Je me disais bien que j’avais déjà entendu cela quelque part.

« Quelqu’un qui est au RSA, qui n’a pas d’emploi et qui n’est pas en formation, devra faire 7 heures de travail d’intérêt général par semaine, rémunérées au niveau du SMIC. »

Nicolas Sarkozy, 22/02/2012

« Le principe même du travail obligatoire est pour les communistes indiscutable: « Qui ne travaille pas ne mange pas ». Et comme tous doivent manger, tous sont obligés de travailler. L’obligation du travail est mentionnée dans notre Constitution et dans le Code du Travail. Mais elle n’était jusqu’ici qu’un principe. Son application n’avait eu qu’un caractère accidentel, partiel, épisodique. Ce n’est que maintenant, face aux problèmes que pose la renaissance économique du pays, que la nécessité de travail obligatoire se pose devant nous de la manière la plus concrète. L’unique solution correcte, en principe comme en pratique, des difficultés économiques, consiste à considérer toute la population du pays comme le réservoir de main d’œuvre nécessaire – une source presque inépuisable – et à en organiser dans un ordre rigoureusement établi le recensement, la mobilisation et l’utilisation »

Léon Trotsky, « Terrorisme et Communisme », 1920.

Le vrai cas qui pose problème

En matière de brevets pharmaceutiques, le cas usuellement médiatisé est celui du méchant laboratoire qui dispose d’un brevet et vend très cher ses médicaments aux pays pauvres. S’il est digne d’intérêt et pose le problème de la propriété intellectuelle, il existe des solutions, dont celle de la licence obligatoire, retenue dans les accords ADPIC. Voir ce billet pour une présentation des enjeux ou le chapitre 15 de Sexe, drogue… et économie, intitulé Les maisons de disque et les laboratoires pharmaceutiques sont des petits malins. Tiens, au passage, je rappelle que si certains chapitres relèvent d’une logique Freakonomics, la plupart des chapitres en sont très éloignés, celui-ci en particulier (Je dis ça, parce qu’un individu nous a récemment accusés de faire du sous Freakonomics en français ; ce qui est crétin).

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Est-il encore possible de juste poser des questions à haute voix sans se faire descendre ?

Je pensais que oui. Mais plus le temps passe, plus il y a matière à en douter, quand je lis certains commentaires. C’est très amusant. Cela correspond à une attente top-down. Celui qui écrit doit produire une pensée définitive. Poser des questions, en disant que « ça vaut ce que ça vaut, c’est juste une idée qui m’est venue comme ça, je la soumets » attire des remarques parfois teintées d’une agressivité assez hors de propos. De mon point de vue de vieux blogueur, en tout cas. N’aurais-je pas perçu la fin d’une époque ?

La revanche des bonimenteurs

La dernière sortie de Nicolas Sarkozy (candidat) a fini de me convaincre que nous sommes probablement en train de franchir une étape déterminante dans la communication politique autour des chiffres. Qu’ils soient utilisés de façon désordonnée ou approximative n’est pas nouveau. Des libertés prises avec la méthodologie et la signification réelle des chiffres sont vieilles comme l’utilisation de la statistique en politique. Mais il semble que nous ayons passé un nouveau cap. Celui où l’on ment tout simplement, de façon décomplexée (On me signale en commentaires que j’exagère sur Sarkozy. Admettons que ce soit un mauvais exemple. Ça ne change rien au fond : le nombre de lâchers de chiffres débiles est visiblement plus élevé que par le passé). J’avais déjà signalé un cas absolument grotesque il y a quelques temps. Le candidat de l’UMP en donne un autre exemple énorme. La régularité de publication de la rubrique désintox de Libération semble aller dans ce sens.

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Des notes de lecture à rédiger (teaser)

Marchés financiers – La logique du hasard, par Evariste Lefeuvre. Le Godot des notes de lecture. Reste d’actualité.

La machine à trier, de Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland et André Zylberberg. Note : ils sont quatre, mais le livre ne fait pas 800 pages ; seulement 143. Un concentré de statistiques et analyses pour une idée simple : se préoccuper des jeunes est une erreur. Seuls certains ont de vrais problèmes.

