Le "redressement économique de la France en 1932" en un schéma

Pour Authueil, dire comme l’ineffable Benjamin Lancar que « Laval a redressé l’économie française en 1932″ relève d’une « ignorance crasse de l’histoire ». Juste un petit schéma :

(via Barry eichengreen)

C’est tout.

Un jour ordinaire dans le monde merveilleux des faux nombres

Je n’aurai pas dû lire Proofiness. cet excellent livre, sur la façon dont les chiffres sont torturés, manipulés, par journalistes, politiques, militants, magistrats, a un gros défaut : il n’est plus possible ensuite de lire le journal sans sauter au plafond d’énervement. Trois exemples du jour.

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Retraites : les jeunes sont-ils idiots?

Camille Peugny constate que le débat sur les retraites est l’occasion de voir ressortir tous les poncifs concernant les jeunes. Versac les relève également. Les jeunes ont tort, lit-on. Pourquoi ne comprennent-ils pas que la réforme des retraites est toute à leur avantage? Pourquoi ne se préoccupent-ils pas de leurs vraies priorités? Pourquoi sont-ils sensibles à des raisonnements économiques idiots, selon lesquels moins de retraités implique autant d’emplois en moins pour eux?

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Journée mondiale de la statistique : Pour un "more or less" français

Vous ne le savez peut-être pas, mais en ce 20-10-2010 (quel beau nombre) c’est la journée mondiale de la statistique. A cette occasion, je lance un appel aux télévisions, radios, médias français de manière générale, pour la création d’une émission qui serait instructive, amusante, et qui accomplirait une véritable mission d’utilité publique : une émission, ou une chronique hebdomadaire dans une émission, de décodage des nombres qui font l’actualité.

Quelques exemples de sujets qu’une telle chronique aurait pu traiter, rien qu’avec l’actualité récente :

- Au loto israelien, la même combinaison est sortie à moins de deux mois d’intervalle. Est-ce si exceptionnel? les lecteurs avisés constateront que l’article ci-dessus comprend, sinon des erreurs, au moins de grandes imprécisions (vous pouvez vous amuser à les relever, pas un nombre de l’article ne correspond à l’explication donnée).

- Que signifient exactement les marges d’erreur d’un sondage? A quel point peut-on se fier à ceux-ci, que veulent-ils dire? (oui, je fais ma pub)

- Un chef de service de cardiologie dans lequel est relevé une surmortalité déclare « opposer l’éthique aux statistiques« . Mais d’où peut venir effectivement une telle surmortalité? Courez-vous vraiment des risques à vous faire soigner dans cet hopital?

- Un sujet sur le comptage des manifestants aurait été aussi possible.

De manière générale, l’actualité est nourrie de sondages, de chiffres (délinquance, données économiques, prévisions, études médicales…) qui ne sont que très rarement expliqués et décodés. Les publicités sont envahies de chiffres chargés de convaincre le spectateur. Et l’explication de ces chiffres n’est pour ainsi dire jamais faite, ou alors, abominablement mal (ha, les reportages sur le panier de la ménagère qui augmente, ma petite dame, c’est la faute au passage à l’euro, 10 ans après…). Jamais nous n’avons été autant environnés de nombres, et jamais ils ne sont expliqués simplement et clairement.

Une telle émission de décodage existe, en Grande-Bretagne : c’est l’émission de radio produite par la BBC appelée More or Less, présentée par Tim Harford. Si vous ne le faites pas déjà, vous pouvez l’écouter en podcast. Elle donne l’exemple de ce que peut constituer un programme à la fois distrayant et instructif sur ces questions, mais des tas d’autres formes peuvent être mises en place. Vous êtes une radio, une télé, un journal, vous cherchez un concept original et intéressant? Ce genre d’émission ne coûte pas cher (il suffit d’aller faire des interviews) mais il lui faut des moyens minimum; elle serait vraiment, vraiment utile, et pourrait être destinée à tous les publics.

C’est donc l’appel du jour aux médias français. Voilà un concept qui ne demande qu’à être mis en place. Créez un More or less en France!

L’analyse qui va faire rentrer les manifestants chez eux

Cité par Libération :

« Daniel Fasquelle, élu UMP du Pas-de-Calais, assure lui aussi que ses électeurs veulent la réforme : «Ils comprennent que c’est un mal nécessaire. Nos voisins l’ont déjà fait et on sait que si on ne fait pas cette réforme, on devient le pays malade de l’Europe. La note de la France sera aussitôt dégradée.» »

Et là, si ça arrive… des sauterelles débarqueront de toute part.

Enfin, avec leurs conneries, je vais finir par arrêter de faire du chantage aux notes avec mes étudiants (bon, j’en fais pas, mais c’est pas une raison).

Benoît Mandelbrot et l’histoire de la finance

Benoit Mandelbrot est mort, à l’âge de 85 ans. Il appartiendra à des mathématiciens d’expliquer les apports de cet immense personnage, l’un des plus importants de la seconde moitié du 20ième siècle. Les mathématiques de Mandelbrot ont touché à des domaines très différents, dont la finance et l’économie. C’est à sa place dans l’histoire de la finance qu’est consacré ce post. Attention, post long.

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Encore une réforme ratée pour le Président Sarkozy

Si l’on devait résumer l’insuffisance de la réforme des retraites votée ces jours-ci, on pourrait faire référence à ce qui se dirait à Bercy, à savoir que puisqu’elle dérange, c’est qu’il s’agit d’une vraie réforme. Depuis quand une vraie réforme est-elle une bonne réforme ?

