Le déni, illustré

Quand je vous disais que la crise européenne conduit à des réactions étranges :

Pour Gérard Longuet, le principal problème, ce sont… les 35 heures.

Pour Wolfgang Schaüble, la crise est due… aux déficits publics des pays européens.

Pour Thomas Piketty, la question prioritaire est… un impôt sur les sociétés trop faible en Irlande.

Qu’on discute de l’intérêt des exonérations de cotisations sociales liées aux 35 heures, de l’opportunité de réduire les déficits publics dans les pays européens, de l’harmonisation fiscale en Europe, soit. Qu’untel ou untel profite de l’actualité pour faire avancer ses causes favorites, cela ne contribue pas franchement à éclaircir les débats, mais c’est comme cela que se pratique le débat public. A condition de savoir ce que l’on fait.

Mais je commence à penser qu’ils croient vraiment à ce qu’ils disent. Qu’énormément de nos décideurs et intellectuels, soit par ignorance, soit par opportunisme, ne comprennent pas ce qui se passe, ou ne veulent pas le voir. Je trouve cela effrayant.

L’Europe en plein déni de réalité

Il y a quelque chose de tragique dans ce diagnostic sans concession fait par Barry Eichengreen du « plan de sauvetage » irlandais. Non pas que ce diagnostic critique soit difficile à faire : bonne chance pour trouver un seul économiste sérieux qui lui trouve le moindre intérêt. Les marchés l’ont salué comme il se doit. Les risques de contagion à d’autres pays ne se sont pas réduits. Mais cet échec n’est même pas le plus tragique.

Ce qui est tragique, c’est de voir l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire monétaire et financière, partisan de l’euro et du projet européen depuis sa création (et c’est une denrée rare chez les économistes américains) se décrire désespéré par la tournure des évènements. Et évoquer (dans un journal allemand!) l’un des épisodes les plus noirs de l’histoire financière du 20ième siècle, celui des réparations du traité de Versailles (faites vous offrir cela pour votre petit noel, si le sujet vous intéresse). Celles-ci sont à l’origine, excusez du peu, de l’hyperinflation allemande du début des années 20, des difficultés économiques permanentes de la république de Weimar, et in fine de la victoire du nazisme. C’est peut-être un point Godwin, mais cela devrait rappeler que nous avons réussi à recréer le carcan monétaire et financier des années 20; face à cela l’aboulie des dirigeants européens est effrayante.

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Travailler moins pour gagner plus

Notre président a des intentions claires pour réformer la fiscalité française. Supprimer l’Impôt sur la Fortune et le remplacer par :

un nouvel impôt sur le patrimoine dont l’idée est la suivante : l’erreur faite dans les années passées, c’était de taxer le patrimoine alors qu’il vaut mieux taxer les revenus du patrimoine et les plus-values du patrimoine ». « C’est l’axe de la réforme que nous allons engager

Un petit rappel. L’impôt sur la fortune est un impôt dont le principe est efficace. Considérons, comme le faisait F. Meunier, un individu qui détient un patrimoine de 100 millions d’euros. Il peut gérer son patrimoine de trois façons. Il peut faire des efforts, et celui-ci lui rapportera 6% annuels. Il peut modérer ses efforts, et gagner seulement 3% annuels. Ou alors, il peut être paresseux et dispendieux, auquel cas son patrimoine ne lui rapporte aucun intérêt annuel.

Introduisons maintenant un impôt sur le capital, correspondant à 1% du patrimoine total détenu. Chacune des stratégies-ci dessus implique le même montant d’impôt payé : un million d’euros annuels. La stratégie de l’effort intense rapporte désormais 5 millions d’euros. Celle de l’effort modéré, 2 millions d’euros. La stratégie dispendieuse, quant à elle, conduira l’individu à perdre un million d’euros par an. Les finances publiques reçoivent trois millions d’euros (en comptant trois individus appliquant chacune des différentes stratégies).

Remplaçons maintenant cet impôt sur le capital par un impôt sur les revenus du capital. Pour que ce remplacement soit neutre pour les finances publiques, chacun pourra vérifier qu’il faut un impôt de 33% des revenus du patrimoine. Dans cette situation, la stratégie courageuse rapporte désormais 4 millions d’euros. La stratégie de l’effort modéré laisse un gain inchangé, de deux millions d’euros. Le dispendieux paresseux, quant à lui, ne paiera aucun impôt. Le total collecté par l’Etat sera toujours de trois millions d’euros.

