Ce pourrait être du copinage…

…mais même pas. Etienne Wasmer, qui tient le blog d’un économiste du travail, sort un manuel intitulé Principes de microéconomie. Alors, oui, je sais, c’est un ami blogueur. Oui, je sais, il partage le même éditeur que nous. Cela dit, pour avoir eu l’occasion de parcourir le manuscrit il y a quelques mois, je peux vous dire que le bouquin vaut authentiquement le détour. A ma connaissance, il n’a que peu ou pas d’équivalent venant d’un auteur français. C’est un manuel à l’américaine (ceux qui ont été bercés par les Principes de l’économie de Mankiw ou même – peut-être plus encore – le Stiglitz verront ce que je veux dire). Il n’hésite pas à faire simple, en ramenant à l’essentiel théorique. Il est pédagogiquement limpide. Surtout, il évolue avec une grande aisance entre l’aspect théorique et empirique des thèmes abordés, ce qui est une dimension maintenant incontournable de l’apprentissage de l’économie (même en France). Une autre caractéristique, compte tenu de sa cible principale – les étudiants de 1er cycle ou non spécialistes en économie – est de faire très peu appel à une modélisation mathématique explicite (il est basé sur les enseignements de Wasmer à science po mais, à mon avis, va au delà), tout en en conservant la substance. De fait, il dépasse largement la cible initiale et, méthodologiquement parlant, pourrait donner des idées à des gens plus avancés en économie.

Une dernière remarque : je trouve que le chapitre 17, qui est disponible gratuitement sur le site de Pearson, n’est pas forcément le plus représentatif de l’ouvrage mais s’explique facilement. Il porte sur les bases de la théorie des jeux, ce qui est tout de même, si l’on veut donner une introduction à la discipline, un poil plus théorique que d’autres sujets.

Bref, c’est un texte dont la sortie est une bonne nouvelle.

Etienne a ouvert un blog consacré au livre, c’est ici. La démarche du bouquin y est expliquée et Etienne se propose de répondre aux commentaires des uns et des autres pour, éventuellement, débattre des questions d’enseignement de l’économie.

Bienvenue dans la nouvelle Europe

C’est fou ce qui peut se passer en une nuit. Hier soir, à 21h, j’enregistrais pour une radio une évaluation du plan européen à venir. A cette heure, on avait droit au discours délirant sur la lutte contre la « meute de loups » des marchés, la défaite électorale de Merkel en Allemagne, et l’annonce de la constitution d’un fonds de stabilisation de 60 milliards d’euros, parfaitement insuffisant étant donnée l’ampleur des problèmes. Je me suis réveillé ce matin pour constater que contrairement à ce dont j’étais persuadé, les dirigeants européens avaient finalement adopté l’option nucléaire. Je me suis donc senti couvert de pipi. Mais franchement, je ne suis pas mécontent d’avoir eu tort.

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Imbécile chasse aux "spéculateurs"

Puisqu’il paraît qu’il faut faire la chasse aux dépenses publiques inutiles, un bon candidat serait d’éviter de perdre le temps des services de renseignements pour « lutter contre la spéculation », voire « taper sur les doigts de tous ceux qui se comportent mal ». Ce genre d’actions, de vocabulaire, traduit surtout l’ambiance de Fort Chabrol qui règne au niveau d’un pouvoir politique et administratif européen qui semble incapable de comprendre ce qui se passe.

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Olivier a raison

Olivier Bouba-Olga chronique Nos phobies économiques sur son blog. Il relève un élément important, que nous avons remarqué à plusieurs reprises :

« J’insiste sur un point, sur lequel les auteurs attirent l’attention mais qui me semble décisif : lorsqu’on analyse de manière approfondie un problème économique et qu’on réintroduit, ce faisant, de la complexité, on se fait taxer immanquablement d’optimiste. Quand ils critiquent les théoriciens de la décroissance, je suis sûr que certains penseront qu’ils ne veulent pas voir les problèmes en face. Lorsque, dans mes propres travaux, qui procèdent de la même méthodologie, j’insiste sur le fait qu’il faut arrêter de dire que toute l’activité part, qu’on est victime d’un processus irréversible de désindustrialisation, je me fais taxer d’optimiste. Lorsque Louis Maurin, que j’ai entendu récemment lors d’une conférence, explique qu’il ne faut pas parler d’explosion des inégalités en France, on le taxe aussitôt, dans la discussion qui s’ensuit, d’optimiste. »

Or, quand on lit bien les contributions de cet ordre, on s’aperçoit qu’on est bel et bien face au « on the one hand… on the other hand… » des économistes. Et visiblement, beaucoup souhaitent couper une main, pour ne garder que celle qui les arrange ; en l’occurrence, celle qu’ils qualifient d’optimiste. Dans Nos phobies économiques, nous ne négligeons jamais les sujets d’inquiétude. Le pouvoir d’achat ? Oui, des gens se sont faits enfler correctement au cours des dix dernières années. Est-ce une raison pour laisser les autres croire qu’ils sont dans la même situation ? La croissance ? Oui, quand la Chine croît en 2010, c’est une partie des ressources qui est consommée en plus. Est-ce une raison pour laisser dire qu’elle croîtra pendant des décennies à 10% ? Les banquiers sont des ânes dangereux ? Oui, c’est sûr. Est-ce une raison pour remettre en question le système de création monétaire et réclamer la fin du prêt à intérêt ?