Les nouvelles classes moyennes, de Dominique Goux et Eric Maurin. Un regard subtil sur les classes moyennes, appuyé, comme à l’accoutumé avec ces auteurs, sur un appareillage statistique et économétrique solide, histoire de ne pas blablater dans le vide.

Repenser l’Etat, par Philippe Aghion et Alexandra Roulet. Des idées pour ne pas jeter l’Etat Providence avec l’eau de la mondialisation.

The Race Against The Machine par Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee. Une vision semi pessimiste sur les liens entre progrès technique et emploi (ouvrage numérique, mais je crois qu’il était question de le publier en version papier).

La réforme des systèmes de santé, par Bruno Palier. Un que sais-je, parfois, c’est utile.

Que des choses intéressantes. Les trois premiers sont mes priorités, dans cet ordre. J’espère publier les chroniques sous dix jours. Pour la suite, je ferai selon l’envie du moment.

J’ai également reçu les Vingt propositions pour réformer le capitalisme, sous la direction des économistes de Dieu Gaël Giraud et Cécile Renouard (ils sont tous les deux religieux ; notez que si c’était mon cas, j’écrirais plus de notes de lecture…). Le titre est un peu nul. Mais Gaël Giraud produit généralement de bonnes choses. Reste plus qu’à lire et vous en reparler plus tard.

Les corps (intermédiaires) dans le placard

Lors de son second meeting de campagne, Nicolas Sarkozy a fustigé les « corps intermédiaires ». On imagine bien que les premiers visés sont les syndicats de salariés. Il n’est pas utile de tirer sur les ambulances et de rappeler à quel point la vie syndicale française et l’état de notre démocratie sociale en général sont déliquescents. Il n’empêche, le projet du candidat de l’UMP a de quoi surprendre (ou pas).

Alexandre avait fort pertinemment abordé ce sujet dans une chronique de décembre sur le site de Libération. Il rappelait ce que les économistes disent depuis longtemps : la démocratie sociale dans les sociétés européennes est un facteur de régulation du marché du travail puissant, qui permet d’atteindre des équilibres plus satisfaisants dans lesquels des négociations davantage centralisées sont favorables à l’emploi (voir cet ouvrage par exemple) et à la coopération. Le fait que l’image des syndicats soit lamentable, à juste titre, dans notre pays ne justifie pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et appellerait, au contraire, des propositions sérieuses.

Alexandre se demandait si les partis politiques en campagne avaient l’intention de s’en soucier. En ce qui concerne l’UMP et son candidat, nous disposons maintenant de la réponse. Le projet de l’UMP proposait « l’invention d’une nouvelle démocratie sociale ». Visiblement, ce sera sans les corps intermédiaires. Ce qui laisse au mieux hilare, au pire inquiet.

Retour sur le tabac

Dans le chapitre de Sexe, drogue… et économie intitulé « Il faut laisser fumer les gens dans les lieux publics », nous nous interrogions sur l’impact réel de l’exposition au tabac quelques heures par semaine pour les non fumeurs dans les lieux publics tels que les cafés ou restaurants. La conclusion logique était que si on voulait supprimer les décès liés au tabagisme passif, il fallait interdire de fumer dans les lieux d’exposition fréquente au tabac. Ce qui concernait surtout le domicile, mais aussi certains lieux de travail. Concernant le lieu de travail, les personnels d’établissements tels que les cafés, restaurants ou établissements de nuit étaient plus particulièrement exposés. Pour ceux-ci, même si la possibilité de rémunérations compensatrices pouvait régler la question, j’avoue qu’un doute subsistait quelque peu dans mon esprit. A-t-on toujours le choix de travailler où l’on veut ? Combien de personnes étaient concernées ? J’imagine qu’à plus ou moins long terme, on n’est pas obligé de travailler dans un univers enfumé si on ne le souhaite pas. Mais la question me titillait à la marge.