Mais vous le voyez tout de suite : les conséquences distributives de l’opération ne sont pas du tout neutres. En effet, celui qui dans cette situation paie le plus d’impôts est celui qui fait le plus d’efforts pour rendre son patrimoine productif. Celui qui à l’inverse le laisse en jachère, est le grand bénéficiaire de cette transformation.

Ce résultat est on ne peut plus connu en économie de la fiscalité. Un impôt sur le patrimoine peut être assimilé à un impôt forfaitaire, qui est déterminé indépendamment de l’usage fait du capital : Le propriétaire de capital est donc incité à le rentabiliser. Un impôt proportionnel sur les revenus du capital sera moins incitatif. Si l’effort à fournir pour rentabiliser le capital à hauteur de 6% est important, notre capitaliste se dira qu’il vaut mieux pour lui fournir l’effort limité. Alors qu’avec l’impôt sur le patrimoine le fils à papa dispendieux constatait que sa vie dissolue conduisait son patrimoine à diminuer, ce qui pouvait l’inciter à passer sa licence faire des efforts, désormais, cette pression n’existe plus.

Cette efficacité économique apportée par l’ISF avait déjà été sérieusement rognée par le bouclier fiscal et les multiples et abondantes niches fiscales. On peut noter également que l’analyse ci-dessus est trop simple. Elle devrait inclure d’autres effets incitatifs : l’incitation à l’expatriation ou l’évasion fiscale, qui n’est sans doute pas très grand, contrairement aux idées reçues); le fait que des techniques d’optimisation fiscale (par exemple en versant un peu moins de dividendes) permettent de corriger cet effet. Pour ces raisons, F. Meunier en concluait qu’il vaudrait mieux supprimer et bouclier fiscal et ISF, quitte à attendre qu’un gouvernement de l’autre bord le remplace « par une façon plus intelligente de faire payer le patrimoine ».

Il n’en reste pas moins que cette réforme, si elle est mise en place, reviendra premièrement à favoriser une tare typiquement française : encourager le capitalisme d’héritiers, cette conception très 19ième siècle dans laquelle les manants entreprenants ne doivent pas s’enrichir : seuls ceux qui disposent d’un gros capital et l’accumulent (ou en héritent) sont dignes d’être considérés comme des élites nationales. Il ne sera plus nécessaire, pour entretenir le manoir familial, de le louer à quelques périodes de l’année à un prix dérisoire pour acquitter l’impôt. Il faut dire que cela risquait de faire venir des gens pas convenables.

La seconde conséquence de cette réforme, ce serait une bien curieuse inversion de la formule qui a fait tout le succès de l’élection présidentielle de 2007 : travailler plus pour gagner plus. Il est vrai que les moyens de politique économique utilisés pour cela ont largement échoué. La défiscalisation des heures supplémentaires est un échec tout aussi coûteux que retentissant; Le RSA, censé lui inciter les pauvres à travailler plutôt qu’à rester dans une culture d’assistanat, est entré de plein fouet dans le mur d’une crise économique qui restreint considérablement les possibilités de travailler tout court. Il va falloir songer à d’autres modes d’indemnisation (à ce propos, un petit lien pour les geeks).

Bref donc, « travailler plus pour gagner plus » est sérieusement écorné par le remplacement d’un mécanisme incitant au travail par un mécanisme qui récompense la paresse. Le nouveau slogan, promis à n’en pas douter à un bel avenir, est désormais « travailler moins pour gagner plus ».

Avoir tort

S’il y a bien une chose que vous ne verrez jamais, c’est un commentateur, un expert, ou un politique, reconnaître publiquement ceci : « j’avais tort ». Il faut dire que c’est un aveu suicidaire. Pour l’avoir expérimenté, il n’y a rien de pire que de dire, par exemple à un journaliste qui vous interroge, « sur tel sujet, je pensais telle chose, je me trompais, depuis, j’ai changé d’avis » : c’est la garantie pour qu’il cesse de vous écouter. Comme si l’infaillibilité était une qualité intrinsèque, votre crédibilité sera atteinte de manière indélébile par cet aveu. Ou pensez à la campagne présidentielle américaine en 2004. Pour les commentateurs, le fait que le candidat Kerry déclare avoir changé d’avis sur différents sujets en faisait un « flip-flopper », un défaut absolu. Son adversaire, à l’inverse, déclarait sa certitude permanente d’avoir eu toujours raison (malgré de nombreux faits montrant à l’époque que cette capacité de jugement était, ahem, discutable). Le fait d’affirmer sa confiance en son jugement face à l’erreur manifeste était vu comme une qualité; le fait de déclarer que de nouvelles informations avaient conduit à changer d’avis, un défaut. N’est-ce pas absurde?