Dans tous les cas, l’économiste – je veux dire ceux qui font leur job correctement – prennent en compte les deux aspects. En ce qui nous concerne, nous avons suivi leurs pas. Il serait bon que les commentateurs s’en rappellent (y compris ceux qui n’ont pas lu le livre) et cessent de scander des ridicules « Tout va très bien Madame la Marquise… » qui ne correspondent en rien au message de notre ouvrage, dont l’objectif est de faire la part des choses.

Remarque finale : évitez-nous les commentaires du genre «  »Vous nous gonflez avec votre promo ». Je vais devenir très désagréable avec les donneurs de leçon de ce genre. La promo à la éconoclaste, vous allez voir ce que c’est. Pas sûr que ça rentre dans les cases de votre imaginaire marchand.

Grèce : ça y est, c’est bon?

Ce que le plan européen apporte (enfin) :

- Un montant d’aide financière suffisant. Pour les trois prochaines années, la Grèce pourra faire face à ses besoins de capitaux avec les prêts européens, et n’a pratiquement plus besoin de faire appel aux marchés.

- Un ensemble de restrictions budgétaires qui s’il est appliqué, pourra ramener les finances publiques grecques dans une situation sinon satisfaisante, au moins, gérable.

- Une véritable démarche, un engagement crédible de la part des gouvernements européens de stopper la contagion. Cela peut calmer, au moins pour un temps, les menaces de contagion vers d’autres pays européens.

Ce que le plan européen n’apporte pas :

- La certitude qu’il sera appliqué. L’accord parlementaire est encore nécessaire dans tous les pays européens, et rien ne garantit pour l’instant que ce soit le cas (même si le risque est faible). Il est aussi possible que la Cour Constitutionnelle allemande le déclare inconstitutionnel car allant à l’encontre des clauses des traités européens.

- La perspective de mise en oeuvre des restrictions budgétaires en Grèce. Depuis le début, le problème grec vient du fait qu’un seul des trois instruments d’ajustement ordinaire pour un gouvernement en crise financière est utilisable : la rigueur budgétaire, et ni la dévaluation, ni le rééchelonnement de la dette. Résultat, la rigueur budgétaire demandée au gouvernement grec est, en un temps réduit, extrême. Comme le font remarquer Fitoussi et Piketty dans cet article, il y a peu de chances que la population grecque accepte une potion pareille, aussi longtemps, sans réagir et s’opposer. Et dans ce cas, que fait-on? On suspend les versements? c’est la garantie d’un défaut immédiat, d’une panique financière que les gouvernements européens ont bien montré qu’ils n’acceptaient pas.

- Même avec ce plan, la dette publique grecque va monter tranquillement à 150% du PIB. Peut-être plus si l’impact sur la croissance économique grecque du plan d’austérité est très conséquent. Ces deux derniers facteurs font que l’utilisation d’un autre instrument d’ajustement soit indispensable à un moment donné : le rééchelonnement, voire l’annulation d’une partie de la dette publique grecque. Avec le plan d’aide européen, cela n’arrivera pas tout de suite.

- Ce plan enfin n’apporte aucune solution dans le cas ou un autre pays européen se trouverait dans ce même genre de difficultés. L’endettement grec a des causes spécifiques, qui remontent au compromis politique d’après la dictature. Les autres pays européens en difficulté (Portugal, Espagne, Irlande) souffrent surtout d’une forme de croissance, lourdement dépendante de l’immobilier et des entrées de capitaux, qui s’est brutalement tarie. Personne ne sait comment, ni quand, ils trouveront une source alternative de croissance. Avec tous les efforts possibles, d’ici là, leurs finances publiques seront lourdement déficitaires.

Bref, on a encore une fois gagné du temps. Mais il y aura encore d’autres épisodes, et plus vite qu’on ne le croit.

Jacques Attali sur Slate

Verbatim :

« Que l’annonce d’un déficit prévisible de plus de 8% en 2009 comme en 2010 n’ait pas déclenché de scandale est hallucinant. »

« Imagine-t-on cela? Près du tiers du budget est consacré à payer des dépenses du passé par des recettes de l’avenir! Aucun ménage, aucune entreprise, ne survirait dans ces conditions. »

« Bientôt, notre dette publique dépassera le montant de la richesse nationale annuelle »

« les citoyens d’aujourd’hui sont assez lâches pour tolérer qu’on reporte ainsi sur les générations suivantes le poids des efforts qu’ils refusent de faire pour conserver leur bien être. »

Jacques Attali: le déficit doit être détruit avant qu’il nous détruise