Vite fait, en passant

La LICRA me fait rire.

John Galliano a donc fait le bad boy bourré… Il est accusé d’avoir tenu des propos antisémites. Dior l’a suspendu au nom de la « tolérance zéro ». Le CRIF et la LICRA saluent cette décision. Si le CRIF fait plutôt dans la sobriété, la LICRA a opté pour le solennel, à la limite du lyrisme, puisqu’elle « tient à saluer cette décision emprunte d’éthique et de fermeté, un message de tolérance zéro face au racisme et à l’antisémitisme ». J’ai même entendu je ne sais quel représentant de cette association déclarer qu’il avait envie de dire « chapeau bas » à Dior.

Alors, rien ne dit (et je n’en sais rien du tout) que la maison Dior n’a pas une aversion historique ou culturelle à l’antisémitisme. Dans ce cas, pas besoin de s’émerveiller. Il suffit de signaler que Dior ne déçoit pas. Si ce n’est pas le cas, ça devient carrément risible. Qui sont les clients de Dior ? Wé, je vous vois venir bandes de pervers… Non, pas des juifs (enfin, il y en a, c’est sûr, mais j’ai du mal à croire qu’ils constituent une majorité identifiée des clients). Par contre, probablement des individus qui ne goûtent que très modérément l’antisémitisme. Bon, vous me voyez venir ? En d’autres termes, il est dans l’intérêt commercial bien compris de Dior de ne pas voir l’antisémitisme associé à sa marque. Il est donc logique, pour des raisons purement économiques, d’envoyer un message sans équivoque. Cela mérite-t-il un « chapeau bas » mâtiné d’ « éthique » ?

Hum… Bêtement, je me dis que si Galliano avait dit « Espèces de saletés de pauvres » à quelqu’un, il n’aurait pas été suspendu. Parce que les pauvres et ceux qui les aiment bien, chez Dior, ça vend pas. Bref, pas besoin d’aller chercher des préoccupations éthiques dans le geste de Dior même si, au final, on préférera en effet que l’on n’encourage pas ce genre de propos.

Rapide, et hors sujet

Entièrement d’accord avec ce post. Al Jazeera est le centre d’informations par excellence des révolutions arabes. A la fois pour la qualité de ce qui y a été présenté sur le sujet (à comparer avec la couverture de nos médias, souvent réduits à faire venir les mêmes vieilles barbes entre deux sujets sportifs, à courir après l’évènement; France 24 étant l’exception), mais aussi en jouant le rôle de catalyseur pour les populations.

Le paradoxe est qu’Al Jazeera a été créée et financée par l’émir du Qatar, qui n’a rien d’un démocrate, tout au plus un autocrate éclairé. Mais dans le même temps, les démocraties occidentales n’ont rien fait d’autres que soutenir des régimes despotiques, ne retournant casaque qu’une fois les révolutions terminées ou devant le spectacle d’atrocités insoutenables (Ne cliquez sur le lien que si vous avez le coeur bien accroché); En France, on se gargarise sur Stéphane Hessel en pratiquant la politique de ceux qui se sont découverts une passion pour la résistance le 7 mai 1945. Un potentat moyen-oriental nous a donné une leçon; gageons que nous nous empresserons de n’y prêter aucune attention.

(Pour l’économie, sur ce sujet, lisez ceci).

Comment les récits changent la réalité

La psychologie cognitive a amplement montré en quoi nos perceptions de la réalité s’appuient sur la construction de récits, de « narratives » (le terme anglais est intraduisible rigoureusement en français). Raconter la réalité sous forme d’histoire, selon un schéma narratif préétabli, fait d’intentions, de causes et d’effets, permet d’extraire un sens d’un monde extérieur toujours complexe. Pour qu’une histoire finisse par tenir lieu de description de la réalité, elle n’a nul besoin d’être vraie : il lui suffit de présenter suffisamment des caractéristiques de la vérité. L’évènement B s’est produit après l’évènement A, donc pourquoi ne pas dire que A a provoqué B?

Une histoire aura d’autant plus de chances d’être adoptée comme représentation de la réalité qu’elle n’entre pas en contradiction avec nos convictions personnelles, voire, qu’elle les conforte. C’est ainsi qu’une histoire peut devenir un shibboleth : un marqueur d’appartenance à un camp qui permet de distinguer les « amis » des « autres ». Discutez, au hasard, de la question israelo-palestinienne : La façon dont votre interlocuteur racontera l’histoire du Proche-Orient vous permettra très simplement de savoir s’il se place dans un camp, et lequel.

En matière économique aussi, raconter les évènements sous forme d’histoire peut avoir des conséquences considérables. Deux exemples permettent de l’illustrer :

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Commentaires sur "the great stagnation" de Tyler Cowen (première partie)

Mathieu P a rédigé une note de lecture du récent livre (électronique) de T. Cowen, the great stagnation, un essai qui suscite énormément de commentaires dans la blogosphère économique en langue anglaise. Le fait qu’un livre de moins de 100 pages puisse susciter plus de lignes de commentaire qu’il ne comporte de contenu est, en soi, un signe que sa thèse est importante, quoi que l’on puisse en penser au final.

De mon côté, je ne suis pas d’accord avec la critique qu’apporte Mathieu. Ce n’est pas que je trouve ses critiques erronées; mais il me semble qu’elles ne répondent pas véritablement au coeur de la thèse de Cowen. Je vous invite donc à aller lire sa chronique, avant de vous lancer dans la lecture du (long) post suivant.

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Les prix sont déterminés par l’offre ET LA DEMANDE, épisode XLII

En me baladant sur rue 89, je tombe sur la question-réponse suivante : pourquoi le thé coûte-t-il aussi cher dans les cafés et restaurants? La réponse montre à quel point les gens sont éloignés du raisonnement économique le plus basique. La réponse apportée, en effet, se contente d’essayer d’établir un prix de revient du thé servi dans un bistrot, en le comparant avec celui d’un café, pour constater que le prix de vente est hors de proportion avec le prix de revient, ce qui signifie, bien entendu, que les cafetiers se font des appendices reproducteurs en or sur le dos des clients. Elle repose sur un vieux mythe : celui du « vrai prix » qui correspond au coût de revient, plus une marge « raisonnable » pour le vendeur; une approche qui comprend deux erreurs majeures.

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