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Mais au fait, que disent les marchés?

La cause est entendue : les marchés financiers sont irrationnels. Le « manifeste des économistes atterrés » paru il y a quelques mois, l’indiquait : La croyance dans « l’efficience des marchés » a conduit à placer les marchés financiers au centre de la régulation de nos économies, provoquant crises et inégalités; aujourd’hui, cette croyance pousse à mener des politiques d’austérité budgétaire, à démanteler les états-providence, pour « rassurer les marchés » pourtant principaux responsables de nos difficultés. La spéculation est responsable de fluctuations irraisonnées des matières premières, des devises, etc.

OK. Sauf qu’il est en pratique assez rare de trouver des gens qui vous diront, « les marchés sont rationnels, voilà ce qu’ils disent, voilà donc ce qu’il faut faire ». Le défenseur de l’efficience des marchés est un homme de paille commode. « l’opinion des marchés » nous est parfois donnée sous la forme d’une interview avec un employé de banque, un analyste qui donnera son opinion et ses prévisions. Mais l’avis en question n’est pas « ce que les marchés disent » : si l’on veut prendre l’efficience des marchés au sérieux, seuls les prix des actifs financiers doivent être pris en considération. Voici donc un petit exercice intellectuel : que disent les marchés, exactement?

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Le "redressement économique de la France en 1932" en un schéma

Pour Authueil, dire comme l’ineffable Benjamin Lancar que « Laval a redressé l’économie française en 1932″ relève d’une « ignorance crasse de l’histoire ». Juste un petit schéma :

(via Barry eichengreen)

C’est tout.

Un jour ordinaire dans le monde merveilleux des faux nombres

Je n’aurai pas dû lire Proofiness. cet excellent livre, sur la façon dont les chiffres sont torturés, manipulés, par journalistes, politiques, militants, magistrats, a un gros défaut : il n’est plus possible ensuite de lire le journal sans sauter au plafond d’énervement. Trois exemples du jour.

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Retraites : les jeunes sont-ils idiots?

Camille Peugny constate que le débat sur les retraites est l’occasion de voir ressortir tous les poncifs concernant les jeunes. Versac les relève également. Les jeunes ont tort, lit-on. Pourquoi ne comprennent-ils pas que la réforme des retraites est toute à leur avantage? Pourquoi ne se préoccupent-ils pas de leurs vraies priorités? Pourquoi sont-ils sensibles à des raisonnements économiques idiots, selon lesquels moins de retraités implique autant d’emplois en moins pour eux?

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Journée mondiale de la statistique : Pour un "more or less" français

Vous ne le savez peut-être pas, mais en ce 20-10-2010 (quel beau nombre) c’est la journée mondiale de la statistique. A cette occasion, je lance un appel aux télévisions, radios, médias français de manière générale, pour la création d’une émission qui serait instructive, amusante, et qui accomplirait une véritable mission d’utilité publique : une émission, ou une chronique hebdomadaire dans une émission, de décodage des nombres qui font l’actualité.

Quelques exemples de sujets qu’une telle chronique aurait pu traiter, rien qu’avec l’actualité récente :

- Au loto israelien, la même combinaison est sortie à moins de deux mois d’intervalle. Est-ce si exceptionnel? les lecteurs avisés constateront que l’article ci-dessus comprend, sinon des erreurs, au moins de grandes imprécisions (vous pouvez vous amuser à les relever, pas un nombre de l’article ne correspond à l’explication donnée).

- Que signifient exactement les marges d’erreur d’un sondage? A quel point peut-on se fier à ceux-ci, que veulent-ils dire? (oui, je fais ma pub)

- Un chef de service de cardiologie dans lequel est relevé une surmortalité déclare « opposer l’éthique aux statistiques« . Mais d’où peut venir effectivement une telle surmortalité? Courez-vous vraiment des risques à vous faire soigner dans cet hopital?

- Un sujet sur le comptage des manifestants aurait été aussi possible.

De manière générale, l’actualité est nourrie de sondages, de chiffres (délinquance, données économiques, prévisions, études médicales…) qui ne sont que très rarement expliqués et décodés. Les publicités sont envahies de chiffres chargés de convaincre le spectateur. Et l’explication de ces chiffres n’est pour ainsi dire jamais faite, ou alors, abominablement mal (ha, les reportages sur le panier de la ménagère qui augmente, ma petite dame, c’est la faute au passage à l’euro, 10 ans après…). Jamais nous n’avons été autant environnés de nombres, et jamais ils ne sont expliqués simplement et clairement.

