claude Trichet n’a toujours rien compris à la crise de la zone euro, assimilée au mauvais comportement de quelques mauvais gouvernements. Qu’il a présidé aux pires récessions depuis l’après-guerre, d’abord en France, puis en Europe, avec la certitude d’avoir toujours fait les bons choix.« 

Pertinent.

François, c’est à propos du SMIC…

Tu as annoncé que tu allais mettre un coup de pouce au SMIC. Ce qui est bien, c’est que si DSK était à ta place, c’est pas le pouce… Enfin, bon, tu m’as compris, je ne voudrais pas faire de trop mon Guillon… Cela dit, je me propose de t’en parler. Mais bon, tu vas voir, c’est un truc un peu techno ; à la fin, c’est toi qui vois et j’ai failli te ressortir un plan en deux parties et deux sous parties comme au bon vieux temps où j’allais à l’école (comme élève).

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On garde le rythme (scolaire)

On m’a reproché de ne pas avancer dans mon précédent billet d’études pour justifier l’idée que la réduction du nombre annuel d’heures travaillées serait une bonne chose (ou pas mauvaise) pour la performance des élèves. Même si je doute que toutes les réactions soient de bonne foi et pense qu’elles ont un côté décalé par rapport à la logique de mon texte (qui essayait seulement de poser des bases), la critique demeure très légitime. Voici quelques éléments glanés.

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L’étonnante arithmétique scolaire

Vincent Peillon vient d’annoncer le retour à une semaine de cinq jours à l’école primaire. Dans les cartons, il y a aussi une réduction du nombre de semaines de vacances, afin d’étaler les horaires sur l’année. Un consensus scientifique semble se dégager clairement sur ce sujet : les rythmes scolaires actuels en France sont contreproductifs. Mais apparemment, la solution retenue est celle d’un étalement de ce qui existe, que ce soit au niveau de la semaine ou de l’année. Cela a de quoi surprendre.

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Mais où est passé l’experience rating hollandais ?

Lors de la Primaire socialiste, François Hollande avait avancé l’idée de rendre pour les entreprises les décisions de lienciement plus libres en instaurant un système de taxation qui ressemblait au système de l‘Experience Rating américain. Un système bizarrement peu connu du public en France.

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Drame dans le football : un micro-marché décède des suites d’une asymétrie d’information

Ce week-end, le RC Lens recevait Istres en championnat de Ligue 2. Lens devait gagner pour assurer son maintien en L2, alors que Istres était déjà sauvé et n’avait rien de particulier à gagner. A Istres, des dirigeants et joueurs sont liés à Lens (le président est un ancien dirigeant de Lens et un joueur d’Istres est prêté par Lens). Les paris sur ce match ont été très importants (en faveur de Lens) et finalement suspendus avant le match. Les Lensois et Istréens sont très énervés. En fait, on peut les comprendre. Suspendre les paris signifie qu’on suspecte un arrangement entre les deux équipes. Pourtant, il y a au moins deux bonnes raisons de ne pas trouver suspects de gros paris sur une victoire de Lens.

La première raison, c’est qu’une équipe comme Lens, une grosse structure, menacée par une relégation en National, avait de bonnes raisons de faire le match de la saison et de bonnes raisons de gagner contre un club qui n’avait jamais que 4 points de plus qu’elle au classement. Le fait que des individus aient pu parier une grosse somme sur Lens ou que de nombreux parieurs aient parié sur l’équipe est rationnel. La seconde raison, c’est que si les parieurs pensent que le match est arrangé, ce n’est pas pour autant qu’il l’est. On sait évidemment que lever le pied quand il n’y a pas d’enjeu (ou qu’il y en a un indirect, sentimental) est une pratique connue. Mais où est la limite entre la pratique effective et la croyance que le match est truqué ? Là encore, en l’absence de toute fraude, il est rationnel de parier sur l’équipe supposée favorisée. Et que les montants soient anormalement élevés peut être déduit d’une information publique largement exploitée (il y a un gros enjeu, donc l’arrangement est probable et de nombreux parieurs l’anticipent), aussi bien que d’une information privée éventée (une rumeur largement diffusée, du type « Je connais le beau frère d’un gars qui connaît un cousin qui a entendu un joueur de l’équipe réserve dire que c’était truqué ») ou de la simple observation du montant des paris engagés, qui laisse supposer qu’il existe une information privée pour les autres.

Mais en définitive, pour les sociétés de paris sportifs, il est également très rationnel de suspendre les paris, pour éviter toute polémique. On vous l’a dit, l’asymétrie d’information, ça fait disparaître des marchés. Pour finir : avec 6 équipes de L1 entre 36 et 39 points de la 13ième à la 19ième place avant la dernière journée du championnat, il va y avoir de quoi suspecter dans quelques jours…

La Grèce va-t-elle quitter la zone euro? Episode IXCL

Les élections en Grèce, l’échec des deux principaux partis de gouvernement, font remonter les annonces sur une prochaine sortie de la Grèce de la zone euro. Selon Citi, le risque de sortie est compris entre 50 et 75%, 15% pour d’autres analystes.

En décembre dernier, j’avais donné mon pronostic pour la zone euro en 2012, considérant que la probabilité d’un départ d’un pays de la zone euro en 2012 était de 10%. (j’ai expliqué ici comment interpréter ces prévisions). Avec les nouveaux développements, cette prévision devrait être modifiée. Comment?

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Le retour de l’hystérèse dans les travaux macroéconomiques ?

Cubitus de Dupa détourné.

La question de l’effet d’hystérèse et des effets asymétriques des récessions pourrait revenir sur le tapis dans les travaux macroéconomiques. L’effet d’hystérèse caractérise une situation où les conséquences d’un phénomène économique persistent quand celui-ci a disparu (c’est une notion de science physique, à la base). Pendant longtemps (et encore aujourd’hui), ce point n’était évoqué dans les manuels qu’au travers de l’article de Blanchard et Summers (1986). Il a largement disparu de la circulation et figurait au panthéon des idées que tout le monde considère comme forcément juste mais dont l’importance a du mal à être clairement mesurée (les travaux économétriques sur le sujet n’ont pas manqué mais, autant que je sache, étaient relativement frustrants). Il aura fallu que le taux de chômage américain flirte avec les 10% et que sa durée moyenne s’allonge spectaculairement depuis 2009 pour que DeLong et Summers l’évoquent de nouveau parmi les sujets sur lesquels des recherches complémentaires sont requises, dans un article qui vaut vraiment la peine d’être lu.

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