Cet article du Monde apporte des informations supplémentaires sur le sujet. Et, même si on doit le lire avec toute la prudence que les incertitudes sur le sujet laissent planer, force est de constater plusieurs choses. D’abord, le nombre de morts lié au tabagisme passif est incertain et – au grand maximum – de 5 000 par an. Ensuite, et surtout, une lecture fine de l’étude qui en 2006 avait justifié la loi anti tabac, « le total des non-fumeurs tués par le tabagisme passif ne s’élèverait pas, comme on pouvait le croire, à 6 000, mais à 1 114. Et si l’on ne considère que les travailleurs non-fumeurs, le total serait de 107. ». Je résume très rapidement le propos, il faut vraiment lire l’article en entier.

Récemment, j’évoquais (en totale digression) la question du nombre de décès par tabagisme passif avec des étudiants. L’un d’eux m’a rétorqué : « Ah, mais c’est toujours ça de trop ». J’ai été contraint de répondre que des tas de choses que nous faisons causent toujours des morts de trop et qu’il fallait interdire aux gens de fumer chez eux, pas sur les quais de gare. Mais je ne pense pas l’avoir convaincu. Son truc (a priori, vu sa filière), c’est la comptabilité, pas l’économie.

PS : Oui, je fume. Non, je n’impose pas ma fumée de façon sans gêne aux non fumeurs. Et oui, je sais… déjà que c’est pas brillant, ça va pas aider.

Un fait divers et plein de plus

Article très intéressant au delà du contexte. Il illustre la notion de différences compensatrices (voir le tout début de cet article par exemple) et la capacité des Américains à répondre rapidement à des questions qui touchent aux conditions de travail (déjà illustrée par exemple par Philippe Askenazy).

La dette publique est toujours un faux problème (eh wé…)

Un chapitre de notre premier livre Sexe, drogue… et économie s’intitule « La dette publique est un faux problème ». Ce qui nous a valu des interrogations ou des sarcasmes au cours des derniers mois. Il ne nous semblait pas urgent de revenir sur ce sujet (Alexandre était occupé à parler de l’euro et à compter le nombre d’ongles qu’on a à chaque doigt de pied, pendant que je faisais des montages photos autour du AAA et profitais de l’été indien le plus long de ma vie), tant l’origine de la crise n’est pas à attribuer à la dette publique et tant le contenu de ce chapitre n’est pas à renier. Mais à la demande générale, nous y revoilà…

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Parce qu’on est aussi des hommes et qu’il n’y a pas que l’économie dans la vie

Rarement aussi hors sujet que ceci sur ce blog. Je m’en excuse pour ceux qui seraient inutilement mobilisés par ce qui suit. Mais le vertébré sexué, civilisé, érotisé et socialisé que je suis a vraiment du mal à supporter qu’une personne soit lettrée, intelligente et produise des choses aussi ridicules.

Eliette Abecassis nous offre un échantillon de connerie à l’état pur. Une de ces splendides sorties qui signent l’impossibilité à exister médiatiquement autrement qu’en tombant dans la stupidité la plus absolue. Selon elle, les affiches des infidèles donnerait à voir une dégradation extrême de la femme, sa dépersonnalisation et que sais-je encore de déshumanisant. Elles feraient l’apologie de l’homme maniant la femelle comme un objet sexuel sans reconnaître son existence en tant qu’être humain. Son texte est sans aucune nuance, radical, définitif. Les deux héros, l’un se faisant tailler une pipe par une femme sans visage, l’autre en tenant une autre par les jambes, sans visage visible encore, seraient pour le cerveau masculin un point de repère enviable en matière de pouvoir de séduction et symbole de coolitude absolue. Madame Abecassis, il est temps que vous sortiez dans le vrai monde pour y rencontrer de vrais gens, des hommes en particulier.

En fait, il y a trois façons de voir le problème.

La première est de supposer que le réalisateur veut dénoncer ce qu’Eliette Abecassis voit comme une apologie. Il eut été dans ce cas plus utile de le questionner.

