Reprise des chroniques de bouquins imminente

Je ne sais même plus de quand date la dernière chronique de livre. Le livre du mois doit être devenu le livre de l’année et une sacrée couche de poussière doit s’être accumulée dessus… La bonne nouvelle est que cette longue période de disette va se terminer. La mauvaise, c’est que pour relancer la machine, les chroniques de reprise vont être plus courtes que ce à quoi vous étiez habitués en général (par manque de temps, pour l’essentiel). En tout cas, c’est la philosophie adoptée. Nous verrons bien ce que la rédaction produit… Au programme de cette reprise, du français. On trouvera deux ouvrages injustement – mais à regret – délaissés. Le premier est le repère des écopublix, Economie des politiques publiques et La peur du déclassement, d’Eric Maurin. Suivront deux ouvrages plus récents. Marché financiers : la logique du hasard, écrit par Evariste Lefeuvre et Le low cost, un repère rédigé par Emmanuel Combes. Work in progress, comme on dit…

Passage durant la Nuit radio Nova – Owni: peut-on prévoir les révolutions?

Je vais intervenir ce soir, à partir de 23h, à la « nuit dégage » organisée par Owni et Radio Nova. Au menu de la discussion, peut-on prévoir les révolutions? Ne manquez pas ce post consacré à ce sujet. Pour suivre l’évènement, vous pouvez soit écouter Radio Nova dans le poste, soit suivre le direct de la radio sur son site, soit sur la page de Owni. Voici la page facebook de l’évènement.

Le mythe de l’obsolescence programmée

Arte a récemment diffusé un documentaire intitulé « prêt à jeter », consacré à l’obsolescence programmée. Le documentaire a apparemment eu un grand succès public, et la critique l’a unanimement recommandé (Telerama-Le Monde-Le Figaro). Vous pouvez visionner le documentaire en vod en suivant ce lien, et pouvez (pour l’instant) le trouver sur youtube.

Comme il m’avait été recommandé par diverses personnes, je l’ai visionné. Ce documentaire est hélas d’une nullité intégrale. Parfois hilarant de bêtise, parfois nauséabond de complotisme, en tout cas, jamais informatif.

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Immobilier parisien : le retour de la revanche du contrôle des loyers

Dans le cadre des zombies économiques, ces idées mortes depuis longtemps mais qui sortent de leur tombe à intervalles réguliers pour ravager l’existence des vivants, le contrôle des loyers est de retour. Un dossier dans le Libération d’hier nous indique que cette idée est au centre du programme socialiste pour le logement, et qu’elle tente de plus en plus à droite. Comme toujours, le contrôle des loyers est présenté dans une logique d’éthique de conviction, sur la base de grands principes généraux : « la liberté des prix a failli, puisque les loyers (notamment à Paris) augmentent à un niveau intolérable; il faut briser le tabou du contrôle des loyers ».

Mais quand on entre dans le détail des propositions sur le sujet, on ne voit que rejaillir les idées les plus idiotes, dont les effets pervers sont amplement, et depuis longtemps, connus et documentés. On se demande, à observer les politiques du logement, s’il faut se taper la tête contre les murs face à tant d’imbécilité, ou frémir devant tant de cynisme.

Si les loyers et le prix des logements augmentent à Paris, c’est pour une raison simple : une demande de logement à Paris très forte, et un nombre de logements qui n’augmente pas dans les mêmes proportions. Si le nombre de logements n’augmente pas, c’est qu’il n’y a guère de place à Paris pour accroître la construction. La technique permettrait d’y suppléer, en augmentant la hauteur des immeubles existant; cela est impossible étant donné la réglementation limitant strictement la hauteur des immeubles.

A la décharge du maire de Paris, on peut noter qu’il est favorable à un assouplissement de cette limitation, mais qu’elle se heurte à l’opposition des écologistes, avec un argument d’une invraisemblable stupidité : « l’incompatibilité avec le plan climat ». Il est vrai qu’obliger les gens à aller s’installer à des dizaines de kilomètres de la capitale, dans un pavillon lointain dont l’alimentation énergétique sera bien plus difficile que dans une ville dense, et avec l’obligation de se déplacer en voiture, c’est extrêmement écologique. Comme le rappelle Edward Glaeser dans son dernier ouvrage sur les villes, la densité est infiniment plus écologique que l’étalement urbain. Les citadins ont de courtes distances à franchir, desservies par transports en commun; un immeuble est bien plus facile à chauffer qu’un lotissement rempli de maisons individuelles.

Glaeser rappelle aussi que l’expérience historique montre que dans les villes dont l’espace est limité, qui ne peuvent pas s’étaler indéfiniment, le volontarisme est indispensable pour éviter qu’une ville attractive ne devienne réservée aux riches. Le prix de marché ne fait que refléter la rareté par rapport à la demande; mais la construction anarchique, laissée au secteur privé pour qu’il réagisse aux prix élevés, peut avoir des conséquences nuisibles. Pour Paris, on peut reconnaître que l’esthétique de la ville (et son attrait) réside dans l’uniformité Hausmannienne. Mais on oublie que cette uniformité a été atteinte par une politique extrêmement volontariste : 40% des anciennes constructions parisiennes ont été détruites à l’époque de Hausmann. Voici ce que pourrait être une politique active du logement à Paris :

- Fusion de Paris intramuros avec les communes de la petite ceinture. La superficie de Paris est trop petite; transformer la petite ceinture en arrondissements permettrait de dégager des espaces, et de concevoir une politique générale. Cela permettrait enfin une politique des transports en commun parisiens faite pour les résidents. Et supprimerait les incitations Nimby des élus parisiens, dont l’élection dépendrait aussi de ceux qui subissent les conséquences de leurs aveuglements.

- Des expropriations : elles sont indispensables à une politique volontariste de construction de logements, tout en préservant les quartiers qui doivent l’être. Et permettrait de lancer la construction de grands ensembles de logements là où ils sont nécessaires, plutôt que là où il reste de la place. Et de détruire les logements insalubres et répugnants qui constituent l’ordinaire du locataire parisien.

- Des constructions de logements en grande hauteur, parce qu’il n’y a que dans ce sens qu’il est possible de dégager de la place.

Tout cela n’a rien de très original – c’est ce qui a été fait à l’époque de Hausmann, et en réaction à la crise du logement dans les années 50. Et cela aurait le mérite de toucher le vrai problème. Inutile de dire que la probabilité d’un tel scénario est égale à zéro. Il est beaucoup plus confortable de gémir contre le méchant marché qui opprime les locataires, et de se contenter d’une politique urbaine qui transforme doucettement Paris en Venise à guinguettes.