Une telle émission de décodage existe, en Grande-Bretagne : c’est l’émission de radio produite par la BBC appelée More or Less, présentée par Tim Harford. Si vous ne le faites pas déjà, vous pouvez l’écouter en podcast. Elle donne l’exemple de ce que peut constituer un programme à la fois distrayant et instructif sur ces questions, mais des tas d’autres formes peuvent être mises en place. Vous êtes une radio, une télé, un journal, vous cherchez un concept original et intéressant? Ce genre d’émission ne coûte pas cher (il suffit d’aller faire des interviews) mais il lui faut des moyens minimum; elle serait vraiment, vraiment utile, et pourrait être destinée à tous les publics.

C’est donc l’appel du jour aux médias français. Voilà un concept qui ne demande qu’à être mis en place. Créez un More or less en France!

L’analyse qui va faire rentrer les manifestants chez eux

Cité par Libération :

« Daniel Fasquelle, élu UMP du Pas-de-Calais, assure lui aussi que ses électeurs veulent la réforme : «Ils comprennent que c’est un mal nécessaire. Nos voisins l’ont déjà fait et on sait que si on ne fait pas cette réforme, on devient le pays malade de l’Europe. La note de la France sera aussitôt dégradée.» »

Et là, si ça arrive… des sauterelles débarqueront de toute part.

Enfin, avec leurs conneries, je vais finir par arrêter de faire du chantage aux notes avec mes étudiants (bon, j’en fais pas, mais c’est pas une raison).

Benoît Mandelbrot et l’histoire de la finance

Benoit Mandelbrot est mort, à l’âge de 85 ans. Il appartiendra à des mathématiciens d’expliquer les apports de cet immense personnage, l’un des plus importants de la seconde moitié du 20ième siècle. Les mathématiques de Mandelbrot ont touché à des domaines très différents, dont la finance et l’économie. C’est à sa place dans l’histoire de la finance qu’est consacré ce post. Attention, post long.

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Encore une réforme ratée pour le Président Sarkozy

Si l’on devait résumer l’insuffisance de la réforme des retraites votée ces jours-ci, on pourrait faire référence à ce qui se dirait à Bercy, à savoir que puisqu’elle dérange, c’est qu’il s’agit d’une vraie réforme. Depuis quand une vraie réforme est-elle une bonne réforme ?

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Jacques, mon héros

Jacques Attali est mon héros : il veut désendetter la France. Admettons. Mais, ce n’est pas de l’austérité, nous dit-il car, pour compenser, il va créer des outils européens propices à la croissance, comme des… « Bons du Trésor européens ». La France va donc se désendetter mais, mais, suivez bien… dans le même temps… émettre (d’une façon ou d’une autre) des Bons du Trésor européens.
Alors, j’en suis bien conscient, il est tout à fait possible de se désendetter et d’émettre des bons du Trésor en même temps, ne serait-ce que par le simple renouvellement de ce qu’il reste de dette. Mais, du coup, qu’on m’explique en quoi ce sera utile à la croissance ?
En réduisant le taux payé ? Il en faudra probablement un peu plus…
Ah, le retour de la commission sur la croissance est une bonne nouvelle pour notre vieux logo NBC…

Sondages et marges d’erreur

Hier soir, Ceteris Paribus s’énervait sur twitter à propos de cet article du Point consacré à l’élection brésilienne expliquant que :

Un sondage de l’institut Sensus diffusé jeudi crédite Mme Rousseff, 62 ans, de 46,8% des intentions de vote et José Serra, 68 ans, de 42,7%. Cela « montre une grande probabilité que les deux candidats soient à égalité » car la marge d’erreur du sondage est de 2,2%, a expliqué un responsable de l’enquête.

Un coup classique du commentaire de sondage. Lorsque l’écart entre deux candidats devient plus petit que la marge d’erreur, on trouvera toujours quelqu’un pour dire que « la course est devenue très serrée ». Imaginez par exemple qu’un sondage pour l’élection présidentielle donne 51% pour le candidat A, 49% pour le candidat B, mais avec une « marge d’erreur » de 3% pour le sondage. Considérant implicitement que cette marge d’erreur signifie que le résultat du candidat A peut se trouver n’importe où entre 48% et 54%, et le candidat B n’importe où entre 46% et 52%, un spécialiste en politologie (option tiercé) vous dira qu’il est devenu très probable que le candidat B l’emporte malgré son retard dans les sondages.