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Jacques, mon héros

Jacques Attali est mon héros : il veut désendetter la France. Admettons. Mais, ce n’est pas de l’austérité, nous dit-il car, pour compenser, il va créer des outils européens propices à la croissance, comme des… « Bons du Trésor européens ». La France va donc se désendetter mais, mais, suivez bien… dans le même temps… émettre (d’une façon ou d’une autre) des Bons du Trésor européens.
Alors, j’en suis bien conscient, il est tout à fait possible de se désendetter et d’émettre des bons du Trésor en même temps, ne serait-ce que par le simple renouvellement de ce qu’il reste de dette. Mais, du coup, qu’on m’explique en quoi ce sera utile à la croissance ?
En réduisant le taux payé ? Il en faudra probablement un peu plus…
Ah, le retour de la commission sur la croissance est une bonne nouvelle pour notre vieux logo NBC…

Sondages et marges d’erreur

Hier soir, Ceteris Paribus s’énervait sur twitter à propos de cet article du Point consacré à l’élection brésilienne expliquant que :

Un sondage de l’institut Sensus diffusé jeudi crédite Mme Rousseff, 62 ans, de 46,8% des intentions de vote et José Serra, 68 ans, de 42,7%. Cela « montre une grande probabilité que les deux candidats soient à égalité » car la marge d’erreur du sondage est de 2,2%, a expliqué un responsable de l’enquête.

Un coup classique du commentaire de sondage. Lorsque l’écart entre deux candidats devient plus petit que la marge d’erreur, on trouvera toujours quelqu’un pour dire que « la course est devenue très serrée ». Imaginez par exemple qu’un sondage pour l’élection présidentielle donne 51% pour le candidat A, 49% pour le candidat B, mais avec une « marge d’erreur » de 3% pour le sondage. Considérant implicitement que cette marge d’erreur signifie que le résultat du candidat A peut se trouver n’importe où entre 48% et 54%, et le candidat B n’importe où entre 46% et 52%, un spécialiste en politologie (option tiercé) vous dira qu’il est devenu très probable que le candidat B l’emporte malgré son retard dans les sondages.

C’est évidemment faux. Mais comment l’expliquer rigoureusement? J’ai alors fait appel à Arthur Charpentier pour qu’il concocte un de ces posts dont il a le secret sur le sujet. Arthur trouve que la « grande probabilité » en question est de… 2,6% de chances que Serra l’emporte. Effectivement, c’est énorme, la course Bresilienne est très serrée…

D’un côté, je comprends le « responsable de l’enquête » brésilien : plus la course à la présidentielle apparaîtra comme serrée, plus il aura l’occasion de vendre des enquêtes. On pourrait dire aussi que l’article nous indique que l’avance de Roussef dans les sondages diminue, étant passée de 6 à 4 points. C’est énorme! Cela signifie que les chances de victoire de Roussef sont passées de 99,8% à 97,4%. Un effondrement total, effectivement…

Ironiquement, cette erreur des commentateurs correspond à une incompréhension de la signification de la marge d’erreur. Lorsqu’on dit que « le sondage donne 48% d’intentions de vote au candidat, avec une marge d’erreur de 2% » cela signifie la chose suivante : « il y a 95% de chances qu’un autre sondage donne un résultat compris entre 46 et 50% si les intentions de vote restent inchangées à 48% ».

En somme, supposez un candidat dont les intentions de vote restent obstinément à 48%. Il est extrêmement probable que, de sondage en sondage, on observe du « bruit », c’est à dire qu’un sondage donnera un peu plus de 48%, un autre un peu moins; il est même tout à fait possible d’observer une séquence de sondages en dessous de cette valeur de 48%. Et cela n’a aucune signification.

Ce qui est très embêtant : si le seul commentaire de faibles variations dans les sondages était « ça n’a aucune signification » on se demande bien ce que pourraient raconter nos commentateurs politiques, capables de remplir des pages et des heures d’émissions d’analyses de haut vol à base de fluctuations infinitésimales d’un sondage à l’autre. S’ils n’avaient pas cela, ils seraient obligés de s’informer pour avoir des choses à raconter à leurs lecteurs. Faut pas déconner, non plus.

La discrète dégradation du débat économique

Rationalité Limitée s’énerve des réactions consécutives aux Nobel de Diamond, Mortensen et Pissarides. C’est devenu un marronnier à chaque Nobel d’économie : on a désormais toujours droit au paresseux de service expliquant que le Nobel d’économie n’est pas un vrai Nobel, que l’économie n’est pas un sujet méritant le Nobel, contrairement, on peut le supposer, à l’indiscutable qualité du Nobel de la paix remis à Obama ou Kissinger, ou du Nobel de littérature que Tolstoï et Borges n’ont jamais obtenu. Ce genre de choses mérite à peu près autant d’attention que les couvertures sur les franc-maçons de ces hebdomadaires d’information que l’on consulte chez le coiffeur.

Mais Rationalité Limitée relève surtout des critiques de fond, trouvées dans cet article ou dans ce post. Selon ces critiques, les travaux de ces Nobel 1- ne nous apprennent rien de nouveau et 2- sont d’une application pratique extrêmement limitée, voire nulle.

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Diamond, Mortensen et Pissarides, Nobel d’économie 2010

Le Nobel d’économie 2010 n’est pas tant un Nobel pour des personnes qu’un Nobel pour un thème de recherche économique : la théorie du chômage. Pourquoi différents pays connaissent-ils des taux de chômage différents? Qu’est-ce qui explique les fluctuations du taux de chômage dans un pays?

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