Le seul argument valable en faveur de la hausse de la TVA (n’est pas suffisant)

Rappel des épisodes précédents : la TVA sociale n’est pas franchement sociale et pas franchement compétitive. Et l’intervention de Nicolas Sarkozy dimanche dernier ne fut guère convaincante.

Il y a quand même une vertu qu’on peut lui reconnaître. Elle réside dans le fait que le financement de la protection sociale, dans une économie où le plein emploi est un vieux souvenir et où les trous d’une protection sociale axée sur le statut de salarié s’étendent, a vocation à être davantage basé sur l’impôt que sur les cotisations sociales. Ce basculement est une tendance déjà marquée en France depuis 20 ans, où la part des cotisations sociales dans le financement des prestations a reculé de 15 points (80% en 1990, 65% en 2007). Accroître la TVA et baisser les cotisations relève alors de cette logique et semble aller dans le bon sens.

Hélas, même en regard de cet aspect positif, la TVA sociale n’est pas un instrument très performant. Comme le rappelle Thomas Piketty, pour basculer seulement 7,5 points de cotisations patronales sur la TVA, à recettes constantes, il faudrait fixer le taux normal à 25%. L’impact d’une hausse de cet ordre sur les marchés de biens et l’équité verticale serait problématique. Piketty suggère de se baser sur une CSG progressive, dont les possibilités sont plus conséquentes. On revient, en définitive, à un débat plus classique.

La TVA sociale, c’est beaucoup de bruit pour pas grand chose.

Teaser

Il va falloir que nous réécrivions sur la dette pour calmer les gnomes (je lis des choses qui dérangent mon dark passenger dans son sommeil ; pas parce qu’on critique nos écrits passés mais parce que ça transpire la haine et que mon dark passenger a horreur de ça) et compléter pour ceux qui se posent des questions plus sereinement (une majorité, heureusement). Il y a une bonne mise au point à faire. Elle sera faite.

Vite en passant

Nos phobies économiques dispo en format Epub, apparemment (oui, je suis tombé dessus par hasard, pas communiqué avec l’éditeur sur ce point). Existait déjà en format kindle. Prudence néanmoins… L’an dernier, j’ai acheté un bouquin en ligne en PDF (peut-être sur ce site, je sais plus) et il n’existait pas, en fait. Remboursé très vite, mais bon…

Entretien avec Lordon

Interview de Frédéric Lordon pour La revue des livres. Lordon est un type vraiment brillant. Même si j’ai régulièrement du mal à comprendre la tournure que peut prendre son raisonnement, il faut toujours s’arrêter un moment sur ce qu’il raconte. Il produit des réflexions complexes (voire chiantes) mais a cette capacité, assez rare en définitive, à être très terre à terre à d’autres moments. S’il était plus cynique et moins révolté, ce serait un régal permanent.

« Entre-temps, les banquiers remis à flot jurent ne plus rien devoir à la société sous prétexte que la plupart d’entre eux ont remboursé les aides d’urgence reçues à l’automne 2008. Évidemment, pour rétablir leur bonne conscience en même temps que leurs bilans financiers, il leur faut feindre d’ignorer l’ampleur de la récession que le choc financier a laissée derrière lui. C’est de ce choc même que viennent dans un premier temps l’effondrement des recettes fiscales, l’envol mécanique des dépenses sociales, le creusement des déficits, l’explosion des dettes puis, dans un deuxième temps, les plans d’austérité… réclamés par la même finance qui vient d’être sauvée aux frais de l’État ! »

« Donc, depuis 2010 et l’éclatement de la crise grecque, la finance rescapée massacre les titres souverains sur les marchés obligataires alors qu’elle aurait trépassé si les États ne s’étaient pas saignés pour la rattraper du néant. C’est tellement énorme que c’en est presque beau… »

« On sent bien qu’il y aurait matière à réécrire une version actualisée de La Grande Transformation de Polanyi, en reprenant cette idée que les corps sociaux agressés par les libéralismes finissent toujours par réagir, et parfois brutalement – à proportion, en fait, de ce qu’ils ont préalablement enduré et « accumulé ». Dans le cas présent, ce n’est pas tant la décomposition individualiste corrélative de la marchandisation de la terre, du travail et de la monnaie qui pourrait susciter cette violence réactionnelle, mais l’insulte répétée faite au principe de souveraineté comme élément fondamental de la grammaire politique moderne. On ne peut pas laisser les peuples durablement sans solution de souveraineté, nationale ou autre, peu importe, faute de quoi ils la récupéreront à toute force et sous une forme qui éventuellement ne sera pas belle à voir. »

Voyagez dans le temps avec la TVA sociale

Comme l’a remarqué Olivier Bouba-Olga, la créativité sans bornes de nos dirigeants en matière de mesures innovantes offre un avantage: celui de recycler de vieux billets. La TVA sociale, furieusement tendance en 2006-2007, ne fait pas exception. Montez dans la voiture de Marty, et voici tout ce que vous avez à savoir sur le sujet:

Billets d’éconoclaste, dans l’ordre:

- Asseoir la protection sociale sur la valeur ajoutée? (9 janvier 2006)

- Cotisations sociales, CSG, cotisation sociale sur la VA, TVA sociale, et toute cette sorte de choses (15 janvier 2006)

- TVA sociale : une proposition de loi absurde (3 février 2007)

Et la meilleure synthèse est celle d’Olivier, si vous n’en lisez qu’un faute de temps, lisez celui là:

- La TVA sociale anti-délocalisation anti-chomage non inflationniste qui va faire payer les méchants étrangers (13 juin 2007)