C’est évidemment faux. Mais comment l’expliquer rigoureusement? J’ai alors fait appel à Arthur Charpentier pour qu’il concocte un de ces posts dont il a le secret sur le sujet. Arthur trouve que la « grande probabilité » en question est de… 2,6% de chances que Serra l’emporte. Effectivement, c’est énorme, la course Bresilienne est très serrée…

D’un côté, je comprends le « responsable de l’enquête » brésilien : plus la course à la présidentielle apparaîtra comme serrée, plus il aura l’occasion de vendre des enquêtes. On pourrait dire aussi que l’article nous indique que l’avance de Roussef dans les sondages diminue, étant passée de 6 à 4 points. C’est énorme! Cela signifie que les chances de victoire de Roussef sont passées de 99,8% à 97,4%. Un effondrement total, effectivement…

Ironiquement, cette erreur des commentateurs correspond à une incompréhension de la signification de la marge d’erreur. Lorsqu’on dit que « le sondage donne 48% d’intentions de vote au candidat, avec une marge d’erreur de 2% » cela signifie la chose suivante : « il y a 95% de chances qu’un autre sondage donne un résultat compris entre 46 et 50% si les intentions de vote restent inchangées à 48% ».

En somme, supposez un candidat dont les intentions de vote restent obstinément à 48%. Il est extrêmement probable que, de sondage en sondage, on observe du « bruit », c’est à dire qu’un sondage donnera un peu plus de 48%, un autre un peu moins; il est même tout à fait possible d’observer une séquence de sondages en dessous de cette valeur de 48%. Et cela n’a aucune signification.

Ce qui est très embêtant : si le seul commentaire de faibles variations dans les sondages était « ça n’a aucune signification » on se demande bien ce que pourraient raconter nos commentateurs politiques, capables de remplir des pages et des heures d’émissions d’analyses de haut vol à base de fluctuations infinitésimales d’un sondage à l’autre. S’ils n’avaient pas cela, ils seraient obligés de s’informer pour avoir des choses à raconter à leurs lecteurs. Faut pas déconner, non plus.

La discrète dégradation du débat économique

Rationalité Limitée s’énerve des réactions consécutives aux Nobel de Diamond, Mortensen et Pissarides. C’est devenu un marronnier à chaque Nobel d’économie : on a désormais toujours droit au paresseux de service expliquant que le Nobel d’économie n’est pas un vrai Nobel, que l’économie n’est pas un sujet méritant le Nobel, contrairement, on peut le supposer, à l’indiscutable qualité du Nobel de la paix remis à Obama ou Kissinger, ou du Nobel de littérature que Tolstoï et Borges n’ont jamais obtenu. Ce genre de choses mérite à peu près autant d’attention que les couvertures sur les franc-maçons de ces hebdomadaires d’information que l’on consulte chez le coiffeur.

Mais Rationalité Limitée relève surtout des critiques de fond, trouvées dans cet article ou dans ce post. Selon ces critiques, les travaux de ces Nobel 1- ne nous apprennent rien de nouveau et 2- sont d’une application pratique extrêmement limitée, voire nulle.

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Diamond, Mortensen et Pissarides, Nobel d’économie 2010

Le Nobel d’économie 2010 n’est pas tant un Nobel pour des personnes qu’un Nobel pour un thème de recherche économique : la théorie du chômage. Pourquoi différents pays connaissent-ils des taux de chômage différents? Qu’est-ce qui explique les fluctuations du taux de chômage dans un pays?

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Le point commun entre Edmond Malinvaud et moi

Sur toutes les définitions qui traînent, on a une définition de l’économie qui fusionne celle de Say et celle de Robbins. Enfin, en plus, lui il ajoute les institutions (il n’a pas tort). La différence entre lui et moi : moi, tout le monde s’en moque… Sa définition (via wikipédia) :

« L’économie est la science qui étudie comment les ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes vivant en société; elle s’intéresse, d’une part, aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d’autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations ».

C’est la rentrée

Ce qui m’inspire le graphique suivant. Une simple hypothèse de travail, issue bien évidemment d’un parallèle avec les classiques courbes de productivité au travail, adaptées au cas spécifique des effets de l’alcool. C’est une courbe pour un individu représentatif. Il est évident qu’un mormon et un légionnaire n’ont pas la même… J’ai laissé l’échelle en abcisse volontairement libre.

Note : « faire un cours » est entendu ici au sens de « préparer un cours ».