La deuxième est de se dire que les mecs qui envient les héros sont perdus pour la société, pour le sexe, pour le bonheur et finalement pour la vie. Qu’ils regardent ces affiches, se paient des putes en pensant les posséder ou se marient avec des femmes suffisamment stupides, naïves, névrosées, volontaires ou fragiles pour se laisser avoir est indifférent. Le monde est un endroit hostile, mal configuré, peuplé à part non négligeable de barbares modernes. S’insurger contre cela en produisant des généralités pathétiques est autant de temps perdu pour produire du sens et de l’intelligence. Est-ce bien digne d’une professeur de philosophie ?

Enfin, la dernière façon de voir les choses est de considérer que féminisme crétin rime avec guerre des sexes et qu’à force de bêtise, on s’aliènera les XY qui ne trouvent pas que les héros du film ont quoi que ce soit de très enviable ou même de sympathique. Quel homme normalement constitué bande sur une femme sans visage (accessoirement, sans corps, sans poitrine, sans chute de reins, je ne cite que le plus prosaïque pour finalement considérer que ces femme sont sans… tout en fait ; bref, qui fantasme sur un chignon à hauteur de pénis ? Statistiquement, je veux dire) ? Quel amateur de sexe digne de ce nom s’extasie devant deux jambes à la renverse (aussi bien galbées fussent-elles) sans entrevoir le reste de la personne ? J’y vois du sexe tronqué, sans envergure, misérable. Et c’est là que je m’agace qu’on puisse considérer que « je » (moi, homme) puisse estimer cela autrement que comme, au pire, un avatar de la communication de consommation (on dit un buzz, je crois) et, au mieux, comme une invitation à peine dissimulée à se moquer de ces deux types pris dans des positions littéralement inconfortables pour se livrer à l’acte sexuel. Si c’est comme cela que « me » voient les féministes, je me dis simplement que les femmes ne méritent pas pareil soutien. Quand on a la possibilité de publier sur le Huffington Post français, on a des responsabilités, il faudrait s’en souvenir.

Cela dit, ça n’engage que moi et est écrit avec, je l’espère, aussi peu de recul que le texte que je critique.

PS : encore désolé pour le hors sujet. Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de la dette. Deux textes sont en cours de rédaction.

Départementale vers le paradis

Article très intéressant, parce qu’il pointe un sujet assez peu discuté finalement.

Les autoroutes sont plus sûres que le réseau secondaire (nationales et départementales). Mais les autoroutes sont payantes, alors que les autres voies ne le sont pas, ce qui incite en principe à davantage utiliser le réseau secondaire. En principe aussi, la hausse des tarifs autoroutiers doit réduire la demande, toutes choses égales par ailleurs (disons qu’elle réduit la proportion d’automobilistes qui choisissent les autoroutes). Par conséquent, la probabilité moyenne d’avoir un accident augmente sur les routes en général.

La question fondamentale est l’élasticité de la demande. Quelle part des usagers des routes renoncent ponctuellement ou systématiquement à prendre les autoroutes parce que le prix augmente de 1% ? Je n’ai pas de données sur le sujet et il semble que même les spécialistes de la question n’en disposent pas. L’Association Prévention Routière réserve son jugement sur la hausse des tarifs précisément pour cette raison (mais connaissant peu ce milieu, peut-être a-t-elle des raisons particulières de feindre l’ignorance ; chose que j’ignore).

On peut remarquer deux autres choses. En premier lieu, si les autoroutes étaient gratuites, comment évoluerait l’accidentalité de ces voies ? La hausse de fréquentation devrait l’accroître. Certainement pas jusqu’à la ramener au niveau de celles des autres routes (pour des raisons évidentes liées à leur plus grande convivialité, physiquement parlant), mais sa hausse ne serait pas surprenante. Je n’envisage pas de faire payer le réseau secondaire (compliqué, coûteux à gérer, peu populaire et, ce toute façon, c’est déjà le cas par le biais des impôts). En second lieu, avoir privatisé les autoroutes a été l’une des décisions les moins rentables prises par l’Etat Français au cours des dix dernières années (qui pourtant, s’y connaît en matière de décisions non rentables). On a perdu des revenus conséquents qui aurait pu, par exemple, contribuer à améliorer la qualité du réseau secondaire. Ah, oui, je sais, il s’agissait de réduire la fameuse dette publique. Peu importe si au final, ça ne la réduit pas…