Ministre du budget : un jeu dont vous êtes le héros

Il était possible de simuler sa réforme fiscale; vous pouvez maintenant vous prendre pour le ministre du budget et préparer le budget 2012, grâce à ce très bon jeu mis en place par la rédaction économique du Figaro. Le jeu vous permet de vous fixer un objectif (réduire les déficits plus ou moins rapidement) puis d’atteindre cet objectif en jouant sur les recettes et les dépenses publiques, soit en volume, soit en adoptant des mesures spécifiques – vous pouvez par exemple réduire le budget de la culture de x%, ou alors supprimer les aides au spectacle vivant dont le montant est précisé.

Quelques remarques sur cette infographie :

- C’est une très bonne façon d’informer le lecteur sur les enjeux budgétaires. On y voit le poids relatif des différents budgets de l’Etat, des différents impôts, et les marges de manoeuvre possibles.

- A ma grande surprise, quand j’ai testé la chose, j’ai constaté que les joueurs précédents (avec lequel on est comparé quand on a atteint son objectif) avaient concentré les coupes budgétaires sur le ministère de la défense. Le lecteur du Figaro n’est plus ce qu’il était.

- Le principal défaut : l’approche est plus comptable que macroéconomique. Le plus déterminant pour les finances publiques reste toujours la conjoncture économique, qui influe sur les stabilisateurs automatiques (recettes fiscales, dépenses). Il serait intéressant de savoir sur quelle prévision de croissance les ordres de grandeur numériques du jeu ont été calculés, et ce que serait l’impact d’une croissance plus ou moins forte. Par ailleurs, les différentes mesures choisies auront des conséquences sur la conjoncture; mais celles-ci n’apparaissent pas (les seules conséquences décrites sont en en termes de catégories sociales gagnantes ou perdantes). Il faudrait pour faire cela (et encore, ces outils ont une précision limitée) disposer des modèles macroéconomiques des finances.

Mais ces limites ne sont pas si importantes : ce jeu est un excellent travail de pédagogie économique et budgétaire. N’hésitez pas à aller le tester : vous ferez peut-être mieux que Valérie Pécresse.

HADOPI : regarder là où il y a de la lumière

Le premier rapport d’activité de la HADOPI a été rendu public. On peut souligner que le nombre de mails d’avertissement et de procédures engagées est dérisoire pour un budget de fonctionnement qui ne l’est pas totalement. Mais comme le conclut cette brève, le plus spectaculaire est probablement le fait que l’on se concentre sur les réseaux de P2P, alors que l’essentiel des téléchargements illégaux ne sont probablement plus réalisés sur ces réseaux (je n’ai pas de chiffres, mais on doit pouvoir avoir des estimations), mais sur des espaces de stockage dont l’accès est plus ou moins gratuit (comme Megaupload, Fileshare, etc.) et – jusqu’à preuve du contraire – anonyme. Le référencement des fichiers est certes moins direct que sur les réseaux de P2P (il dépend de sites de type « annuaire »), les temps totaux de téléchargement moyens (recherche et téléchargement inclus) sur un grand nombre de fichiers plus longs, mais il est évident qu’on est loin de l’assèchement attendu. Vous connaissez peut-être la blague sur les économistes qui met en scène un économiste qui a perdu ses clés à 50 mètres d’un réverbère mais les cherche dessous parce qu’il y a plus de lumière. Le travail de la HADOPI commence à sérieusement ressembler à cela.

Trois sorties de bouquins à signaler

Dont je prends connaissance par le biais de la lettre PSE. D’abord le tome 2 en poche des questions d’économie contemporaine. Le genre d’ouvrage qu’il n’est pas inutile d’avoir sous la main de temps en temps.

Ensuite, à la République des idées, un livre de François Bourguignon, la mondialisation de l’inégalité, dont le thème semble intéressant, d’autant qu’il est traité par quelqu’un qui connaît son sujet. Mais visiblement il faudra attendre un peu, il est prévu pour février 2012 chez Amazon.

Enfin, plus pointu, International Handbook of economics of corruption. Un sujet passionnant. La table des matières ici. Et évidemment, si vous êtes juste curieux du sujet, il est absolument impossible de le trouver en ligne gratuitement. Oulala, non, impossible…

Quand il y a des morts, est-ce qu’il y a vraiment mortalité ?

La Provence nous « apprend » dans cet article que plus on est riche, plus on vit vieux. Pas surprenant. Par contre, mettre sur le compte de l’offre de soins la différence de mortalité prématurée selon les arrondissements de Marseille me laisse sceptique.

Dans la carte jointe à l’article, on constate que le 5ème arrondissement, contrairement à ce que l’article mentionne, connaît une surmortalité équivalente à celle des quartiers nord, soit proche de +30% par rapport aux chiffres nationaux (l’article prétend qu’elle est dans la moyenne, en contradiction avec ce qu’on peut lire sur la carte). Il y a pourtant dans le cinquième arrondissement une offre de soins tout à fait conséquente. Et, en particulier, on y trouve deux des plus grands hôpitaux de la ville, dont le très connu hôpital de la Timone.

J’ai bien cherché quelle particularité pourrait expliquer la surmortalité de l’arrondissement, par rapport au quatrième arrondissement, par exemple. Et je n’en vois qu’une : l’offre de soins y est… plus dense.

L’hôpital est un lieu où l’on soigne beaucoup, mais où l’on meurt beaucoup aussi… Or, la déclaration de décès a lieu dans la mairie du lieu de décès. A Marseille, dans la mairie de l’arrondissement de décès. Vous m’avez compris… Les statistiques dont il est question ici doivent inclure, selon mon hypothèse, les décès constatés dans les établissements de santé de l’arrondissement. Pas étonnant que la surmortalité soit si importante dans le cinquième arrondissement. L’hypothèse est d’autant plus plausible que l’hôpital de la Timone reçoit régulièrement de grands blessés venant de toute la région, qui y sont héliportés. Sont donc comptabilisés des personnes qui ne sont même pas habitants de la commune.

Conclusion : si les statistiques sont établies comme je le suppose (je ne demande qu’à me tromper), alors cette carte ne sert à rien du tout et l’article non plus.

Add : les certificats de décès mentionnent le lieux de décès (hôpital, domicile, etc.). Il est donc normalement facile de corriger les statistiques de l’état civil pour tenir compte de cette particularité. Ce qui épaissit le mystère…

demi-retour

Désolé pour la faible activité du site en cette rentrée, qui est très chargée. Ca va revenir rapidement. En attendant, quelques liens :

L’OFCE a ouvert un blog. Excellente initiative.

Nos Phobies Economiques est chroniqué sur la Vie des Idées.

Ma première chronique pour Libé. C’est le début d’une collaboration pour la campagne présidentielle. L’idée est de poser une question par semaine, pour décrypter la campagne. Dans le même esprit, j’ai participé au commentaire en direct du débat de jeudi pour la primaire socialiste.

Et parce que l’actualité, c’est la crise en Europe, rien de tel que d’aller lire des blogs économiques allemands, grecs, irlandais.